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« Vous vivez lâchement sans rêve, sans dessein
Plus vieux, plus décrépis que la terre inféconde
Châtrés dès le berceau par le siècle assassin
De toute passion vigoureuse et profonde.

Votre cervelle est vide autant que votre sein ,
Et vous avez souillé ce misérable monde
D’un sang si corrompu, d’un souffle si malsain,
Que la mort germe seule en cette boue immonde

Hommes, tueurs de dieux, les temps ne sont pas loin
Où, sur un grand tas d’or vautrés en quelque coin,
Ayant rongé le sol nourricier jusqu’aux roches,

Ne sachant faire rien ni des jours ni des nuits,
Noyés dans le néant des suprêmes ennuis,
Vous mourrez bêtement en emplissant vos poches. »

Leconte de Lisle, Poèmes Barbares.

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Le 18 juillet 1894 le poète Charles Leconte de Lisle meurt à Louveciennes. Il avait été l’un des premiers à s’intéresser à l’héritage épique des Celtes, des Scandinaves et des Finnois. Ses Poèmes barbares (1862) témoignent d’un pessimisme d’inspiration panthéiste, qui ne l’empêcha pas de manifester sa sympathie pour le socialisme naissant.

Le Coeur de Hialmar

Une nuit claire, un vent glacé. La neige est rouge.
Mille braves sont là qui dorment sans tombeaux,
L’épée au poing, les yeux hagards. Pas un ne bouge.
Au-dessus tourne et crie un vol de noirs corbeaux.

La lune froide verse au loin sa pâle flamme.
Hialmar se soulève entre les morts sanglants,
Appuyé des deux mains au tronçon de sa lame.
La pourpre du combat ruisselle de ses flancs.

– Holà ! Quelqu’un a-t-il encore un peu d’haleine,
Parmi tant de joyeux et robustes garçons
Qui, ce matin, riaient et chantaient à voix pleine
Comme des merles dans l’épaisseur des buissons ?

Tous sont muets. Mon casque est rompu, mon armure
Est trouée, et la hache a fait sauter ses clous.
Mes yeux saignent. J’entends un immense murmure
Pareil aux hurlements de la mer ou des loups.

Viens par ici, Corbeau, mon brave mangeur d’hommes !
Ouvre-moi la poitrine avec ton bec de fer.
Tu nous retrouveras demain tels que nous sommes.
Porte mon coeur tout chaud à la fille d’Ylmer.

Dans Upsal, où les Jarls boivent la bonne bière,
Et chantent, en heurtant les cruches d’or, en choeur,
À tire d’aile vole, ô rôdeur de bruyère !
Cherche ma fiancée et porte-lui mon coeur.

Au sommet de la tour que hantent les corneilles
Tu la verras debout, blanche, aux longs cheveux noirs.
Deux anneaux d’argent fin lui pendent aux oreilles,
Et ses yeux sont plus clairs que l’astre des beaux soirs.

Va, sombre messager, dis-lui bien que je l’aime,
Et que voici mon coeur. Elle reconnaîtra
Qu’il est rouge et solide et non tremblant et blême
Et la fille d’Ylmer, Corbeau, te sourira !

Moi, je meurs. Mon esprit coule par vingt blessures.
J’ai fait mon temps. Buvez, ô loups, mon sang vermeil.
Jeune, brave, riant, libre et sans flétrissures,
Je vais m’asseoir parmi les Dieux, dans le soleil !

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Savitri Devi, de son vrai nom Maximine Portas, née le 30 septembre 1905 à Lyon, est morte le 22 octobre 1982 à Sible-Hedingham (Essex, Angleterre)

« Je me souvins de ma visite à la Godafoss, dans le nord de l’Islande, en juin 1947.

On m’avait dit que quelque temps après l’an 1000, un homme nommé Thorgeir, qui était un «godi» — un prêtre des dieux nordiques — dans la région de Ljosvatn, au nord de l’Islande, devint un chrétien. Et que, comme démonstration spectaculaire de son allégeance à la nouvelle foi étrangère — et peut-être, dans son esprit, comme un «exemple» — il avait pris les images des anciens dieux et les avait publiquement jetées dans la chute d’eau de la rivière Skjalvantaflyot, connue depuis lors sous le nom de Godafoss: la Chute d’Eau des Dieux.

Profondément émue, je m’étais rendue sur les lieux, et je me tenais devant la chute d’eau et je pensais à ces dieux — Odin, et Thor, et Baldur le Beau et les autres, que mes ancêtres vikings adoraient jadis — gisant, depuis plus de neuf cents ans au fond des eaux glacées de la Skjalvantaflyot, attendant l’aube des temps nouveaux, la grande Renaissance Païenne; nous attendant nous, m’attendant moi. J’avais apporté avec moi un papier sur lequel j’avais copié les paroles que le poète français Leconte de Lisle avait mis dans la bouche d’un dieu nordique s’adressant au doux Jésus, venu pour renverser son pouvoir:

… Tu mourras à ton tour:
J’atteste par neuf fois les Runas immortelles.
Tu mourras comme moi, Dieu des âmes nouvelles,
Car l’homme survivra! Vingt siècles de douleurs
Feront saigner sa chair et ruisseler ses pleurs
Jusqu’au jour où ton joug, subi deux mille années
Fatiguera le cou des races mutinées;
Où tes temples, dressés parmi les nations,
Deviendront en risée aux générations;
Et ce sera ton heure!

–Leconte de Lisle, Poèmes Barbares, «Le Runoïa»

Mon bras droit tendu vers l’Orient, j’avais récité ces vers, et ensuite jeté le papier dans la cataracte grondante. Et ensuite — bien que je n’avais pas encore repris espoir; bien que le désastre [de 1945] avait, à mes yeux, retardé, peut-être pour des années et des années, la grande Renaissance païenne de mon rêve — j’avais parlé aux anciens dieux. «Dieux du Nord, frères des dieux védiques que l’Inde vénère encore», avais-je dit, «dieux aryens, dieux de ma race, vous savez que pendant toute ma vie j’ai défendu les valeurs que vous incarniez jadis dans le cœur de vos adorateurs. Oh, quel que soit le destin que vous me réservez, vous que les ancêtres de ma mère invoquaient au milieu des éclairs et du tonnerre, sur les vagues furieuses de la Mer du Nord, aidez-moi à ne jamais cesser de combattre pour nos grands idéaux; à ne jamais cesser de combattre pour le culte de la jeunesse, de la santé, de la force, pour le culte du Soleil — pour votre vérité, notre vérité — où que ce soit dans le monde, jusqu’à ma mort!»

Et ayant dit cela, j’avais senti courir un frisson glacé le long de mon dos, et j’avais été submergée par la conscience d’une solennité infinie, comme si je venais d’être l’instrument d’un rite préparé et attendu depuis longtemps; comme si les dieux nordiques, rejetés par leur prêtre Thorgeir, avaient réellement attendu mon geste symbolique. Il était 10h30 du soir mais il faisait plein jour, comme c’est naturel en juin sous cette latitude. Et je m’étais soudain souvenue que c’était le 9 juin, le septième anniversaire du jour où, également à 10h30 du soir, un brahmane, représentant de l’aryanité la plus à l’Est, avait pris ma main dans la sienne au-dessus du feu sacré et m’avait donné son nom et sa protection. Et j’avais senti que ma visite à la Chute d’Eau des Dieux, et mon geste symbolique en un tel jour, avaient un sens dans l’invisible; qu’il y avait là davantage qu’une simple coïncidence. Maintenant, je me souvenais de cet épisode, qui prenait, à la lumière de l’histoire entre ces deux années, une valeur symbolique plus grande que jamais. «Dieux du Nord, dieux des forts», pensais-je, «dieux aryens, enseignez-moi ce détachement sans lequel il n’y a pas de force véritable, pas d’efficacité durable! Faites de moi un témoin digne de votre vérité — de notre vérité. Débarrassez-moi de toute faiblesse!»

Savitri Devi.


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