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Death of Roman emperor Julian the Apostate

« Vient toujours un moment où les médecins ne vous guérissent pas, Julien en était sur, maintenant : l’heure était venue pour lui d’aller voir les dieux, de rejoindre le Soleil dans sa course idéale. De ce monde, il ne connaissait encore que la partie visible, qui déjà est si belle. Avoir part à cette gloire enfin dévoilée, qu’il cherchait depuis toujours ! Quelle impression cela pouvait-il faire de n’être plus qu’un âme, et de monter aux cieux ? Et puis, l’ami Saloustios avait raison : «  Même si rien de pareil n’arrivait, la vertu suffirait déjà à vous rendre heureux. »

Julien n’avait pas peur. Seulement soif, mal, froid et chaud à la fois. Sa blessure avait fini par s’engourdir, mais n’était-ce pas lui tout entier qui s’endormait ? Il lui venait une immense indifférence, qu’il ne se connaissait pas. Au fond, le drame, ce n’était pas la mort ; c’était la vie.

Dans peu de temps, il abandonnerait sur place la blessure, la fièvre, la soif, le corps. Avec sa vie morte, il quitterait enfin la sueur, le sang et les larmes. Bizarrement, ces dernières minutes prenaient toute une vie. Des images lui revenaient, à la limite du rêve. Il entendait des clameurs, des pas précipités, le bruit de ferraille des cuirasses et des armes. Mais était-ce dehors dans le camp, ou dans ses souvenirs ? Cette nuit là -il était alors tout petit-, ils étaient entrés en trombe. Des types en armes, qui lui semblaient énormes. Il se rappelait que son frère Gallus dormait. Pauvre Gallus ! On le donnait pour mort. Les soldats avaient dit : « Et celui-là ? Qu’est-ce qu’on en fait ? » Une voix grasse avait répondu : « Laisse tomber. Il est foutu. Il crèvera bien tout seul. » Et ils étaient repartis. Et lui, l’avaient-ils seulement vu, près du lit de Gallus ? Ou alors, ils l’avaient épargné, parce qu’il était trop petit ? Il n’avait jamais su.

Une odeur de sang. Le sang de sa blessure. Le sang de Jules Constance, son père, couché sur les dalles du palais de Constantinople. Mort. Et son autre frère, et les deux Delmatius, le père et le fils, tous morts. Plus tard, Gallus mort. Il était resté tout seul. Maintenant, c’était son tour.

Il voyait des visages penchés sur lui : Oribase, le médecin, Maximos, Priscos, Saloustios, vieux amis déjà d’un autre monde. Il n’avait plus tellement envie de bavarder avec eux, comme autrefois, de l’âme, de l’immortalité, ni de quoi que ce soit. De toutes façons, il allait savoir. Et puis, il était trop fatigué. Des mains penchaient vers lui une coupe , et ce fut comme s’il buvait pour la première fois. Et il sentit qu’il allait s’endormir. »

Lucien Jerphagnon. Julien dit l’Apostat. Texto

 

(en hommage à l’ami Jean-Louis qui nous a quittés hier… et qui sait.)

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Je connaissais son livre sur l’ Empereur Julien mais pas celui là:


jerphagnon

Ce livre traverse de façon vive et plaisante les mythes de l’Antiquité, pour lesquels il constitue déjà en soi une excellente introduction. Mais à travers cet inventaire, c’est une approche de la pensée mythique qu’il propose, allant de pair avec le constat de sa cruelle absence aujourd’hui.

Les Anciens allaient et venaient du mythe à la philosophie, de la légende à l’histoire – et tout se passe comme si ces deux pôles antithétiques se nourrissaient l’un l’autre. Mais avec l’avènement du monothéisme judéo-chrétien, puis de l’islam, ce va-et-vient souple s’est, au fil des siècles, durci en deux pôles antithétiques, prétendant à la vérité de manière exclusive : la religion et la science. Partant, c’est l’intelligibilité même de la pensée antique qui nous a peu à peu échappé. L’accélération de l’histoire semble nous avoir fait naviguer entre deux écueils : celui d’une domestication de la raison par la foi et celui d’une exclusion du mythique et du religieux par la raison. Ce combat mortifère nous a finalement rendus exsangues, spectateurs impuissants d’une lutte entre les « fous de Dieu » et les apôtres du marché.


L’auteur reprend donc avec humour et érudition le chemin des mythes -et nous invite à entendre autrement ces légendes qui, au détour d’une histoire de déluge ou de métamorphoses, nous plongent au coeur de l’homme.

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Merci Vertumne

Je suis tombé dessus par hasard (oui, ce hasard qui n’existe pas) hier à la Médiathèque

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