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Marcel Aymé, dont Antoine Blondin disait « Sa fréquentation vous améliorait », est mort le 14 octobre 1967. C’est « La Table-aux-Crevés » qui le fit connaître.

marcel aymé

« La cuisine était propre. Au milieu, l’Aurélie pendait à une grosse ficelle, accrochée par le cou. De grand matin, courbée sur son cuveau, elle avait entrepris de buander le linge. Au soir, elle avait eu envie de mourir, tout d’un coup, comme on a soif. L’envie l’avait prise au jardin, pendant qu’elle arrachait les poireaux pour la soupe. Du pied heurtant une motte de terre, l’Aurélie était tombée à plat ventre dans le carré de poireaux. Et la terre lui avait paru molle comme édredon, si douce à son grand corps séché de fatigue, qu’elle était restée un bon moment, le nez dans le terreau, à prier la Sainte Vierge. En se relevant l’Aurélie avait regardé l’air sec d’avril, d’un bleu si dur dans les lointains. Alors, elle avait baissé la tête et reposé ses yeux sur le coin du jardin où la haie vive faisait une ombre fraîche. »

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audiard« … Car, ce qui me séduit dans la droite, ce sont les écrivains, Montherlant, Morand et Giono, Jacques Perret et Marcel Aymé. Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu’à droite. la droite est braque, il ne faut jamais l’oublier. A gauche, c’est du sérieux. Ils pensent ce qu’ils disent et, c’est le moins qu’on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n’ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments. »

Michel Audiard

(et depuis la mort d’Audiard, pas loin de 30 ans, ça ne s’est pas arrangé, loin de là …)

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Singe-en-Hiver-du-debut

« L’humour me parait, en effet, une qualité indispensable au Sudiste, bien qu’il ne figure pas parmi les vertus du parfait Samouraï. C’est même par l’humour qu’on est vraiment Sudiste. Cela corrige les claquements de talon, les certitudes dans les convictions, l’agressivité sans nuances, rhumatismes qui menacent toujours les combattants de première ligne. Cette disposition prévient les faux mouvements, même en politique. Que de fautes lourdes auraient évitées les grands régimes d’autorité du XXe siècle si leurs proconsuls s’étaient quelquefois moqués de leur propre majesté. Les « chefs » que j’aime, je les aime râblés et se souvenant de cette parole de Montaigne que, sur les plus hauts trônes du monde, les rois ne sont encore assis que sur leur cul ».

Cet humour  est encore un moyen de défense. Il protège le Sudiste contre les empiétements des idéologies, contre les vexations des gens en place, contre les malheurs qui ne viennent que de la vanité. C’est un palladium universel contre tous les produits de la sottise, il permet même de passer indemne à travers les épreuves de la persécution, du moins celles qui ne dépassent pas le calibre usuel. Cette gaieté des Sudistes les rend presque invulnérables, quand elle repose sur une juste appréciation des biens véritables, direction de l’imagination dans laquelle on retrouve leur fond stoïque. Non seulement ils ne font pas les importants, mais ils n’admettent pas qu’on le soit. C’est une insolence contre laquelle il n’y a pas grand chose à faire et qui décontenance les cuistres.

Les nuances de l’humour sudiste sont nombreuses et elles sont toutes recommandables. On trouve assurément de grands profits de l’humour sur soi : il met à l’abri des airs de tête, des profils avantageux, et il a le privilège de conserver la fraîcheur du teint. On s’en trouvera bien en cas de succès : il arrête, ou, du moins, suspend la décrépitude provoquée par les louanges. Employé plus généralement comme antispasmodique ou fortifiant, l’humour sur toute chose donne de bons résultats. Il a été utilisé avec bonheur en littérature où la seule apparition de Roger Nimier et d’Antoine Blondin, de Marcel Aymé ou de Jean Anouilh, a suffi pour donner des tons verdâtres et une odeur de moisi aux objets idéologiques exposés dans la vitrine de la brocante littéraire. Nous autres, Gibelins, nous sommes en ce temps-ci des « singes en hiver » : l’humour est le rayon de soleil sous lequel nous nous étirons. »

Maurice Bardèche. Sparte et les Sudistes. Les sept couleurs.

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Ernst Junger

Ernst Jünger, né le 29 mars 1895

marcel ayme-L-1

Marcel Aymé, né le 29 mars 1902

Hanna Reitsch

Hanna Reitsch, née le 29 mars 1912

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Marcel Aymé est mort le 14 octobre 1967

(avec son ami Céline)

En 1949, invité à se rendreà l’Elysée pour recevoir la Légion d’Honneur, il décline l’invitation en précisant :

« Si c’était à refaire, je les mettrais en garde contre l’extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d’un mauvais français comme moi et pendant que j’y serais, une bonne fois, pour n’avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’il voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.»

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14 octobre 1967: mort de Marcel Aymé

Elles sont mal foutues ces éphémérides et ce n’est que ce soir, quelques minutes avant demain que je me rends compte qu’aujourd’hui est le jour anniversaire de la mort de Marcel Aymé.

Marcel Aymé, grand parmi les grands, qui a toujours posé un gros problème aux cuistres puisqu’ils ne pouvaient pas le classer de quelque manière que ce soit … il a par exemple été attaqué par tous ceux qui s’insurgeaient de ce que ses romans décrivent avec réalisme la France des années quarante et celle de l’épuration, mettant sur le même pied les collaborateurs monstrueux et les revanchards sinistres, décrivant avec une exactitude désinvolte le marché noir, les dénonciations, les règlements de comptes (Uranus, le « salauds de pauvres » de la Traversée de Paris, Le Chemin des écoliers). Mais, surtout, il a soutenu jusqu’au bout Robert Brasillach, tentant de faire signer à des intellectuels de tout bord la pétition contre la peine de mort dont Brasillach était frappé. Camus, Cocteau, Mauriac, d’autres encore l’ont signée (j’aurai la charité de taire ceux qui n’ont pas voulu). Mais de Gaulle ayant rejeté sa grâce, Brasillach fut quand même fusillé. Les cloportes ont alors cru pouvoir faire de Marcel Aymé un abominable facho, infâme collabo, avatar de la bête immonde … et en plus il est un ami de Céline … las, ne se reconnaissant dans aucun courant politique, il se déclare partisan de l’indépendance de l’Algérie … quitte à faire tourner ses ennemis en bourrique…

Il n’y a rien à jeter dans son oeuvre, avec, en ce qui me concerne, une prédilection pour « la Vouivre » bien sur, mais aussi « la Table aux Crevés », « Uranus », « le Chemin des Ecoliers », « le Confort intellectuel », « la Jument Verte » … et s’il a flanqué un urticaire carabiné à tous ses détracteurs, Antoine Blondin a raison, qui dit de lui : «  Il disposait de beaucoup d’indulgence pour l’humanité tout entière. Sa fréquentation vous améliorait. »

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