You are currently browsing the tag archive for the ‘Michel Audiard’ tag.

audiard« … Car, ce qui me séduit dans la droite, ce sont les écrivains, Montherlant, Morand et Giono, Jacques Perret et Marcel Aymé. Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu’à droite. la droite est braque, il ne faut jamais l’oublier. A gauche, c’est du sérieux. Ils pensent ce qu’ils disent et, c’est le moins qu’on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n’ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments. »

Michel Audiard

(et depuis la mort d’Audiard, pas loin de 30 ans, ça ne s’est pas arrangé, loin de là …)

—————————————————————————————————————–

Publicités

 

Paul Michel Audiard, né à Paris le 15 mai 1920.

———————————————————————————————————————————————

——————————————————————————————

Bon anniversaire à Arletty, née Léonie Bathiat le 15 mai 1898 à Courbevoie et à Michel Audiard, né à Paris le 15 mai 1920, qui font incontestablement partie du même Clan !

Arletty fut une grande amie de Louis-Ferdinand Céline. Au policier qui venait l’interpeller à la « Libération » pour cause de « sympathies pro-allemandes » et qui lui demandait comment elle se sentait, elle répondit : « pas très résistante ». C’est à des répliques de ce genre qu’on reconnaît la grandeur.

Et puis aujourd’hui où l’on intronise notre nouveau président de la république qui en profite démagogique ment pour honorer quelques morts célèbres, cet extrait, un peu long mais tellement réjouissant de la tirade du « Président » incarné par Jean Gabin sur un dialogue de Michel Audiard … ça ne pouvait pas tomber mieux :

« Messieurs, Monsieur le Député Chalamont vient d’évoquer en termes émouvants les victimes de la guerre… Je m’associe d’autant plus volontiers à cet hommage qu’il s’adresse à ceux qui furent les meilleurs de mes compagnons…

Au moment de Verdun, Monsieur Chalamont avait dix ans… Ce qui lui donne, par conséquent, le droit d’en parler… Étant présent sur le théâtre des opérations, je ne saurais prétendre à la même objectivité… On a, c’est bien connu, une mauvaise vue d’ensemble lorsqu’on voit les choses de trop près !… Monsieur Chalamont parle d’un million cinq cent mille morts, je ne pourrais en citer qu’une poignée, tombés tout près de moi…

J’ai honte, Messieurs… Je voulais montrer à Monsieur Chalamont que je peux, moi aussi, faire voter les morts… Le procédé est assez méprisable, croyez-moi !…

Messieurs, j’ai devant moi un très joli dossier, très complet, très épais, trois cents pages de bilans et de statistiques que j’avais préparé à votre intention… En écoutant Monsieur Chalamont, je viens de m’apercevoir que le langage des chiffres a ceci de commun avec le langage des fleurs… on lui fait dire c’que l’on veut !… Les chiffres parlent mais ne crient jamais… C’est pourquoi ils n’empêchent pas les amis de Monsieur Chalamont de dormir. Vous me permettrez donc de préférer le langage des hommes. Je le comprends mieux !…

Durant des années, à travers le monde, j’ai visité des mines, des camps de personnes déplacées… j’ai vu la Police charger les grévistes, je l’ai vue aussi charger des chômeurs… j’ai vu la richesse de certaines contrées, j’ai vu l’incroyable pauvreté de certaines autres… Durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe… Monsieur Chalamont a passé une partie de sa vie dans une banque à y penser aussi… Nous ne parlons forcément pas de la même Europe…

Lorsqu’il y a quelques mois, les plus qualifiés parmi les maîtres-nageurs de cette assemblée sont venus me trouver pour éviter une crise de régime, j’ai pris un engagement… celui de gouverner… Or, gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare !… Tout le monde parle de l’Europe… Mais c’est sur la manière de faire cette Europe que l’on ne s’entend plus… C’est sur les principes essentiels que l’on s’oppose…

Pourquoi croyez-vous, Messieurs, que l’on demande à mon gouvernement de retirer le projet de l’Union Douanière qui constitue le premier pas vers une Fédération future ?… Parce qu’il constitue une atteinte à la souveraineté nationale ?… Non… Simplement parce qu’un autre projet est prêt… Un projet qui vous sera présenté par le prochain gouvernement… Je peux, Messieurs, vous en énoncer d’avance le principe !…

La constitution de trusts verticaux et horizontaux, de groupes de pressions qui maintiennent sous leur contrôle non seulement les produits du travail, mais les travailleurs eux-mêmes !…

On ne vous demandera plus, Messieurs, de soutenir un ministère, mais d’appuyer un gigantesque conseil d’administration !…

Si cette assemblée avait conscience de son rôle, elle repousserait cette Europe des maîtres de forges et des compagnies pétrolières… Cette Europe, qui a l’étrange particularité de vouloir se situer au-delà des mers, c’est-à-dire partout… sauf en Europe !… Car je les connais, moi, ces européens à têtes d’explorateurs !

– Je demande que les insinuations calomnieuses que le Président du Conseil vient de porter contre les Élus du Peuple ne soient pas publiées au Journal Officiel.

– J’attendais cette protestation… Je ne suis pas surpris qu’elle vienne de vous, Monsieur Jussieu… Vous êtes, je crois, conseil juridique des aciéries Krenner ?… Je ne vous le reproche pas…

– Vous êtes trop bon !…

– Je vous reproche simplement de vous être fait élire sur une liste de gauche et de ne soutenir à l’Assemblée que des projets d’inspiration patronale !

– Il y a des patrons de gauche, je tiens à vous l’apprendre !

– Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre !…

La politique, Messieurs, devrait être une vocation… Elle l’est pour certain d’entre vous… Mais pour le plus grand nombre, elle est un métier… Un métier qui, hélas, ne rapporte pas aussi vite que beaucoup le souhaiteraient, et qui nécessite d’importantes mises de fonds car une campagne électorale coûte cher ! Mais pour certaines grosses sociétés, c’est un placement amortissable en quatre ans… Et s’il advient que le petit protégé se hisse à la présidence du Conseil, le placement devient inespéré… Les financiers d’autrefois achetaient des mines à Djelitzer ou à Zoa, ceux d’aujourd’hui ont compris qu’il valait mieux régner à Matignon que dans l’Oubangui et que de fabriquer un député coûtait moins cher que de dédommager un Roi Nègre !… Que devient dans tout cela la notion du Bien Public ? Je vous laisse juges…

Le gouvernement maintient son projet. La majorité lui refusera la confiance et il se retirera… Il y était préparé en rentrant ici…

J’ajouterai simplement, pour quelques uns d’entre vous, réjouissez-vous, fêtez votre victoire… Vous n’entendrez plus jamais ma voix et vous n’aurez plus jamais à marcher derrière moi… Jusqu’au jour de mes Funérailles Nationales, que vous voterez d’ailleurs à l’unanimité… Ce dont je vous remercie par anticipation… »

——————————————————————————————–

Dialoguiste et réalisateur de cinéma (oui, oui … celui sur lequel l’intelligentsia bien pensante crachait de son vivant, avant de devenir « culte » chez les mêmes bobos téléramesques après sa mort), Michel Audiard est mort le 28 juillet 1985 …

Parfois qualifié d’anarchiste de droite un des seuls regrets qu’on lui connaisse est de ne pas avoir eu le temps d’adapter à l’écran le Voyage au bout de la nuit de Céline.

——-

En hommage, cet excellent article de Sébastien Lapaque, Marianne, lundi 26 Juillet 1999.

Où sont passés les anarchistes de droite ?

Ils se méfiaient des slogans et des drapeaux. Ils se moquaient de tout et surtout d’eux-mêmes. Qui, mieux qu’eux, aurait commenté la farce élyséenne ? Avis de recherche : on demande la relève d’Audiard et de Blondin. Il y a urgence : quand la droite est morose, la France s’ennuie.

La droite a-t-elle perdu le sens de l’humour ? Si elle sait encore être déplaisante, si elle peut toujours être consternante, tout se passe comme si elle avait renoncé à être drôle. Le MRP et l’UDR de jadis ne ressemblaient certes pas à des laboratoires de farces et attrapes ; et ni Georges Bidault ni Michel Debré ne faisaient figure de gais lurons. Mais on trouvait encore, dans le métro, les bistrots, les journaux, des gens qui n’étaient pas de gauche et savaient rester de bonne humeur. Ce temps semble avoir pris fin, comme si la droite d’élégance et de fantaisie, la droite anar d’Antoine Blondin s’était éteinte, victime des profits en Bourse et des taxes sur les alcools.

On serait surpris aujourd’hui par la liberté de Michel Audiard, son théoricien définitif : « Je suis toujours attiré par la déconnante, et la droite déconne. Les hurluberlus, les mabouls, on ne les trouve qu’à droite. La droite est branque, il ne faut jamais l’oublier. À gauche, c’est du sérieux. Ils pensent ce qu’ils disent et, c’est le moins qu’on puisse dire, ils ne sont pas très indulgents avec les idées des autres. Je n’ai jamais entendu Marcel Aymé porter des jugements sur le reste de l’humanité, ni demander des sanctions ou des châtiments ».

Tracer leur portrait-robot ? Mission impossible

Il n’y a plus un Albert Simonin, un Pascal Jardin, un Jacques Perret, pour réhabiliter la langue de La Bruyère dans les caboulots, parler du Bon Dieu aux libres penseurs, juger du funeste présent à la lumière du bon vieux temps. Geneviève Dormann, Jean Yanne et Claude Chabrol mènent certes, chacun à sa manière, une résistance héroïque et désespérée. Mais la relève se fait attendre. Les anarchistes de droite sont une espèce en voie de disparition. Ils étaient pourtant les héritiers d’une tradition qu’il ne faut pas hésiter à faire remonter jusqu’à Noé, parti seul avec sa famille et quelques couples d’animaux sur une arche mythique avec le projet de recommencer l’humanité lorsque viendraient des jours meilleurs. Noé, qui se réservait un contact direct avec l’Éternel, finit d’ailleurs ivre et nu dans sa vigne. Après lui, tous les anarchistes de droite cultivèrent ce rêve d’une tribu capable de faire bande à part sur les eaux du déluge, tous cherchèrent l’ivresse pour tutoyer les anges.

L’anarchiste de droite est d’autant plus difficile à reconnaître qu’il ne se définit pas comme tel. Anarchiste ? Il se moque de tout, à commencer par lui-même. De droite ? Rien ne l’agace autant que les snobs, les bourgeois, les intellectuels de gauche. Non que leurs chimères soient odieuses, mais elles sont fatigantes. « La grandeur de la gauche, commente San Antonio, c’est de vouloir sauver les médiocres. Sa faiblesse, c’est qu’il y en a trop ! » Il arrive parfois qu’on confonde l’anarchiste de droite avec les anarchistes chrétiens – Bloy, Péguy, Bernanos – ou avec les misanthropes sublimes – Léautaud, Montherlant, Cioran. Son je-m’en-foutisme et son solide fond anarcho-communautaire dissipent aussitôt le malentendu.

Ne l’appelez jamais anarchiste de droite, il se mettrait en colère. Méfiant envers l’engagement, les slogans, les drapeaux, il aurait l’impression de s’enrôler dans un parti. Malgré son goût avéré pour les bouchons, l’argomuche et les copains, on n’arrivera jamais à en établir un portrait-robot. De Barbey d’Aurevilly à Philippe Muray, d’Arletty à Bernadette Lafont en passant par Léon Daudet, Dominique de Roux et Pierre Desproges, l’anarchiste de droite est un songe, une légende, un mirage. Ce n’est pas un hasard si on en a souvent identifié parmi les personnages de fiction : l’illustre Gaudissart, le capitaine Fracasse, Arsène Lupin, les Pieds nickelés, Fantômas, Achille Talon, l’inspecteur Harry. Ceux-là n’ont pas à justifier leurs préférences auprès des agents de la circulation idéologique. Les autres sont obligés de lever les yeux au ciel à la manière de Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs pour n’avoir pas à répondre de leur nostalgie des grand-messes à fanfare – « Sans le latin, sans le latin, la messe elle nous emmerde… » (Brassens) -, de leur passion de l’histoire de France et de leur prédilection pour les causes perdues. Car, on l’aura compris, ils chérissent Waterloo pour le mot de Cambronne, Camerone pour son héroïsme ensoleillé et Diên Bien Phu pour ses collines aux prénoms de demoiselles.

Entre le couscous et McDo, leur choix est fait

Des méfiants ont cru reconnaître des anarchistes de droite dans les parades patriotiques organisées par les beaufs tricolores. Ils leur ont prêté de vilaines pensées, les ont accusés d’être les agents doubles de l’immonde. Pascal Ory s’employa même à le démontrer dans l’Anarchisme de droite ou du mépris considéré comme une morale, le tout assorti de réflexions plus générales (Grasset, 1985), un essai brillant et de mauvaise foi. N’en déplaise à cet éminent professeur, ni Marcel Aymé ni le capitaine Haddock n’auraient pris leur carte au Front national. L’anar de droite, qui, des versions latines, a surtout retenu les leçons sur l’art militaire de César, aime trop la stratégie pour risquer de se tromper d’ennemi. Il sait distinguer un couscous préparé par un Kabyle, avec lequel il aime redéfinir la géopolitique méditerranéenne sur un bout de nappe, des hamburgers servis par des étudiants exploités par une firme américaine. Entre le boulaouane et le Coca-Cola, son choix est fait. C’est quand même Marcel Aymé qui baptisa un de ses personnages Abd el-Martin !

Ils réconcilient contre eux droite morale et gauche pragmatique

Inutile de fouiller dans les recoins sombres de notre histoire. L’anar de droite n’a rien à cacher. Avec Uranus, un roman d’Aymé mettant au jour l’ambiguïté de la Libération, il instruisit son procès Papon dès 1948. À l’époque, ça embarrassait encore beaucoup de monde. Auparavant, Alphonse Boudard, José Giovanni, Jacques Perret, René Fallet et Auguste Le Breton ne s’étaient pas privés de profiter des « vacances de la vie » que leur offrait le maquis. Question de style : le vert-de-gris leur déplaisait. « C’est incroyable qu’ils aient pu gagner la guerre, chez nous, avec une couleur pareille, s’étonnait Jacques Perret. Peut-être que chez eux la nature en a pris l’habitude, mais, ici, partout ce vert postiche fait tache ». Un cœur chouan brodé sur sa vareuse, un tromblon à l’épaule, Perret entra donc en Résistance en sifflotant une chanson royaliste accompagné de « quelque ombre choisie comme Pharamond, Charette, Louis le Gros ou Gaston de Foix», comme il le raconte dans Bande à part. En exergue de son roman les Combattants du petit bonheur, Alphonse Boudard a reproduit un mot de Giono qui résume l’état d’esprit de ces drôles de maquisards : « Il y a six mois, je me serais fait tuer pour mes idées; aujourd’hui, si je me fais tuer, ce sera pour mon plaisir ».

Cette philosophie ne peut que déplaire aux vertueux et aux réalistes de tous les temps. Pour son plus grand malheur, l’anarchiste de droite réconcilie contre lui la droite pragmatique et la gauche morale, les lecteurs du Nouvel Économiste et ceux de Charlie Hebdo. Il a ainsi fallu que Michel Audiard soit mort pour qu’on reconnaisse son talent. Encore est-ce prudemment : beaucoup de ses livres (le Terminus des prétentieux, Vive la France), dont la cote flambe chez les bouquinistes, ne sont toujours pas réédités.

L’anarchiste de droite n’occupe pas une position facile. Les uns lui reprochent d’être plus de droite qu’anarchiste ; les autres d’être plus anarchiste que de droite. Dans le fond, lui-même ne sait pas trop où il se situe. Ses choix électoraux sont confus. « La dernière fois que j’ai voté, assurait Anouilh, c’était à l’élection d’Hugues Capet ». Habituellement, il aime sa patrie : « C’est tout de même une chose qui compte de se sentir en accord avec le sol où on est accroché», confie un personnage d’Uranus. Mais son patriotisme a des limites. Léon Daudet, à qui des jurés du Goncourt reprochaient de défendre l’antimilitariste Céline en 1932, l’établit clairement : « La patrie, je lui dis merde quand il s’agit de littérature ! » L’anar de droite se paie tous les luxes, y compris celui d’être de gauche, comme Roger Vailland, ou d’être misogyne, comme Geneviève Dormann. On le dit antigaulliste, ignorant son cousinage avec l’anarchiste légitimiste de Gaulle. Audiard, Perret et Blondin ne portèrent certes jamais le « Grand Rantanplan » dans leur cœur. En mai 1968, ils furent même ravis de voir la chienlit déferler sur le quartier général.

Mais il est tout aussi vrai qu’on trouve parmi les héros de la France libre quelques belles gueules d’anars de droite, aristos décalés, aventuriers mélancoliques et flibustiers d’un nouveau genre. Ainsi, le capitaine de vaisseau Jacquelin de la Porte-des Vaux, ami de Georges Bernanos, qui hissa le drapeau noir sur le bâtiment qu’il commandait en mer du Nord lorsqu’il apprit l’armistice de juin 1940 et qui continua le combat pendant plusieurs semaines avant de rejoindre Londres. Ainsi, le capitaine Raymond Dronne, entré dans Paris, en tête de la 2e DB le 24 août 1944 avec, peint sur le pare-brise de sa jeep, le seul credo anarchiste de droite : « Mort aux cons ! » Ces deux-là seraient probablement surpris, s’ils revenaient aujourd’hui, de voir à quoi sont désormais employées les croix de Lorraine.

C’est pourtant des individus de cette espèce qu’il faudrait pour redonner du piment à la vie. Des enfants d’Alexandre Dumas, de Pierre Mac Orlan, de Léo Malet feraient le plus grand bien au roman. Aux chevau-légers de la droite bourgeoise, aux Morand pour midinettes, ils apprendraient des gros mots, des cochonneries, des idées dangereuses. Aux enfants des Sex Pistols ils donneraient des leçons de grammaire et d’histoire de France. Aux partisans de la taille-douce ils enseigneraient la manière noire. À tous, ils feraient faire une cure de déconnante, de Rabelais et de méchanceté.

Que devient le polar depuis qu’on y est devenu sérieux et moral ? Qu’est-ce qui reste de la Série noire sans Simonin, Bastiani, Le Breton et ADG ? Qu’on prenne une nouveauté au hasard, qu’on relise en parallèle Touchez pas au grisbi, ce chef-d’œuvre de poésie, de drôlerie et d’impertinence. La comparaison est cruelle.

La vertu de la gouaille anarchiste de droite était de réconcilier le populo et l’aristo. Au cinéma, l’effet était garanti. La Traversée de Paris, c’est Molière à l’heure du marché noir; Le Président, Machiavel en argot; Un singe en hiver, Rimbaud au bistrot. Dans Les Tontons flingueurs, la jactance du café du Commerce fusionne avec la langue du XVIIe siècle. « On ne devrait jamais quitter Montauban », lâche Ventura, qui cause soudain comme La Rochefoucauld. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le trio Lautner-Simonin-Audiard ait écrit le scénario au Trianon Palace à Versailles. Gavroche chez le Roi-Soleil ! Une ironie que le jeune cinéma français rasoir et minimaliste d’aujourd’hui est incapable d’assumer : les intellos de gauche n’aiment ni les bistrots ni les châteaux.

Ne parlons pas de l’art du décalage, du comique de situation, de la comédie de caractères, autres spécialités anarchistes de droite. Elles sont désormais suspectes. Lorsque Jean Gabin s’écrie « Salauds de pauvres ! » dans la Traversée de Paris, lorsque Jean Yanne proclame cyniquement « Moi y’en a vouloir des sous », la férocité de leur humour possède une vertu sociale. Elle fait tomber le masque des cagots, des hypocrites, des nouveaux riches toujours habiles à grimer leur cupidité en munificence, leur libéralisme en libéralité.

Où se cachent les descendants de Bibi Fricotin ?

On rêve de voir un Marcel Aymé raconter la comédie qui se joue en ce moment entre Saint-Germain-des-Prés et Pristina, d’un Michel Audiard pour en écrire les dialogues. Il faudrait un second Jean Yanne pour adapter au cinéma la présente farce élyséenne, imaginer le Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil du RPR. Où sont les enfants de Melville, Autant-Lara et Vemeuil ? Où se cachent les descendants de Gaudissart, Bibi Fricotin et Arsène Lupin ? La France s’ennuie. Elle aurait tant besoin de nouveaux Galtier-Boissière pour présenter le Journal de 20 heures, de nouveaux Bruant pour égayer les talk-shows, de nouveaux Spaggiari pour percer les coffres-forts. On demande des anarchistes de droite !

———-

http://fr.metapedia.org/wiki/Anarchisme_de_droite

—————————————————————————————

pour me contacter

juillet 2019
L M M J V S D
« Fév    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

a

Des racines et des elfes

Tigialon uscas

Blog Stats

  • 1 278 479 hits
Publicités