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« (Entendu à France Culture) Le confesseur de Louis IX, lui avait interdit de rire le vendredi. Comme si le rire pouvait se commander. Or, il ne faut pas oublier que c’est au XIIIe siècle que l’on vit apparaître le sourire sur le visage des statues sacrées.
Y a-t-il eu opposition radicale entre le rire et la religion catholique ? Assurément, mais dans une moindre mesure que ce que l’on s’est efforcé de démontrer (je fais notamment allusion à Umberto Eco). Que l’on cesse de considérer le Moyen-Age et le catholicisme médiéval comme une période d’ignorance et d’obscurantisme. Les moines et abbés de jadis étaient tout aussi dévoyés et défroqués que nos contemporains le sont. Et l’on ne rit certainement pas davantage aujourd’hui.
La grande tendance, c’est l’intelligentsia qui se pose en juge du passé et des actions de nos prédécesseurs, de nos aïeux : « Avant, ça n’était pas la démocratie, ni l’égalité, ni le métissage institué, donc une grande chape sombre posée sur le monde. » Cette assurance qu’ont certain d’être juchés sur un observatoire, et qu’ils ne seront pas eux-mêmes dénoncés par les intelligences à venir pour la vaste entreprise de déstabilisation qu’ils sont en train d’édifier autour d’eux, est tout à fait caractéristique de notre fin de siècle.
Il faudra pourtant que nos enfants et nos petits enfants se souviennent des fossoyeurs et des apprentis sorciers, et que leurs noms demeurent synonymes de fossoyeurs et d’apprentis sorciers. »

Bruno Favrit. Midi à la source. Carnets 1990-2011)

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Histoire-3.-Moyen-Age-Eduard-von-Gruetzner« Le confesseur de Louis IX lui avait interdit de rire le vendredi. Comme si le rire pouvait se commander. Or, il ne faut pas oublier que c’est au XIIIe siècle que l’on vit apparaître le sourire sur le visage des statues sacrées.
Y a-t-il eu opposition radicale entre le rire et la religion catholique ? Assurément, mais dans une moindre mesure que ce que l’on s’est efforcé de démontrer (je fais notamment allusion à Umberto Eco). Que l’on cesse de considérer le Moyen-Age et le catholicisme médiéval comme une période d’ignorance et d’obscurantisme. Les moines et abbés de jadis étaient tout aussi dévoyés et défroqués que nos contemporains le sont. Et l’on ne rit certainement pas davantage aujourd’hui.
La grande tendance, c’est l‘intelligentsia qui se pose en juge du passé et des actions de nos prédécesseurs, de nos aïeux. « Avant, ça n’était pas la démocratie, ni l’égalité, ni le métissage institué, donc une grande chape sombre posée sur le monde. » Cette assurance qu’ont certains d’être juchés sur un observatoire, et qu’ils ne seront pas eux-mêmes dénoncés par les intelligences à venir pour la vaste entreprise de déstabilisation qu’ils sont en train d’édifier autour d’eux, est tout à fait caractéristique de notre fin de siècle.
Il faudra pourtant que nos enfants et nos petits-enfants se souviennent des fossoyeurs et des apprentis sorciers, et que leurs noms demeurent synonymes de fossoyeurs et d’apprentis sorciers. »

(Bruno Favrit. Midi à la source. Carnets 1990-2011.)

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Sur le mode ironique, on dirait que…

« L’homme s’est enfin extirpé des siècles de barbarie ; il s’affirme sans cesse meilleur et, tant bien que mal, poursuit sa marche glorieuse vers les perfections et la vertu. La preuve ? L’avènement et le triomphe des républiques ou, mieux, des démocraties. Nos ancêtres venaient de loin mais, à force d’efforts et de sacrifices, au prix de grandes souffrances physiques et morales, tenus fermes par de grands élans de générosité et d’amour humain, ils ont connu des lendemains qui chantent. Féodalité, tyrannie, monarchie, autant de mauvais souvenirs.

Le choix des mots, Moyen Age et Ancien régime, n’est certainement pas innocent et ils répondent bien à ce que l’on en attendait. Fabriqués de toutes pièces à dessein, sans vraie signification mais, imposés par un long usage, ils ont façonné une opinion qui ne cherche pas plus avant. Personne ne saurait expliquer cette étrange croyance en une sorte de postulat qui affirme que seul un régime « républicain » et « démocratique » assure la paix, l’équité, la justice et le bonheur des peuples. « Nous sommes libres puisque nous sommes en République ! » Cela se disait alors que toute la presse chantait les vertus de l’habeas corpus dans le Royaume. On ne voulait pas savoir que ces gens, nés sous une bonne étoile, vivaient sous un régime monarchique.

La recherche historique s’en est trouvée longtemps, très longtemps, impuissante, comme infirme, jusqu’à refuser d’aborder certains sujets ou, si elle s’y risquait, c’était pour tricher, déformer les faits, nier l’évidence. L’Histoire des pays d’Occident, de l’an mille à ce que nous disons être la Renaissance, fut complètement faussée par des parti pris, slogans et clichés que personne ne devait mettre en doute.

Tout se résumait en une seule démarche, une seule volonté : montrer que tout, absolument tout, avait commencé en 1789. Que rien de bon n’avait existé avant, sous l’Ancien régime, et que cette toute nouvelle république devait sa vertu, son excellence, ses sentiments de générosité et son amour du genre humain à l’arrivée au pouvoir de la bourgeoisie. »

Jacques Heers, L’Histoire assassinée. Éditions de Paris.

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