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Je viens de relire « la Nuit de saint Germain des Prés » de Léo Malet, aux éditions des Autres et j’ai eu envie de faire un petit topo sur Burma, Nestor de son p’tit nom …

Un « privé » de l’époque héroïque

Nestor Burma, celui qui « met le mystère knock out », c’est le type même du « privé » de l’époque héroïque. Très porté sur « le lait de panthère », il y a belle lurette qu’on ne peut plus compter sur les doigts d’une main (des deux non plus d’ailleurs) les gueules de bois qu’il endure au sortir de longues nuits d’enquêtes imbibées puisqu’on sait bien que l’alcool, comme la fréquentation assidue des bistrots, stimulent tout particulièrement l’intellect… Il ne crache pas non plus sur les belles filles avec une très nette et très suspecte préférence pour les « femmes-enfants », étant bien entendu dès le départ qu’aucune n’arrivera pourtant jamais au niveau de la cheville (parfaite) de son Hélène de secrétaire.
En revanche, ce qu’il n’aime pas beaucoup , même s’il semble parfois les collectionner, ce sont les coups de matraque qui explosent régulièrement son vieux galure cabossé. Quoi qu’il en soit, c’est toujours en philosophe qu’il s’expose aux plaies et bosses inhérentes à son foutu gagne pain : « l’affaire prenait enfin tournure, on se décidait à me taper dessus » (p.140). Idem pour la découverte des colis humains et sanglants dont il s’est fait une spécialité : « Saint Antoine de Padoue, faites trouver à Nestor Burma les cadavres qui lui sont aussi nécessaires que l’oxygène » (p.100).
On devine sans peine qu’au cinéma, un Nestor Burma américain serait apparu sous les traits d’Humphrey Bogart (dixit son créateur et noblesse oblige), mais en bon français, il fut René Dary avant d’être Guy Marchand, et Galabru lui prêta aussi sa lippe ainsi qu’un Michel Serrault plutôt atypique.

L’ethnologue d’un Paris défunt

Mais Nestor Burma ce n’est pas que cette gravure d’Epinal, tellement conforme à l’imagerie populaire. Nestor Burma c’est aussi Léo Malet qui promène son cynisme réjouissant et sa gouaille irrésistible du haut de sa « vieille bonne vache de pipe à tête de taureau ». Léo Malet, le poète surréaliste amère et déçu (p.42: « et puis un nom. Quelque chose comme Grindel. Le vrai nom de mon défunt ami Paul Eluard », et p.69: « je me suis établi détective comme je me serais installé poète. Sauf que j’ai une plaque à ma porte au lieu d’avoir une plaquette dans mon tiroir. Je suis un franc tireur. Je gagne mon boeuf au jour le jour, sans l’aide de personne ou presque, semblable à celui qui s’enfonce dans la jungle, un fusil aux pognes, pour chasser ses deux repas et son paquet de gris quotidiens »). Léo malet, l’amoureux d’un Paris pittoresque et provincial qu’on n’avait pas encore livré à la pioche ni confié à l’imagination délirante des promoteurs. Léo Malet l’ethnologue, l’observateur de cette jungle qu’est la grande ville, et de ses habitants, humbles ou suffisants, proies et prédateurs, petits truands canailles ou gangsters de haute volée. De la série des « Nouveaux Mystères de Paris », Gilbert Sigaux disait « Malet y met en scène les secrets de la ville et les secrets des personnages ».

Saint Germain des Prés

Dans « la Nuit de Saint Germain des Prés », c’est le Ve arrondissement qu’il nous fait découvrir dans une ténèbreuse affaire de bijoux volés dont il suit la trace parsemée de cadavres frais et sanglants à travers un Saint Germain peuplé de musiciens : « quelques connaisseurs applaudirent frénétiquement. Ils n’avaient pas tort. Cela représentait une belle performance. Ce mec enfonçait Armstrong » (p.39), et d’une faune hétéroclite de rats des caves, faux bohêmes inoffensifs ou jeunes gens sans volonté. On y rencontre également un raté qui met son point d’honneur , en inversion proportionnelle, à descendre d’un cran dans la déchéance à chaque échelon gravi par son ex maitresse dans la gloire du 7e Art … car il ne faut pas oublier non plus le Malet passionné de cinéma et figurant notamment dans l’inoubliable « Quai des Brumes » : « à côté de nous le couple aux allures cinématographiques jouait la scène du baiser jusqu’à essoufflement. Apparemment ni l’un ni l’autre n’était asthmatiques » (p.21). Et tandis qu’un écrivain sur le retour de l’âge cherche à doper son inspiration en organisant des réceptions largement arrosées et par des moyens vraiment très spéciaux, Burma nous promène, cynique et jovial souvent, sentimental et désabusé toujours, à travers des hôtels sordides ou luxueux, des snacks-bars et des bistrots, en passant par les cafés littéraires et l’élection d’une Miss Poubelle qui, contre toute attente, contribuera pour beaucoup à lui livrer la clé d’une énigme particulièrement embrouillée.

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