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leautaud-328x300« Mercredi 7 février 1934 –

Je suis au septième ciel, j’ai l’esprit réveillé, excité, plein de curiosité et d’attente. Si je n’avais pas ma famille de bêtes, j’irais voir de près. Ces signes avant-coureurs de la révolution, ces ruées de manifestants et de forces policières les unes contre les autres, ces rondes (toute la journée d’aujourd’hui) de pelotons de garde mobile montée conduite par des agents cyclistes, les agents remplacés dans les rues par des garde mobiles casqués, des députés obligés de se faire protéger dans l’enceinte des lois contre ceux qui les y ont envoyés, ces ministres qui tombent ou démissionnent les uns après les autres, tout ce qu’on devine de saletés, de canailleries, de trafics, de dilapidations, d’escroqueries au détriment du pays et des citoyens, tout ce qui sent et présage la fin d’un régime, presque d’une société. Je n’ai qu’un mot : je jouis de tout mon esprit. »

Paul Léautaud. Journal littéraire. Mercure de France.

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18 janvier 1872. Naissance, à Paris, de l’écrivain Paul Léautaud, misanthrope et amateur de chats, dont le Journal littéraire, en 19 volumes, publié à partir de 1954, est un modèle du genre.

(Ephémérides nationalistes)

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« La manie de commémoration et de glorification dans laquelle on est tombé à cette époque ne connaît plus de bornes. Il faut chaque jour un grand homme à célébrer. On annonce aujourd’hui dans les journaux qu’on va poser une plaque sur la maison dans laquelle Trimouillat habitait rue Chanoinesse. Trimouillat ! Un chansonnier de toute petite espèce, à peine connu déjà de son vivant. Paris sera bientôt comme un cimetière, avec tous ces monuments et ces inscriptions.

Il faudra prendre ses précautions, maintenant, quand on aura écrit seulement trois lignes que vingt personnes auront lues, pour être tranquille après sa mort et éviter le ridicule : mettre dans ses dispositions testamentaires non seulement : ni fleurs ni couronnes ni discours, mais également ni « Société d’Amis », ni monument, ni plaque commémorative. »

Paul Léautaud, Journal littéraire. Mercure de France.

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Paul Léautaud, né le 18 janvier 1872 à Paris est mort le 22 février 1956 au Plessis-Robinson.

« (…) l’énorme Journal Littéraire qu’il [Paul Léautaud] commença le 3 novembre 1893, à vingt et un ans, et dont il écrivit les derniers mots le 17 février 1956, cinq jours avant sa mort. Presque chaque soir, à la lueur de sa bougie, remuant sa plume d’oie et tirant la langue, Léautaud a raconté sa journée dans son petit bureau du Mercure de France, dessinant crûment les gens rencontrés, les femmes désirées et parfois conquises, les courses dans Paris, les conversations, les lectures, les mots et les querelles, le retour parmi les bêtes de Fontenay-aux-Roses. L’horizon est court, les idées souvent sommaires, les problèmes minuscules. Mais la langue est simple, naturelle, avec une race à la Diderot. Un homme qui ne ressemble à nul autre se peint là tout entier avec ses humeurs et ses rêveries, révélant même ce qu’il tient le mieux à cacher, sa tendresse et sa douleur. »

Kléber Haedens, Une histoire de la littérature française. Grasset.

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Paul Léautaud, né le 18 janvier 1872 à Paris et mort le 22 février 1956 au Plessis-Robinson.

« Farce, incarnation grotesque d’un absolu de pacotille pour Paul Léautaud que le moment de la communion pendant une messe : « Une petite troupe de fidèles, à figures « spéciales », comme tous les « fidèles », sont ensuite venus s’agenouiller en demi-cercle devant la grille de la chapelle pour recevoir « le corps de Notre Seigneur » (…) S’étant ainsi réconfortés, les fidèles se sont relevés et ont regagné leurs places, tout en passant devant moi. Non ! la figure à la fois stupide et confite de ces gens! Rien que cela vous dégouterait de la religion. Un prêtre est ensuite venu s’agenouiller devant la grille et a prié pour les morts avec une vraie figure de l’emploi. Je jure bien que je ne veux pas de ces bouffonneries pour moi quand je quitterai ce monde ».

cité dans François Richard : l’anarchisme de droite dans la littérature contemporaine.

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« Mercredi 7 février 1934-

Je suis au septième ciel, j’ai l’esprit réveillé, excité, plein de curiosité et d’attente. Si je n’avais pas ma famille de bêtes, j’irais voir de près. Ces signes avant-coureurs de la révolution, ces ruées de manifestants et de forces policières les unes contre les autres, ces rondes (toute la journée d’aujourd’hui) de pelotons de garde mobile montée conduite par des agents cyclistes, les agents remplacés dans les rues par des gardes mobiles casqués, des députés obligés de se faire protéger dans l’enceinte des lois contre ceux qui les y ont envoyés, ces ministres qui tombent ou démissionnent les uns après les autres, tout ce qu’on devine de saletés, de canailleries, de trafics, de dilapidations, d’escroqueries au détriment du pays et des citoyens, tout ce qui sent et présage la fin d’un régime, presque d’une société. Je n’ai qu’un mot : je jouis de tout mon esprit ».

Paul Léautaud : Journal littéraire.

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Il y a 64 ans, le 19 janvier 1945,  à l’issue d’une journée de procès, Robert Brasillach est condamné à mort .

Dans son Journal, en date du samedi 20 janvier 1945 Paul Léautaud écrit:

« Hier, Robert Brasillach devant la Cour de Justice. Les journaux rendent compte aujourd’hui. Belle attitude de sa part. Rien renié de son action, de ses écrits, de sa tendance politique pendant l’occupation. Lecture de lettres en sa faveur de Valéry, Claudel, Mauriac, les forcenés devenus bénins, bénins… Son avocat a adjuré les jurés de ne pas envoyer à la mort un poète et de se souvenir d’André Chénier. Voilà un nom qui a dû être bien lettre morte pour ces coquins. Revenus de leur délibération au bout de vingt minutes, avec la condamnation à mort. Vingt minutes pour décider de la vie d’un homme! Il y a eu dans la salle des cris: « Assassins! » Brasillach avant de disparaître, a eu ce mot: « C’est un honneur que d’être condamné. » Quand on se doute de ce que doivent être les magistrats (ambitieux, arrivistes, aux ordres pour l’avancement), quand on sait ce que sont les jurés, soigneusement choisis, être condamné est, en effet, un honneur.

Si je ne me redressais, si je ne faisais un effort de volonté, je retomberais, devant une telle suite d’abominations, dans mon désespoir moral du mois d’août de l’année dernière ».

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