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« Le navire, pillé par nous, coula lentement, pendant les premières heures de la nuit. Longtemps nous vîmes briller, comme un ver luisant, la lumière d’une lanterne abandonnée dans la gabie. Puis la lumière s’éteignit à son tour.

Nous autres, rassemblés sur le pont, nous mangions rapidement pour réparer nos forces ; le punch servi par le coq et le contremaitre coulait en flammes vertes dans les écuelles de terre.

George Merry, les deux lèvres avancées en moue sur le fin tuyau de sa pipe en terre de Gouda, tâtait les éraflures de son navire, comme un chirurgien la plaie d’un blessé. « Ah ! Ah !… » faisait-il avec indignation. Une indignation feinte, car le pont de l’Étoile-Matutine était encombré de marchandises de prix et de captives que nous avions sauvées du navire pour des raisons faciles à comprendre. »

Pierre Mac Orlan, A bord de l’Étoile-Matutine. Livre de Poche.

(illustration N.C.Wyeth)

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mac-orlan

Dans le Petit Manuel qu’il lui consacre, Pierre Mac Orlan avance que le parfait aventurier est celui qui voyage et vit des aventures du fond de son fauteuil par la force de son imagination… Si c’est vrai, le temps de la lecture de ses livres, il a fait de moi cet aventurier parfait avec ses personnages qui ont peuplé mon enfance. Je pense, là, à « la Bandera » et à la peinture qu’il y fait de la Légion espagnole, aux histoires de pirates du « Chant de l’Equipage », d’ « À bord de l’Etoile Matutine », et surtout de « l’Ancre de miséricorde », formidable roman d’initiation dont, aujourd’hui encore, je ne peux pas regarder la couverture (avec son fumeur de pipe en terre) sans retrouver une foule de sensations et d’odeurs qui me ramènent un paquet d’années en arrière…J’étais moins sensible au « Quai des Brumes » et ce n’est pas le « t’as d’beaux yeux, tu sais » qui me reste du film, mais la brève apparition de Léo Malet comme figurant …


Kleber Haedens a raison, qui dit de Mac Orlan qu’il est « un véritable sourcier de l’aventure, car sans sortir de chez lui, il la fait naître des images brumeuses et désolées qui l’entourent, dans le halo du « fantastique social ». Il la rencontre quand il le veut dans quelques villes prédestinées, d’Anvers à Rouen, de Honfleur à Rochefort, sans oublier Londres et Paris (…) Mac Orlan, dans son voyage immobile, se tient prêt à fréquenter les ports, les légionnaires, les gentilshommes de fortune, le cabaret breton de la côte, toujours prêt à boire le dernier verre au Bar de la Dernière Chance avec les filles et les pilleurs d’épaves ».

Alors, en cette fine compagnie, Buvons :  Mac Orlan est né il y a très exactement 127 ans, le 26 février 1882.

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