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Louis Pergaud est mort pour le France le 4 avril 1915 (mais on avance aussi la date du 8 avril ) près de Marchéville-en-Woëvre , dans la Meuse. Instituteur et écrivain, il est l’auteur de « De Goupil à Margot », Prix Goncourt 1910 et de « La Guerre des Boutons », paru en 1912, mais aussi de « La Revanche du Corbeau » et du « Roman de Miraut, chien de chasse ».

A l’occasion de la sortie des deux nouvelles versions du film adapté de La Guerre des Boutons, on a voulu faire de Pergaud une espèce de militant laïcard, et du film un hommage aux Hussards noirs de la République. Il n’en est rien et Pergaud est très clair dans sa préface qui est un joyau du genre, étrangement encore très moderne… qu’on en juge :

« Tel qui s’esjouit à lire Rabelais, ce grand et vrai génie français, accueillera, je crois, avec plaisir, ce livre qui, malgré son titre, ne s’adresse ni aux petits enfants ni aux jeunes pucelles.

Foin des pudeurs (toutes verbales) d’un temps châtré qui, sous leur hypocrite manteau, ne fleurent trop souvent que la névrose et le poison ! Et foin aussi des purs latins : je suis un Celte.

C’est pourquoi j’ai voulu faire un livre sain, qui fut à la fois gaulois, épique et rabelaisien ; un livre où coulât la sève, la vie l’enthousiasme ; et ce rire, ce grand rire joyeux qui devait secouer les tripes de nos pères : beuveurs très illustres ou goutteux très précieux.

Aussi n’ai-je point craint l’expression crue, à condition qu’elle fut savoureuse, ni le geste leste, pourvu qu’il fut épique.

J’ai voulu restituer un instant de ma vie d’enfant, de notre vie enthousiaste et brutale de vigoureux sauvageons dans ce qu’elle eut de franc et d’héroïque, c’est-à-dire libérée des hypocrisies de la famille et de l’école.

On conçoit qu’il eut été impossible de s’en tenir au seul vocabulaire de Racine.

Le souci de la sincérité serait mon prétexte, si je voulais me faire pardonner les mots hardis et les expressions violemment colorées de mes héros. Mais personne n’est obligé de me lire. Et après cette préface et l’épigraphe de Rabelais adornant la couverture [ Cy n’entrez pas, hypocrites, bigotz, vieulx matagots, marmiteux boursouflez…], je ne reconnais à nul caïman, laïque ou religieux, en mal de morales plus ou moins dégoûtantes, le droit de se plaindre.

Au demeurant, et c’est ma meilleure excuse, j’ai conçu ce livre dans la joie, je l’ai écrit avec volupté, il a amusé quelques amis et fait rire mon éditeur [ceci par anticipation] : j’ai le droit d’espérer qu’il plaira aux « hommes de bonne volonté » […] et pour ce qui est du reste, comme dit Lebrac un de mes héros, je m’en fous. »

le lecteur intéressé me permettra de le renvoyer à cette modeste étude

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Le 9 avril 1865, la bataille d’Appomattox met fin à la guerre de Sécession, l’acte de reddition est signé entre le général Lee et le général Grant.

« L’accueil de Grant est déférent. Il s’efforce de rendre l’instant moins pénible. Il évoque des souvenirs communs de la guerre du Mexique. Après quelques instants, Lee doit lui rappeler la raison de leur rencontre. Il demande que ses hommes puissent emmener les mules et les chevaux pour reprendre les travaux des champs. Grant acquiesce. L’acte de reddition est rédigé et signé.

Au moment de remonter sur Traveler, le général Lee pose la tête sur l’encolure de son vieux compagnon. Il reste ainsi plusieurs secondes, prostré. D’un violent effort, il se reprend. Une fois en selle, il salue Grant qui s’incline.

Lee s’éloigne vers ses lignes.

En le voyant, ses hommes l’acclament comme ils le font quand il passe dans leurs rangs, mais à voir ses traits bouleversés, leurs cris s’étranglent. Ils hésitent pendant qu’il continue sa route. Puis, d’un mouvement spontané, ils s’élancent vers lui.

– Général, nous sommes-nous rendus ?

La question le gifle en pleine face. Il essaye d’avancer mais ils l’entourent. Leurs visages faméliques, et leurs regards en délire tendus vers lui. Il doit s’arrêter. Les mots lui sont une torture :

– Soldats, nous avons combattu ensemble et j’ai fait ce que j’ai pu pour vous. Vous serez tous relâchés sur parole et vous pourrez rentrer chez vous.

Il veut encore parler, mais il ne peut articuler qu’un difficile : « Au revoir, au revoir… »

Des larmes coulent sur ses joues hâlées, tandis qu’il s’éloigne sans voir où mènent les pas de son cheval. »

Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. La Table Ronde.

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François Rabelais est mort à Paris le 9 avril 1553.

Où l’on voit que du temps de Rabelais, les va-t-en-guerre n’étaient pas rares et qu’en ce triste début de siècle, nous n’en avons pas l’apanage …Peut-être est-il temps de relire la guerre Pichrocoline …

« Pichrocole ordonna que chacun se mit en marche en hâte sous son enseigne.

Alors, sans ordre ni mesure, ils battirent la campagne pêle-mêle, ruinant et pillant partout où ils passaient, n’épargnant pauvre ni riche, lieu sacré ni profane ; ils emportaient bœufs, vaches, taureaux, veaux, génisses, brebis, moutons, chèvres et boucs, poules, chapons, poulets, oisons, jars, oies, porcs, truies, gorets ; ils gaulaient les noix, grappillaient les vignes, emportaient les ceps, abattaient tous les fruits des arbres. C’était un désordre comme on n’en avait jamais vu. Et ils ne trouvèrent personne qui leur résistât ; tous se livraient à leur merci, les suppliant d’être traités plus humainement, eu égard au fait qu’ils avaient été de tout temps de bons et aimables voisins, et qu’ils n’avaient jamais commis envers eux d’excès ou de dommages pour mériter d’être ainsi soudainement molestés ; et Dieu les en punirait bientôt. A toutes ces remontrances, ils ne répondaient rien sauf qu’ils voulaient leur apprendre à manger de la fouace. »

(Gargantua)

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A verser au dossier « Gargantua » cette hypothèse avancée par Gwenc’hlan Le Scouëzec (« Les Druides », ed. Beltan) qui est tout à fait séduisante:

« La planète Mercure porte le vocable d’un dieu totalement hellénisé. Ce serait un tort de croire qu’elle porte une appellation latine : la réalité est grecque, c’est Hermès. Il convient donc de chercher quel personnage celtique se cache sous le nom d’Hermès. Ce Mercure est important, c’est le principal dieu des Celtes nous dit César. Maître des chemins, commerçant, artisan et inventeur des arts, grand trésorier de l’argent, il est figuré sous la forme d’une statue ou une stèle aux différents carrefours.

Nous connaissons en Gaule un dieu des rochers sacrés, des mégalithes et des stèles. Cette figure qui est restée en dehors de l’écriture, mais a très largement survécu dans le folklore et la topographie s’appelle Gargan et Gargantua. Son nom vient peut-être de Karregan, « Celui du Rocher », d’un terme qui existait déjà en celtique. Gargantua viendrait alors d’un Gargan-Teutatès ou Gargan-Tuath, d’après l’irlandais, « le peuple de celui du rocher ».

Il correspond bien à l’Hermès des Grecs, l’être des monuments de pierre aux carrefours. Il a parsemé la terre de palets, de gravois et de gravelles, de menhirs et de pierres de toute sorte. Peut-être n’est-il pas sans rapport avec l’argent, dont le nom gaulois « argentos », pourrait venir de Gargantua.

Il règne notamment sur le Mont rocheux de Gargan au dessus de la ville de Rouen, sur le Mont Gargan du Limousin, sur celui de Moutiers, sur le Mont St Michel, ancien Gargan, sur le Grand Rocher, Roc’h Hir Laz, à St Michel en Grève, enfin sur les hauteurs du Monte Gargano en Italie. Il est manifestement la divinité des montagnes. Aussi le grand temple de Mercure qui se dressait sur le Puy de Dôme est-il sans doute le sanctuaire de Gargantua.

Il boit les rivières, il pisse les lacs, il règne sur les gués et cette dernière faculté ainsi que celle de construire des ponts, le rapproche des chemins et des voies de communication.

Le peuple n’a jamais oublié son grand dieu et partout les traditions se sont conservées qui le mettent en scène, jusqu’à nos jours. Rabelais a fait sa fortune au XVIe siècle, mais il n’a fait que reprendre un nom et des hauts-faits qui existaient avant lui ».

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texte “reproduit de DRUVIDIA organe du C.D.L.”

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“Jusqu’à ce jour, la tradition Gauloise ne nous était connue que par quatre séries de documents.
1) Quelques textes de l’Antiquité émanant d’étrangers, nous relatent ce que géographes et historiens Gréco-romains ont cru comprendre des conceptions des Celtes continentaux .
2) De nombreux monuments Gallo-romains (autels, stèles, laraires, etc…) qui sont malheureusement muets le plus souvent, le nom même de la divinité représentée y apparaissant rarement.
3) Les monnaies Gauloises sur lesquelles figurent fréquemment des symboles “Druidiques” mais qui n’ont été que peu étudiés du point de vue traditionnel.
4) Quelques décisions des premiers conciles d’évêques Gallo-romains contiennent, parmi les défenses qu’elles formulent, des allusions précises à certains rites encore pratiqués à basse époque par la population Gauloise “païenne”.

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Le Géant Gargantua

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Son nom apparait dans la toponymie et le folklore en plus de 300 lieux. C’est un héros civilisateur qui défriche le pays: il se rattache ainsi aux plus anciennes races (Partholon et Nemed de la tradition irlandaise). Il est tour à tour bûcheron (comme Esus) et faucheur. Il règne:
a) sur les montagnes qu’il a élévées en transportant les matériaux dans sa hotte (dont les bretelles se sont souvent cassées); ce sont quelquefois ses tombeaux.
b) sur les buttes, Tumuli et Oppida, qui sont les “décrottures” de ses sabots; de même les tertres irlandais appartiennent aux Tuatha de Danann.
c) sur les eaux, car il a creusé des lacs, bu ou alimenté des rivières et des marais.
d) sur les blocs erratiques et les mégalithes, qui sont ses excréments ou des graviers sortis de son sabot; les menhirs sont aussi des pierres pour aiguiser sa faux, ou les quilles avec lesquelles il joue, les tables des dolmens lui servant de palets.
Le Gargantua picard est fils d’un ours (ce qui pourrait faire supposer un rapport avec le Mythe Arthurien) et nait dans un baume (au centre du Cosmos)
Dans sa jeunesse, Gargantua est invité à creuser un puits: il semble bien qu’il s’agisse là d’un rite d’initiation, et la légende wallonne précise que gargantua “meurt”; il ne s’agit que d’une mort symbolique, ainsi que le montre la suite du mythe.
Il fonde des villes de même que l’ Hercule Gaulois a fondé Alésia. Repoussé de Quantilly (Cher), le géant lance son marteau dans les airs et construit à l’endroit où tombe ce marteau, la forteresse d’Avaricum (Bourges). Ce geste rituel se retrouve dans le légendaire chrétien: M. Varennes mentionne une source sacrée du Bourbonnais, jaillissant à l’endroit où saint Mazeran a lancé son marteau .
Un statère des Baïocasses représente un chevalier, brandissant une épée, qui vient de lancer un marteau dont la trajectoire est figurée par une ligne brisée; sous le cheval se trouve une sorte de chaudron. De même le géant de Guérande (Loire Atlantique), outre sa faux et son fléau, est armé de trois marteaux.

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Gargantua est une figure riche et complexe qui parait avoir hérité des traits particuliers à plusieurs divinités Celtiques. Il n’est pas méchant, mais glouton et habillé comme un rustre, et les paysans ont complaisamment retenu certains aspects obscènes de son mythe. Par tous ces traits, il évoque Eochaid “Oll-Athair” (le père de tous) dit “Dag-Da” (le Dieu Bon), le Dieu-Druide de “l’Etat Major” des Tuatha De Danann.

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Gargantua s’appuie sur un gourdin (qui est le plus souvent un Chêne déraciné, d’où son surnom de “Tord-Quêne”, “Teurd-Quêne”, etc.) et porte une hotte. Ces deux attributs sont symboliquement équivalents à la Massue de Chêne et au Chaudron du Dagda.
De même que la trace d’une seule des roues du chariot servant au transport de la massue du dagda est un fossé aussi large que la frontière de deux provinces, Gargantua trace derrière Quantilly un fossé de 10 km de long sur 3 km de large. Une fois par an, l’écuelle de pierre du géant versait le vin aux pauvres de Bourges, de même nul ne quittait le chaudron du Dagda sans être rassasié.
Eochaid Ollathir s’accouple rituellement, au bord d’une rivière, à certaines périodes de l’année, avec les divinités féminines du pays, – et nous voyons Gargantua traverser la Loire pour aller “voir les filles de Saint Genouph”, sur les rives du fleuve médian de la gaule. Rappelons brièvement les conclusions d’une étude sur le Dagda qui semble valables pour Gargantua: “Dieu-Chef, il est en tant que tel considéré comme le père de son peuple dont il est, par sa science, le premier magicien, -par sa masse, le défenseur, -par son chaudron, le nourricier. Ses orgies de nourriture sont à la fois démonstrations de vitalité et rites d’abondance, (outre le sens spirituel qu’elles ont, la nourriture pouvant être symboliquement “Spirituelle”). Par ses accouplements périodiques avec les divinités du sol, il assure à son peuple la protection de celles ci et consacre en sa personne l’union de la tette et de l’homme”.

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Par ailleurs le Gargantua d’Avranches (Manche) est accompagné d’un blaireau qui lui sert de chien, de même que Sukellos, le dieu au maillet à la coupe est représenté avec un chien à sa droite. Ce Dieu Gaulois a été assimilé au Dis-Pater de césar, père de la race Celtique, Maître de la vie et de la mort.
Or 00637CDT69Gargantua possède un marteau, et règne sur les Tumuli, séjour des morts.. Comme le dieu au maillet, il est barbu et son juron “Par ma barbe !” évoque le caractère sacré et magique à la fois de l’ ornement mâle par excellence, comme le “Honte sur nos barbes” des Gallois.
La plupart des sites à légendes et toponymes se rapportant au mythe gargantuin jalonnent d’anciennes voies romaines et préromaines. Gargantua facilité le “passage”, il boit aux gués, “pontifie” et établit la communication entre la terre et le ciel, entre le monde sensible et le monde suprasensible. On retrouve d’ailleurs le même symbolisme, lorsque Gargantua inscrit dans le firmament Bressan un magnifique arc-en-ciel.
Non seulement il construit des ponts mais dans plusieurs légendes, il “est” lui même le pont, suivant la formule galloise (”Que le Chef soit Pont”) et le mortel présomptueux qui emprunte ce pont est précipité dans la rivière. Gargantua apparait comme le Chef, le Roi du Monde (Bitu-Rix) de la tradition Gauloise et cela explique pourquoi il fonde Avaricum (Bourges), capitale des Bituriges et pourquoi la population de cette ville communiait une fois par an en une beuverie rituelle.

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Le protecteur des voies de communication est dans la mythologie romaine, Mercure, substitut de Lug “grianainech” (au visage de soleil). Or nous voyons Gargantua en action près du “dun” de Lug: il joue au palet près de Lyon et construit l’oppidum de Laon (Aisne).
Henri Dontenville a insisté sur la course d’ Est en Ouest que mène Gargantua du Donon (Lorraine) au Mont-Tombe (Mont Saint Michel- Manche). St Christophe, substitut chrétien du géant fait le tour de la terre en 24 enjambées et dans le Vexin, les rayons du soleil qui filtrent entre les nuages sont les “jambes de Gargantua”.
Si le nom de Gargantua n’apparait pas dans la tradition Irlandaise, les chroniques Galloises mentionnent un Gurgunt, “roi” doux et ferme, fils de Belinus le fondateur de Caerleon (ndlr. ville ruinée du Pays de Galles, une des principales places fortes d’Arthur) et l’effigie de ce Gurgunt processionnait encore sur les remparts de Norwich (Norfolk. Angleterre) en 1578.
“Les Grandes et Inestimables Chroniques” qui représentent des réminiscences folkloriques rapportent que les parents de Gargantua ont été “fabriqués”, sur la plus haute montagne de l’Orient avec les ossements d’une baleine mâle et d’une baleine femelle, dans lesquelles M. Dontenville a reconnu les divinités gauloises Belenos et Belisama.
Toutefois il convient de noter que les os de la baleine sont mentionnés dans les Textes Gallois: c’est un pont d’os de baleine qui permet à Maxen d’ embarquer à bord du navire merveilleux. De même, la relique que les Angevins, en pélerinage au mont Saint Michel, rapportent dans leur pays est également un os de baleine. Le Mont Saint Michel porte d’ailleurs dans ses armoiries des coquilles Saint Jacques qui, en bas normand, sont appelées “godefiches” (du vieux norrois gudh-fiskr: de poisson de Dieu) et les stries régulières de ce coquillage, qui servit d’insigne aux pélerins chrétiens, symbolisent les rayons du soleil se couchant sur l’horizon marin.
Remarquons que Gargantua est parfois décrit à cheval sur sa Grande Jument, qui est l’équivalent exact du nom de la déesse gauloise Epona. Le nom du dieu irlandais auquel nous avons comparé Gargantua est, dans le Livre de Ballymote, Eochaid (génitif Eochado) que l’on explique par le vieux celtique iuo-katus, “qui combat avec l’ If”, c’est à dire avec le javelot en bois d’If, arbre des morts; mais dans le Livre de Leinster, antérieur de deux siècles, on trouve la forme “Eocho” (génitif Echach) qui représente un vieux gaëlique Eqôs (gaulois et vieux-britonnique Epôx) “cavalier, chevalier”.

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Gargantua unit donc ainsi l’autorité spirituelle au pouvoir temporel; il est donc bien le Roi Pontife, ainsi que nous l’avons déjà montré précédemment.
M. Dontenville a rapporté les nombreuses étymologies par lesquelles on a tenté d’expliquer le nom rocailleux de Gargantua; on pourrait également mentionner Gargenos, nom d’un roi Gaulois de Cisalpine, où l’on reconnait la racine du mot irlandais “garg”: “farouche”. Le cycle épique irlandais mentionne d’ailleurs un Muinremur Mac Gergend, personnage épisodique qui joue un rôle peu reluisant dans le ” Festin de Bricriu” et dans “l’Histoire du porc de Mac Dâthô”, mais Gergend n’est pour nous qu’un nom.
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Les quelques exemples cités suffisent à montrer la valeur de la documentation recueillie par M. Dontenville et l’intérêt que présentent ses recherches pour l’étude de la Tradition Celtique Continentale et prouvent la régularité et l’orthodoxie traditionnelle des légendes relatives aux Grands Etres du terroir; ces légendes sont d’ailleurs localisées autour des sites remarquables.”

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(François Rabelais est mort à Paris le 9 avril 1553)

J’ai lu récemment que les Bénédictins, dès le Haut Moyen Age, ont forgé le mot latin « gargantuates » = « ceux de Gargan » = « la bande à Gargan » pour désigner les païens. Je trouve ça particulièrement intéressant parce que ça pourrait montrer qu’il était rendu un culte à Gargan encore à cette époque là …

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Or de Gargan, on ne sait pas grand chose, mais ceux qui le citent, s’accordent pour en faire « un personnage mythologique hérité de la nuit des temps » (Markale) ou l’ « une des divinités les plus importantes sur le sol gaulois d’un culte primitif qui perdure » (Persigout). Pour Robert-Jacques Thibaud, l’origine mythique du personnage est à « rechercher dans les êtres fantastiques, les forces naturelles, du panthéon indo-européen ». Il semble donc bien que nous soyons là en présence d’une divinité très ancienne, probablement pré-celtique mais d’une importance telle que les Celtes l’ont intégré à leur panthéon. On peut l’assimiler à Balor, le dieu Fomoire borgne, mais aussi au Dagda que les moines copistes irlandais, qui le montrent rustre, ventru, goinfre et paillard se sont toujours acharnés à ridiculiser…Certains en font aussi un avatar du grand dieu Lug, mais il n’y a rien d’étonnant à cela dans la mesure où l’on prétend parfois que Lug remplaça le Dagda vieillissant …


Selon Wikipédia, Gargan aurait été associé par les Gaulois à la lutte contre les envahisseurs romains. Il aurait été conservé, même chez les populations plus ou moins christianisées, comme symbole de résistance et « aurait ainsi prêté main forte contre les Anglais durant la guerre de Cent Ans » . On pourrait donc ici le rapprocher d’Héraklès dont on dit qu’il fonda Alésia et dont le nom grec, selon Markale, recouvre le dieu Gaulois Ogmios lui même assimilé au dieu romain de la guerre Mars… et dont l’équivalent irlandais, Ogme, est la face sombre du Dagda…

Henri Dontenville, dans sa « Mythologie française » est certainement l’auteur qui parle le plus de celui dont s ‘inspira probablement Rabelais pour dépeindre son géant Gargantua… il insiste notamment sur le nombre important de traces évidentes qu’il a laissé dans la toponymie de toute l’Europe et répertorie un certain nombre de monts Gargan(t), étrangement, « sans qu’aucune légende gargantuine y existe ou subsiste » mais qui comportent tous l’usage funéraire, que ce soit avec des menhirs, des tombeaux présumés mérovingiens, des coffrets funéraires, etc.

On peut se poser des questions sur cette absence de légendes ou de mythes afférents, ou faut-il y voir une victoire des Bénédictins et autres sectateurs du dieu unique qui seraient parvenus à occulter entièrement l’image et le souvenir même de la divinité ?… si cette explication est plausible, et ça démontrerait à nouveau l’importance du personnage et le danger qu’il représentait pour eux, j’aurais plutôt tendance à penser, aussi, que comme on ne trouve que ce qu’on cherche (et c’est particulièrement évident au niveau de l’archéologie et de la matière gauloise), on ne sait pas là très bien encore ce qu’il nous faut chercher … En tout cas, j’aime bien cette image de « symbole de résistance », on en a bien besoin aujourd’hui: Gargan, ou Gargantua pourrait avec avantage revenir sur nos étendards…

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incarnation de lointains ancêtres,

et mémoire oubliée de peuples antiques …

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« …ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. »

C’t’amusant, depuis que je m’interroge un peu sur les gués, je n’arrête pas de voir partout des références à ce sujet. Quand ça se passe comme ça, ma sorcière dit qu’il y a de l’écho et j’aime bien cette expression, c’est exactement ça … de l’écho … première référence : dans le bouquin que je suis en train de lire sur Mélusine, enfin plutôt que j’essaie de lire parce qu’il faut bien avouer que c’est parfois assez chiant … dans le contenu mais aussi dans la présentation, comme ce procédé de renvoyer toutes les notes en fin de chapitre : je vois difficilement mieux pour casser la lecture et la concentration… C’est pourtant dans ces notes que j’ai trouvé les références d’un article : »R. Louis, « une coutume d’origine préhistorique : les combats sur les gués chez les Celtes et chez les Germains ». Je n’ai aucune idée de ce que ce monsieur Louis peut dire des combats sur les gués, mais la première partie de la phrase « une coutume d’origine préhistorique » me permet de faire très arbitrairement le lien entre mes deux époques de prédilection même si je n’ai aucune idée non plus de ce qui peut permettre à ce monsieur Louis de prétendre que c’est une coutume d’origine préhistorique … certainement pas le fait que les « hommes du renne » attendaient leurs proies au passage des gués, quoi que … sait-on jamais …
Quoi qu’il en soit, les références au gué sont nombreuses dans la mythologie celtique et cette coutume mystérieuse du combat dans les gués a été attestée dans les textes et prouvée par l’archéologie
Il y a d’abord Cuchulainn qui, lors de la malédiction des Ulates (condamnés à une faiblesse périodique par la déesse Macha et incapables de se battre),à laquelle il est le seul à échapper, se positionne sur Ath Gabla (le Gué de la Fourche) de manière à repousser les troupes de la reine Medb (Razzia des Vaches de Cooley)
Cúchulainn, mené par son cocher Lóeg, arrive à un gué dont la gardienne lave le linge ensanglanté du héros, ce qui présage de sa mort prochaine. Passant le gué, il arrive dans la plaine de Muirthemné, où l’attendent ses ennemis.
Cette allusion à la gardienne d’un gué peut évoquer les « Parques » celtiques, ancêtres des « lavandières de la nuit », qui lavent sur un gué, c’est-à-dire à la frontière de l’Autre-Monde, les dépouilles des héros qui vont bientôt périr …
(il est question quelque part, mais je ne m’en souviens que de mémoire, des Nones gauloises -contraction de « matrones » ?- qui seraient les déesses du destin…)

Dans un épisode apparaît une anguille. C’est le résultat d’une métamorphose de la Morrigane/ Bodb (corneille), ou déesse de la guerre qui, dépitée de ne pas être aimée du héros Cuchulainn, vient sous cette forme dans le gué où il combat contre les hommes d’Irlande et s’enroule autour de sa jambe. Cuchulainn l’arrache brutalement et la jette contre les rochers

La route principale de la province d’Ulster va jusqu’au « Gué de la Veille » où Conall, « un bon guerrier des Ulates s’y tient pour veiller et protéger et pour que des guerriers étrangers ne viennent pas chez les Ulates les provoquer au combat ».

La rivalité entre Conall (héros Ulate, frère de lait de Cuchulainn) et Cet (guerrier du Connaught dont un druide a prédit qu’il tuerait la moitié des hommes d’Ulster) prend fin après un raid de ce dernier dans le Leinster, où il tue vingt-sept guerriers et leur tranche la tête. Conall peut le suivre à la trace du sang laissée dans la neige, il le rattrape à un gué et le tue dans un combat épique, tout en étant lui-même blessé.

Après la mort du roi Conchobar et de son fils Cormac Cond Longas, on propose la royauté d’Ulster à Conall qui la refuse, ayant mieux à faire chez Ailill et Medb en Connaught. Le roi ayant une nouvelle maîtresse, son épouse demande à Conall de le tuer, ce qu’il fait avant de réussir à s’enfuir, mais il est rattrapé par les guerriers du Connaught qui le tuent au gué de Na Mianna (aujourd’hui Ballyconnell, comté de Cavan)

Laissons Cuchulainn pour la bataille de Mag-Tured : la Morrigane a invité le grand dieu Dagda à la rejoindre à sa maison près du gué. « L’un des pieds de la femme dans l’eau touchait Allod-Eche au sud ; l’autre pied également dans l’eau touchait Lescuin au nord. Neuf tresses flottaient détachées de sa tête. Dagda s’unit à elle. Dès lors cet endroit s’appela le lit des époux. » Elle prédit à Dagda l’arrivée des Fomore, le jour de la bataille et qu’elle tuerait leur roi « elle versait du sang d’Indech plein ses deux mains à l’armée qui attendait l’ennemi au gué ». Ce gué s’appela « gué de l’anéantissement ».

C’est aussi dans un gué qu’a lieu un combat entre deux druides, par disciple interposé, Mog Ruith et Colphta: Colphta, l’Orgueilleux , un des cinq druides du roi Cormac , son aspect terrifiant ne l’empêche pas d’être vaincu par le druide Cennmar , disciple de Mog Ruith.

Toujours en Irlande, une Triade cite : Trí hátha Hérenn: Áth Clíath, Áth Lúain, Áth Caille.
Les trois gués d’Irlande : Ath Cliath (Gué des Claies), Athlone (Gué de Luan), Ath Caille (Gué du Bois).

Ath Liag Finn: C’est le nom d’un gué où Finn jeta une pierre plate tenue par une chaîne d’or, cadeau d’une femme du sidh. La légende dit que la pierre et la chaîne seront ramenées un dimanche, par une ondine, sept jours avant que ce monde ne finisse.

Arawn, maître d’Annwn -l’Autre-Monde- , propose à Pwyll qu’ils échangent leurs royaumes à condition que ce dernier batte, mais sans le tuer son rival Hafgan lors d’un duel sur un gué . Il y réussit

Dans le cycle Arthurien, Lancelot doit combattre un chevalier, Alybon, gardien du gué de la Reine, sur l’Humbrie, aux ordres de Guenièvre (ce qui rappelle aussi les combats avec le Chevalier Noir, gardien de la source de la Dame de la Fontaine…).Gué éminemment symbolique puisque c’est là qu’au temps de sa conquête, Arthur a rallié ses meilleurs chevaliers: Gauvain, Keu, Loth, et Yvain.

D’ailleurs, il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d’Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l’Aboiement, lors d’une nuit de Samain.
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Le passage du gué et les combats qui s’y livrent ne sont pas l’apanage des insulaires , et, parmi d’autres exemples, Rabelais nous montre Gargantua buvant le Thouet au gué de Ligaine, près de Taizé.
Et lors d’une guerre qui oppose Gargantua à Pichrochole, » sa jument pissa pour se relâcher le ventre, mais ce fut en telle abondance qu’elle en fit sept lieues de déluge. Tout le pissat dériva au gué de Vède, et l’enfla tellement au fil de l’eau que toute cette troupe des ennemis fut noyée horriblement  »

On l’a vu, en Irlande, la divinité féminine tutélaire du gué, c’est donc la Morrigane, déesse de la guerre, et le fait que le gué, dans la Razzia des Vaches de Cooley soit le lieu des combats singuliers de Cuchulainn contre les guerriers envoyés par les Irlandais en fait un point de rencontre ou une limite qu’on ne traverse que si on le peut, par exemple si l’on est initié.
Le gué est le lieu séparant le monde sensible de l’Autre Monde, endroit privilégié des affrontements et combats singuliers pour le héros en quête d’initiation.L’initiation druidique, elle, consistait à passer trois nuits et deux jours de méditation dans un lieu sacré, en contact avec les “divins ancêtres” et ce pouvait très bien être aussi au milieu d’un gué comme symbole du “passage ”, un de leurs lieux de prédilection. Mais le gué n’est pas obligatoirement le passage vers l’autre monde, vers la mort ; il peut être aussi, comme le souligne l’Arbre Celtique, « un passage vers la connaissance qui, si l’on suit les grands textes mystiques, induit l’existence de ces deux mondes comme en « surimpression » et c’est ce que dit W. Kruta à propos de l’art celtique: une surimpression du cyclique et du permanent. Ce qui rend les choses un peu « floues » pour des cartésiens ».
Une épigraphe gallo-romaine atteste de l’existence d’une Ritona , déesse particulièrement proche du gué qui se dit en gaulois « ritu », continuation d’un mot indo-européen « prtus » désignant le passage, le gué, le pont. Elle serait donc la déesse gauloise attachée aux gués, peut être même aux combats de gués puisque, comme le dictionnaire des symboles nous le dit, l’archéologie a souvent mis à jour dans l’ancienne Gaule « des armes à l’emplacement de gués, ce qui tendrait à prouver que la coutume irlandaise du combat de gué, en celtique continental et brittonique, se rattache à celle du passage et de la course » (« ritu » signifiant aussi « la course »… et on peut aussi rappeler, incidemment; qu’une course est à l’origine de la malédiction lancée par Macha induisant la « maladie des Ulates »…).
« Le gué (« dictionnaire des symboles ». Chevalier/Gheerbrant) symbolise le combat pour un passage difficile, d’un monde à un autre, ou d’un état intérieur à un autre état. Il réunit le symbolisme de l’eau (lieu des renaissances) et celui des rivages opposés (lieu des contradictions, des franchissements, des passages périlleux) ».

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