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Dans les sociétés traditionnelles, l’éducation était conférée par la voie de l’initiation, dont la forme se transmettait de génération en génération. L’initiation intervenait aux époques importantes de la vie de l’individu, celles auxquelles se produisent les changements d’états, par mutations.

Dans les sociétés modernes, tandis que les facultés conscientes ont été progressivement maîtrisées, le fossé s’est élargi entre la part consciente et l’autre part, dite inconsciente de l’être, au point que chaque individu dans la société moderne est un fragment d’homme qui n’a plus accès à toutes les régions de sa personne. L’homme moderne a intérêt à retourner à des valeurs traditionnelles d’ordre spirituel. Dans cette optique la connaissance vécues es voies initiatiques revêt une grande importance.

L’initiation contribue à la spiritualisation en faisant prendre conscience, par expérience vécue, de la réalité de l’être.

L’initiation est essentiellement un « passage ». L’initié « passe » d’un état à un autre état; il meurt à une vie pour renaître à une autre, selon une nouvelle naissance qui n »est pas réitération de la naissance naturelle de l’individu, mais réitération de l’émergence dans le conscient, qui est naissance selon l’esprit.

L’initiation est un acte de création. L’initié est conduit à découvrir les potentialités qu’il porte en lui et à les actualiser en les amenant au niveau de la conscience. L’acte créateur consiste à mettre en forme ce qui était informulé.

L’initiation place sur le chemin, celui qui cherche, parce qu’il pressent. L’initié doit découvrir par ses propres moyens, car seul il peut pénétrer dans son âme; nul ne peut l’y accompagner : tel est le sens du « secret » initiatique.
Par l’initiation rituelle, l’ « initiable » est placé sur le chemin et devient l’ « initié ».

Toutefois le terme « initié » répond à deux acceptions. Selon la première, l’initié est celui qui a été « créé, consacré et reçu » au cours d’un cérémonial rituel d’initiation. Selon la seconde acception; l’initié est celui qui a réussi à « passer » réellement d’un état à un autre, qui s’est transformé et qui vit des expériences nouvelles qu’il ressent personnellement.

Le cérémonial rituel initiatique est donc un moyen tandis que l’expérience de l’éveil et de la transformation de l’être est le but. Il s’écoule un temps, court ou long selon les individus, entre le « passage » rituel et le « passage » réel. Quoi qu’il en soit, on ne peut jamais enseigner que le passage rituel.

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Processus d’individuation

Chaque être humain a originellement un sentiment de « totalité »; c’est à dire un sens très fort et très complet du « Soi », le soi étant constitué de la totalité psychique faite de la conscience et de l’océan infini de l’âme sur lequel elle flotte. C’est de ce soi que se dégage la conscience individualisée du « moi », à mesure que l’individu grandit.

L’émergence du moi individuel se produit pendant la transition de la toute première enfance à l’enfance proprement dite. Ce changement ne peut être absolu sans léser gravement le sentiment originel de la totalité. Le moi doit constamment « revenir en arrière » pour rétablir la relation avec le soi, afin de conserver sa santé psychique .

Les moyens à mettre en oeuvre pour recréer le processus d’individuation consistent à remémorer les souvenirs d’enfance, à trouver ou retrouver des contenus perdus de la psyché, à reproduire des comportements psychiques antérieurs. Ces moyens ne sont efficaces que si l’assimilation des contenus perdus est faite correctement par le conscient dans la totalité de sa structure physique, affective et mentale.
La réussite de l’opération de réitération dépend de l’aptitude à percevoir les symboles-porteurs et à les interpréter.
On arrive alors à réconcilier les contraires, à dépotentialiser l’inconscient, à « devenir soi » c’est à dire à accepter non seulement ce qui concerne la vie de l’esprit, mais aussi celle du corps et des instincts; en d’autres termes, à « se soumettre », en acceptant le « tu es cela ».

Tel est le but de la formation initiatique.

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Rites et rituels

Il s’agit d’aborder le rite initiatique en tant qu ‘un enseignement de vie, dont l’aspect formel s’appuie sur des concepts symboliques.

Les rites initiatiques imitent, répètent, réactualisent, recréent.

Les rites imitent des modèles mythiques, exemplaires. Ils répètent symboliquement les actes de la création et, de ce fait, ils recréent. Ils réactualisent un moment mythique. Part le rituel, ils racontent les aventures des héros mythiques et réitèrent leurs actes.

Il est important de noter que les rites traditionnels ne sont pas des commémorations d’évènements historiques. Le rituel ne consacre pas une fête anniversaire. Cela signifie que l’acte primordial est accompli dans le temps présent de l’initié. Ce ne sont ni Oedipe, ni Hamlet, ni Héraklès qui opèrent. « Cela » arrive à celui qui narre l’évènement mythique ou qui le joue; cela ne se produit pas en un temps historiques qui ne se reproduira plus. Cela se passe « in illo tempore », « en ce temps là », l’acte ayant sa pleine valeur au moment où il est produit, selon un mode de réitération indéfiniment récurrent. L’acte primordial est toujours le même acte, les évènements du mythe n’ayant qu’une valeur exemplaire.

Sur le plan symbolique, le rite initiatique aide à trouver ou à retrouver le chemin qui conduit:

au « mot perdu » tel que le mot sacré ou à la « parole perdue »;

au « lieu perdu » tel que le Jardin d’Eden ou la caverne secrète ou l’arche royale;

à « l’objet perdu » tel que le Graal.

Ces images de choses perdues à retrouver montre combien le langage symbolique s’appuie sur le concept des « voyages » à entreprendre « vers l’arrière » et des « voyages de retour ».

Le rite initiatique convie à réaliser un état nouveau et suggère un mode de vie qui conduit au perfectionnement de soi. Il est donc fondé sur le concept de la perfectibilité de l’être humain; à cet effet il véhicule des connaissances et des pratiques appropriées.

L’état nouveau proposé par le rite initiatique est caractérisé, en particulier, par le fait que les oppositions au sein de la conscience sont réduites et même abolies. Tels éléments qui s’opposaient l’un à l’autre en s’excluant apparaissent comme complémentaires, formant les parties d’un tout. L’état nouveau place l’initié sur un autre plan au niveau duquel il transcende les contraires et résoud les ambivalences. Ces résultats peuvent être acquis tant par des groupes humains pris dans leur ensemble que par des individus isolés. Dans un cas comme dans l’autre, ces résultats contribuent à la création de l’harmonie et à l’établissement d’un équilibre durable.

Le rite initiatique contribue également à réduire le fossé qui sépare l’état conscient de l’état inconscient et conduit à « réunifier l’individu avec la terre maternelle ». Il conduit à la solution de conflits internes, à la réconciliation avec soi même; il exerce de ce fait un pouvoir de régénération.

Enfin une caractéristique fréquente des rites est qu’ils sont violents; ils contiennent des images d’épreuves, de combats, de mort, de vengeance. Cela peut paraître contradictoire avec le but à atteindre qui est la spiritualisation. Cette violence est nécessaire pour déclencher les processus psychologiques.

Rappelons que le rite initiatique qui fait appel à un support mythique, ne peut jamais être interprété à la lettre. Le but du rite initiatique est de conduire à l’interprétation correcte par la voie symbolique.

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Phases du rituel initiatique

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Le lieu sacré

Le lieu où va s’accomplir l’initiation peut être la forêt, la brousse ou un local clos. Le choix du lieu fixe le « centre ».

Le terme « centre » ne peut pas être compris dans le sens d’un point géométrique. Le centre symbolique est déterminé par transposition analogique en passant sur un autre plan que celui de la géométrie.

Sur le plan initiatique, le centre est « centre du monde » tant du microcosme que du macrocosme. Il est « centre du monde » tant pour l »individu que pour le groupe auquel il est associé ou pour le cosmos.

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Le temps sacré

L’acte mythique se produit hors du temps historique contrairement à notre existence quotidienne qui est un écoulement continu et irréversible, dans le temps de l’histoire. Tout acte situé dans le temps mythique est réitérable.

Lorsqu’il se produit, il a le même sens que s’il se produisait pour la première fois. C’est en quelque sorte le même acte, d’où l’expression de temps cyclique par opposition au temps profane qui est irréversible.

Lorsque par un rituel initiatique, on raconte un mythe ou on joue le rôle d’un héros mythique, on réactualise un temps sacré. On dit alors que les personnages tant initiants qu’initiés « sortent du temps » ou encore que le rituel les « projette hors du temps ».

Le rituel initiatique abolit le temps profane et ouvre la voie au « temps sacré », également dénommé « le Grand Temps ».

Ce passage d’un monde à l’autre est une opération difficile. C’est d’ailleurs le but de l’instruction initiatique d’aider le candidat à réussir ce passage.

L’initiation aide l’initié à concevoir le retour dans le monde autre afin de se « délivrer » des illusions, de se « libérer » des contradictions de sa nature, d’abolir le temps en le transcendant. Le voie initiatique suivie pour atteindre ce but est le « voie royale » et la pratique des techniques qui y conduisent, l’ « Art Royal ».

La rupture de niveaux est accompagnée de signes d’alerte dans les récits mythiques et dans les rituels initiatiques. Des expressions telles que « Au commencement » ou « en ce temps là » (chez les Celtes « il était une fois et il n’était pas ») sont des signes d’alerte qui avertissent qu’il convient de changer le sens du langage, de passer du langage profane avec sa logique propre au langage symbolique avec ses lois et ses règles.

L’initiation rituelle cherche à modifier la totalité de la personne du candidat. En con séquence le rituel initiatique agit non seulement sur les facultés mentales et affectives mais aussi sur la partie physique de l’être, en particulier sur le corps. A cet effet l’initié est convié à adopter certaines postures du corps, des membres et des doigts, à s’exprimer physiquement par des « signes » ainsi qu’à « marcher » ou à « danser » d’une façon particulière dans l’enceinte sacrée.

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Mots et gestes

Le candidat qui se présente à l’initiation reçoit communication de mots sacrés et de mots de passe, « mots sacrés » parce qu’il les reçoit dans une enceinte sacrée et « mots de passe » parce que l’initiation et un passage et que le mot communiqué agit comme une clef.

Nommer, c’est créer. L’univers n’a de sens que dans la mesure où l’homme le conçoit. Or, dès qu’il le conçoit, il le nomme. Avant cet acte de «nommer, tout est « informulé », « néant », « chaos », « abîmes ».

Il en va de même du « mot sacré » qui est plus que le mot dont on cherche des significations explicites.

(d’après Raoul Berteaux: “la Voie symbolique”)

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Notre vie psychique comprend une part archaïque et, de ce fait, l’étude des grands mythes de l’humanité est source de connaissance de soi même. Or il se fait que le mode d’expression du mythe est le langage symbolique.

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Le mythe raconte, selon un mode historique, la création du monde, l’oeuvre d’un dieu, les épreuves d’un héros. Mais le mode adopté pour raconter n’a que le rôle de support d’une idée; c’est l’essence même de l’évènement qui importe. Le Dieu et le héros se comportent d’une façon indépendante du temps et de la localisation de l’évènement.. Le fait mythique prend ainsi un caractère universel, c’est à dire qu’il est valable en tous lieux et de toute éternité. L’enseignement du mythe concerne l’homme et non une faculté particulière : intellect, imagination, sensibilité, etc.

L’évènement mythique possède des caractéristiques:

– le mythe offre un modèle exemplaire, il peut être répété.

– le mythe crée le modèle à partir d’un événement « qui est arrivé » en un temps anhistorique;

– le mythe exprime une réalité de l’être; la vérité du mythe est dans cette réalité et non dans celle de l’évènement.

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Dans la conception archaïque, le mythe exprime une vérité absolue sous la forme d’évènements vécus par des êtres surhumains ou par des grands ancêtres (donc au « dessus du niveau » humain  dans l’espace ou « avant le temps » de l’homme). Il y a donc passage d’un espace à un autre espace et d’un temps à un autre temps. La rupture qui se produit ainsi sépare l’espace-temps profane de l’espace-temps sacré. De ce fait le modèle-exemplaire du mythe est sacré. Si l’évènement s’était produit dans le temps de l’histoire, il ferait partie d’un passé à jamais disparu. Comme il s’est produit en un temps sacré, qui est cyclique, l’évènement peut être répété; le mythe ouvre la voie de la réitération.

Le comportement mythique, celui d’un être d’une société archaïque ou le nôtre, pour ce qui concerne la part archaïque de la psyché est donc caractérisé par les éléments suivants:

– Imitation du modèle-exemplaire, dont le caractère est trans-humain,

– Ré actualisation de l’évènement mythique, en le réitérant, soit en racontant un poème, soit en jouant le scénario qui le décrit,

– Rupture de l’espace temps profane,

– Entrée dans l’espace-temps sacré: cette opération a un caractère initiatique.

On comprend pourquoi le mythe a, dans les sociétés traditionnelles, un rôle fondamental: il y domine en effet toute la vie individuelle, collective, culturelle. Il y joue un rôle régulateur, contribuant à un équilibre psychique que beaucoup d’êtres ont perdu dans les sociétés à haut degré de civilisation économique.

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Le mythe est mémoire du monde.
Il est présenté sous la forme d’un drame joué par des personnages qui sont des symboles. Chaque personnage-symbole porte ses propres significations. Le mythe expose les relations réciproques entre ces personnages et donne l’occasion à chacun d’eux d’exprimer ses potentialités, ses virtualités. Le mythe peut faire appel à des personnages historiques, comme à des personnages fictifs, mais l’historicité, lorsqu’elle existe, joue un rôle accessoire. De toutes façons, l’histoire se déforme au fur et à mesure que le mythe se forme. Le personnage historique disparaît pour faire place au personnage-exemplaire, en le plaçant dans une situation limite.

Ainsi donc, la technique symbolique du mythe consiste:

– à ré-actualiser des évènements primordiaux;

– à imiter des modèles-exemplaires;

– à provoquer une rupture d’espace-temps;

– à entrer dans un espace-temps sacré.

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Le mythe est destiné à faire prendre conscience de soi, à départager les forces et les faiblesses, à les connaître : condition première pour les maîtriser. Le mythe est donc un moyen de connaissance. Le mythe doit aider l’homme à se délivrer.

Le mythe n’est pas destiné à révéler une situation historique, mais bien une situation fondamentale de l’être, sous la forme d’une situation-limite exprimée par le héros mythique.

Le mythe ne vise pas à un enseignement moral. Il est destiné à faire prendre conscience de la réalité de l’être et de l’aider à se transformer. Le mythe vise à la connaissance de l’être total, sans chercher à classer ce qui est bien et ce qui est mal.

Connaître les mythes c’est apprendre le secret de l’origine des êtres et des choses.

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Les héros mythiques sont des personnes-symboles qui connaissent une vie mouvementée, extraordinaire, héroïque et violente. Ce sont des combattants. Ils interviennent à divers niveaux: celui de l’homme puissant ou du surhomme ou du demi-dieu, selon que le mythe se situe au plan humain, au plan intermédiaire entre l’humain et le divin ou au plan divin.

Le héros mythique est symbole du « retour »: il revient « en arrière » de la lumière vers les ténèbres, de la conscience vers l’état primordial d’inconscience; ensuite s’il sort victorieux de l’épreuve, il ré émerge dans le conscient, dans la lumière. Le héros mythique est donc un personnage initiatique: il montre comment faire. Il ne confère pas la libération mais il montre la voie qui y conduit.

Les personnages de mythes, les héros mythiques peuvent se « charger de sens » comme des objets ou des figures géométriques se chargent de sens. Ils peuvent, de ce fait, jouer le rôle de symboles.

Certains d’entre eux sont des personnages « verticaux » (Faust, Don Juan) en ce sens que, symboliquement ils répondent à des aspirations ascendantes ou à des impulsions descendantes.

D’autres sont « horizontaux » (Hamlet, Don Quichotte) en ce sens que, symboliquement, ils répondent à des tensions entre l’individu et la société.

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La comparaison des situations limites à deux époques différentes permet de séparer les éléments permanents des éléments impermanents; elle constitue de ce fait, une clef de la méthode symbolique. Les éléments permanents dégagent le sens universel. Les éléments impermanents sont relatifs à la culture de l’époque et au milieu ambiant.

(d’après Raoul Berteaux: « la Voie symbolique »)

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