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« Nous ne sommes pas anarchistes par goût de la subversion : nous le sommes parce que nous ne trouvons plus devant nous que des bouffonneries qui exigent notre dérision. « Ils n’ont plus droit au respect -affirmait Jacques Laurent en nous mettant hors de jeu. Qui ? Tous autant qu’ils sont, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, tous ces gens du Pouvoir qui pouvaient prétendre à notre respect. Nous savons, -et non plus comme jadis, par une exception qui confirme la règle,- que dans tout général, tout ministre, tout prélat, tout meneur d’hommes, tout savant, tout héros, militaire ou sportif, tout écrivain, il y a, sommeillant et qu’on réveille facilement, un détenu triste, prêt à mendier le rab de fayots, le sourire du gaffe, et à se frapper la poitrine dans un box pour expliquer ses intimes méandres au premier paquet venu de justiciers ». Nous ratifions cette profession de désespoir social et civique. Nous n’avons pas eu besoin de faire table rase; elle s’est faite toute seule. Nous avons fini par nous habituer à ce néant qui bafouille, qui jabote, qui se rengorge dans des poses avantageuses.

Pol Vandromme, Rebatet.

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J’ai longtemps considéré Jean de La Varende comme mon auteur préféré. En 5e, au lycée, je lisais « Pays d’Ouche » et plus tard à la fac, je parlais plus souvent de lui avec mon assistant en Histoire du droit, qui était de ses admirateurs, que des institutions féodales comme nous l’aurions du. Entretemps, j’avais rejoint l’association des « Amis de La Varende » ce qui donnait droit, chaque année, à un délicieux petit inédit dont s’enorgueillit encore aujourd’hui ma bibliothèque.

Je n’ai depuis que peu rencontré de personnages aussi romantiques que Nez de cuir, Man’d’Arc et autres Manants du roi pratiquant avec autant d’ardeur la noblesse, l’honneur et la fidélité. J’avais déjà envoyé loin promener la religion du désert, mais curieusement son catholicisme ne me gênait pas : avec Michel de Saint-Pierre et quelques rares autres, il est de ces auteurs chrétiens qui trouvent pourtant grâce à mes yeux… J’avais trouvé particulièrement émouvante , je m’en souviens encore, une nouvelle qui contait la longue nuit de réflexion d’un hobereau déchiré , à la suite de la condamnation papale du mouvement « l’Énergie Nationale », allusion claire à l’Action Française… et ce simple texte m’avait permis de prendre la mesure pitoyable de ce pauvre Maurras que devait, dans ses « Décombres », illustrer aussi parfaitement Rebatet,, éternel cocu, du Roi, de l’Eglise et du Coup de Force (*)…

J’aime aussi de La Varende que, n’ayant pu faire la carrière maritime à laquelle il aspirait, il s’évertua toute sa vie durant à réaliser une impressionnante collection de maquettes de bateaux et de navires composée de plus de 2000 éléments …

Jean de La Varende est né le 24 mai 1887 au château de Bonneville à Chamblac, dans l’Eure.

(*) Maurras :

– agnostique convaincu, il fait un compromis avec le catholicisme et se fait le chantre d’une Église-facteur d’union entre tous les Français pour voir son Action Française officiellement condamnée par le Pape en 1926;

– monarchiste, il est renié par le prétendant, le Comte de Paris qui rompt avec fracas tous liens avec l’AF en publiant une lettre définitive, pour se tourner vers des élites plus proches du régime républicain et davantage « fréquentables »;

– propagandiste du « coup de force » il rate l’opportunité, qui ne se représentera pas, du 6 février 1934, par manque total de prise en compte de la réalité

– inventeur du « nationalisme intégral » et germanophobe extrême, il s’engage derrière le Régime de Vichy pour se voir jeté en prison en 1945, et condamné à perpète, accusé de collaboration -un comble- avec les allemands …

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Lucien Rebatet: « les Deux Etendards ». Gallimard

Dans son « Histoire de la Littérature Française », Kléber Haedens estime que « les Deux Etendards » de Lucien Rebatet, est beaucoup trop long, « alourdi par des discussions théologiques entre deux jeunes provinciaux un peu niais ». personnellement je trouve Haedens un peu dur, car les deux personnages ne sont pas si niais que ça et s’entretiennent de sujets dont, à l’époque de la lecture, je me délectais, avide de me repaître de tout ce qui pouvait conforter mon anti-christianisme. Car à mon sens, les Deux Etendards sont conçus comme une violente et terrifiante entreprise de démolition du christianisme … si tant est qu’on puisse résumer ce bouquin de 1300 pages, écrit en prison, voilà ce qu’on peut lire en 4ème de couverture :

« Michel est un garçon de vingt ans, ancien élève des Pères, ardent, intelligent et pauvre qui débarque à Paris dans les années vingt pour y terminer ses études. Il découvre Paris : musique, peinture, théâtre, littérature, et le plaisir. Il y a de quoi l’enivrer quand intervient un événement qui le fait changer de direction. Son ami Régis, demeuré à Lyon, lui apprend qu’il veut devenir prêtre, et même jésuite, et en même temps qu’il aime une jeune fille nommée Anne-Marie. Quand Régis entrera au Séminaire, Anne-Marie commencera son noviciat dans un ordre féminin. L’évocation de l’amour mystique et pur, mais brûlant qui les unit bouleverse si bien Michel qu’il tombe à son tour amoureux d’Anne-Marie sitôt qu’il la rencontre. Le seul moyen de rejoindre Anne-Marie lui paraît être de rejoindre à la fois Régis et Anne-Marie dans leur aventure spirituelle. Michel essaie donc de se convertir mais vainement. Il n’ose pourtant avouer la vérité et son amour à Anne-Marie que le jour où Anne-Marie et Régis se séparent. La soumission de Régis à un ordre purement extérieur paraît à Anne-Marie une trahison. Elle se rejette vers Michel, et se laisse finalement enlever par lui. Mais Michel est un être à qui la terre suffit, Anne-Marie une de ces créatures qui sont perdues lorsqu’elles ont perdu leur Dieu . Après un étonnant voyage en Italie et en Turquie , où des lettres de Régis disputent Anne-Marie pourtant amoureuse à l’amour de Michel, tout semble sur le point de s’arranger. Les familles sont prêtes à marier les jeunes gens. Mais Anne-Marie refuse et rompt avec Michel. Elle ne retrouvera pas la foi, cependant elle en garde la nostalgie, et la marque profonde. Elle dit elle-même que le christianisme est une « drogue », mais qu’elle en a pris « une trop forte dose » et « qu’elle ne s’en remettra jamais ». Régis et son Dieu triomphent, mais sur les ruines de tout bonheur humain ».

dans ces conditions, non, je ne crois pas que les discussions théologiques soient superflues, mais au contraire servent à rendre compréhensibles les démarches des différents personnages, qui ont pour habitude de siffloter les premières mesures du Sigfried de Wagner pour se reconnaître (la musique est aussi l’un des thèmes importants du livre) et pour ainsi dire éclairent leurs respectives visions du monde tout en les préservant, justement, de cette niaiserie dont Kléber Haedens les accuse… Je n’ai, en revanche, rien à objecter à la suite de la critique :

« ce livre raconte avec une fougue splendide l’aventure d’un esprit, la création d’un être qui se heurte à toutes les tentations de la pensée et de la vie. La peinture de la vie lyonnaise, la satire terriblement efficace des milieux catholiques et bourgeois, certaine poursuite d’une jeune fille sur les pavés nocturnes couronnés par des scènes d’un érotisme prodigieux, les allées et venues frénétiques de l’auteur, ses emportements, ses éclats de rire furieux, tout cela s’installe dans la mémoire et y subsiste avec une extraordinaire netteté ».

Personnellement, je classe ce livre fabuleux parmi les chef-d’oeuvres de la littérature du XXè siècle.

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