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« Le refus de la démocratie et la haine des « intellectuels » s’enracinent chez les anarchistes de droite sur une révolte profonde, constitutive, qui reflète non seulement une opposition absolue à la pensée progressiste, mais aussi une protestation vigoureuse (métaphysique ?) contre bien des aspects de la condition humaine et cela au nom de valeurs intellectuelles, morales et existentielles qui sollicitent l’individu dans tous ses pouvoirs de décision et de création. Dans cette perspective anarcho-droitiste, l’homme ne peut pas s’en remettre aux grandes abstractions humanitaires et aux slogans collectifs; il doit se fier à ses seules qualités, à sa propre capacité d’appréhender. Il doit savoir, par exemple, que toute révolte n’est pas bonne et se dire que la Révolution est le plus souvent un mythe, une vieille rengaine politique, même s’il l’appelle quelquefois de ses voeux. « Il y avait une académie de la Révolution, note Nimier à propos de la situation politique en France, en 1945, un conseil supérieur du désordre (…) Quitte à désespérer nos vieilles tantes démocrates, il fallait trouver autre chose. » Il convient donc, en toute occasion, pour un anarcho-droitiste, de garder un esprit critique, non pas en référence à une doctrine extérieure, à des principes admis ou imposés, mais en fonction de ses convictions personnelles. « Personne ne doit être né avant nous, affirme Micberth. Nous devons tout revoir, ne rien accepter a priori, de ce qui peut choquer notre raison, ne rien céder au système de connivences. » Et il ajoute : « Refuser l’héritage moral et politique de nos ascendants, refuser globalement dans un premier temps, pour ensuite, n’y prendre que l’indispensable, m’apparaît comme une saine démarche de l’esprit (…). Ainsi commence la liberté authentique de l’individu. »
François Richard. Les anarchistes de droite. Que sais-je ?

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« L’humour me parait, en effet, une qualité indispensable au Sudiste, bien qu’il ne figure pas parmi les vertus du parfait Samouraï. C’est même par l’humour qu’on est vraiment Sudiste. Cela corrige les claquements de talon, les certitudes dans les convictions, l’agressivité sans nuances, rhumatismes qui menacent toujours les combattants de première ligne. Cette disposition prévient les faux mouvements, même en politique. Que de fautes lourdes auraient évitées les grands régimes d’autorité du XXe siècle si leurs proconsuls s’étaient quelquefois moqués de leur propre majesté. Les « chefs » que j’aime, je les aime râblés et se souvenant de cette parole de Montaigne que, sur les plus hauts trônes du monde, les rois ne sont encore assis que sur leur cul ».

Cet humour  est encore un moyen de défense. Il protège le Sudiste contre les empiétements des idéologies, contre les vexations des gens en place, contre les malheurs qui ne viennent que de la vanité. C’est un palladium universel contre tous les produits de la sottise, il permet même de passer indemne à travers les épreuves de la persécution, du moins celles qui ne dépassent pas le calibre usuel. Cette gaieté des Sudistes les rend presque invulnérables, quand elle repose sur une juste appréciation des biens véritables, direction de l’imagination dans laquelle on retrouve leur fond stoïque. Non seulement ils ne font pas les importants, mais ils n’admettent pas qu’on le soit. C’est une insolence contre laquelle il n’y a pas grand chose à faire et qui décontenance les cuistres.

Les nuances de l’humour sudiste sont nombreuses et elles sont toutes recommandables. On trouve assurément de grands profits de l’humour sur soi : il met à l’abri des airs de tête, des profils avantageux, et il a le privilège de conserver la fraîcheur du teint. On s’en trouvera bien en cas de succès : il arrête, ou, du moins, suspend la décrépitude provoquée par les louanges. Employé plus généralement comme antispasmodique ou fortifiant, l’humour sur toute chose donne de bons résultats. Il a été utilisé avec bonheur en littérature où la seule apparition de Roger Nimier et d’Antoine Blondin, de Marcel Aymé ou de Jean Anouilh, a suffi pour donner des tons verdâtres et une odeur de moisi aux objets idéologiques exposés dans la vitrine de la brocante littéraire. Nous autres, Gibelins, nous sommes en ce temps-ci des « singes en hiver » : l’humour est le rayon de soleil sous lequel nous nous étirons. »

Maurice Bardèche. Sparte et les Sudistes. Les sept couleurs.

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Le 28 septembre 1962, au volant de son Aston martin, Roger Nimier nous faussait compagnie

« Quand les hommes de cette planète seront un peu plus difficiles, je me ferai naturaliser humain. En attendant je préfère rester fasciste, bien que ce soit baroque et fatigant. »

Roger Nimier.

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Roger NimierSunsiaré de Larcône

Gabriel Matzneff écrit dans son Journal, en date du 29 septembre 1962 :

« Le matin. Je suis chez moi, à ma table de travail, en pantalon de pyjama, torse nu. Coup de sonnette. C’est Anne- Marie. Elle se jette à mon cou, reste un moment sans bouger, la joue appuyée contre ma poitrine. Puis, se reculant, elle me dit, les lèvres tremblantes, ses beaux yeux noirs pleins de larmes:

– Sunsiaré est morte.

Sunsiaré de Larcône, Anne-Marie m’en parlait sans cesse ces dernières semaines ; c’était pour elle mieux qu’une amie : un guide spirituel, une initiatrice. Et voici qu’hier soir elle s’est tuée en voiture avec Roger Nimier.

Les journaux publient la photo de Nimier et de Sunsiaré sur leur lit de mort, dans la chapelle ardente de l’hôpital. Le front ceint d’une bandelette, tristes et beaux comme de jeunes dieux inconnus. Inaccessibles. »

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Antoine Blondin est né le 11 avril 1922.

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Les titres de ses romans sont autant d’aveux ou d’autoportraits : L’Humeur vagabonde, Un singe en hiver, Monsieur Jadis, L’Europe buissonnière …

Il est difficile de l’évoquer sans parler aussi de Roger Nimier : avec lequel (et Michel Déon et Jacques Laurent) il est lié au « mouvement littéraire des Hussards ». Ce texte (dans « Ma vie entre des lignes »)  les réunit de manière exemplaire:

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« Cette nuit là, qui était celle du réveillon, je m’étais épanché à travers Paris dans un taxi que je n’étais plus en mesure de payer quand le chauffeur -lassé- m’en fit la suggestion. Conduit au poste de police pour grivèlerie, on me retira tout : ceinture, cravate, sauf la barbe qui me donnait l’aspect d’un parfait clochard et ne m’avantagea pas lorsqu’on vint m’extraire de ma cellule, à la fin de la matinée, pour me conduire devant le commissaire. Celui-ci me donna à entendre que le camion du Dépôt allait effectuer son ramassage dans l’heure qui suivait et que l’après midi ne se passerait pas que je ne fusse traduit devant le tribunal des flagrants délits et condamné sans recours.. Toute fois voulait-il bien me laisser une chance de rembourser le chauffeur avant cette échéance en téléphonant à quelqu’un de m’apporter la somme qui se montait à 3000 francs (anciens). J’avais droit à un seul coup de téléphone. J’appelai Roger, tremblant qu’il n’eût réveillonné dans quelque campagne. Il était là et me dit qu’il arrivait. On me reconduisit dans la cage où le temps me sembla long. Qui du fourgon ou de l’Aston-Martin arriverait le premier ? Je l’ignorais encore quand on me poussa vers la sortie… Une sourde animation régnait dans le poste de police au milieu duquel se tenait un chauffeur en livrée, casquette et gants d’uniforme. Il se découvrit à mon approche et me tendit une enveloppe en me disant : « Voici, monsieur. » Je lui répondis : « Merci, Étienne. »

C’était Roger.

L’enveloppe contenait le salaire de trois brigadiers-chefs. Je réglai ma petite note, puis me dirigeait vers « ma  nimiervoiture », escorté par « mon chauffeur » qui, se découvrant derechef, contourna la voiture pour ouvrir la portière avec les marques d’une déférence extrême. Jamais « La Vieille Maison »* ne m’avait paru plus accueillante ni plus somptueuse. Elle flambait sous un pâle soleil dans une apothéose de klaxons, car elle bouchait toute la rue. Les flics, massés au seuil de leur antre, se frottaient les yeux devant l’équipage miraculeux qui emportait cette pauvre cloche incapable de régler un taxi et l’on peut présumer qu’ils eurent vraiment ce jour-là la révélation de Noël. « Tout cela pour te refaire un peu la cerise », dit simplement Roger.

On voit la délicatesse : me sortir du poste n’était rien, m’en faire sortir la tête haute, convertir l’angoisse en plaisanterie, l’humiliation en triomphe, c’était là tout Roger Nimier. »

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* « cette voiture que nous appelions « La Vieille Maison » parce qu’elle renfermait des rasoirs électriques, des chemises de rechange, des livres, des déclarations d’impôts et des jeux de patience un peu désuets; parfaitement : des jeux de patience jouxtant le compteur étalonné jusqu’à 260 ! »

Je suis tombé un peu par hasard sur un site royaliste qui s’est choisi un nom qui est aussi le titre d’un excellent roman de Roger Nimier, « les Épées » … Nimier reconnaît l’influence que Maurras et l’Action Française ont exercé sur lui …. ça ne m’autorise pas à en conclure que les royalistes ont choisi ce nom en fonction de l’auteur … et si c’est le cas, je ne sais pas trop s’ils ont fait là preuve d’humour ou s’ils n’ont tout simplement pas lu le bouquin. Quoi qu’il en soit, je ne résiste pas à l’envie d’en recopier ici les trois premiers paragraphes :

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«Ça commence par un petit garçon plutôt blond qui laisse aller ses sentiments. Le visage de Marlène Dietrich, plein de sperme, s’étale devant lui. Sur le magazine grand ouvert, le long des jambes de l’actrice, des filets nacrés s’entrelacent comme la hongroise d’argent sur le calot d’un hussard.

Il se lève et s’approche d’un bureau. Il s’assied. Il ouvre un tiroir. Dans un carnet de blanchisseuse à couverture de molesquine noire, il cherche la bonne page. Il écrit : 22 mars 1937 : 8. Il tire une barre et additionne 8 au chiffre précédent. Puis il note : 1454 dans une troisième colonne. « Rien ne vaut une comptabilité bien à jour », dit-il à voix basse. Il écarquille les yeux et va se regarder dans la glace. On ne parle pas tout seul, à moins que d’être fou. Cependant, Larousse dit  des choses très fortes sur les résultats néfastes du plaisir solitaire. Ils appellent ça le plaisir. Salaud de Larousse.

Le visage de Marlène Dietrich, noyé dans une torpeur coupable, se gondole sur le tapis. Il ramasse le magazine et court le déchirer dans la corbeille à papiers. Puis il regarde autour de lui. Il prend une lettre de ses grands-parents, un faire-part de mariage, il les coupe avec des ciseaux et les mélange dans la corbeille. Ensuite il se penche et renifle d’un air mécontent. Il revient de la salle de bains avec de l’eau oxygénée et de l’eau de Cologne dont il renverse quelques gouttes. Il va remettre en place les bouteilles vides ».

C’est du vécu ça, et qui remue des vieux souvenirs …

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