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« L’État, maître depuis longtemps de dicter l’Histoire par célébrations et pantomimes, sait aussi, depuis quelques années, montrer d’un doigt vengeur les affreux, les criminels et les pervers dans un passé de plus en plus lointain. Et prononce solennellement sans même la comédie d’un semblant de procès, sans débat ni avis autorisés, de terribles excommunications. Nous ne voyons plus agir que des partisans investis de terribles pouvoirs de grands inquisiteurs et des tribunaux auto-proclamés où la défense ne peut jamais paraître. L’ennemi vaincu, mis à terre, humilié, est un hérétique ou, si l’on veut se référer à des temps plus proches, un déviationniste invétéré. Nous ne savons plus, ne pensons même plus à respecter l’adversaire et ne disons combattre que des peuples ou des partis déclarés coupables de graves forfaits. Après de longs siècles où les les hommes et les nations pouvaient faire la guerre et se respecter, ménager les faibles, bien traiter les prisonniers, nous retournons aux temps obscurs, terribles, des guerres civiles entre partis, lorsque, dans Paris , les Armagnacs et les Bourguignons cherchaient et gagnaient l’appui de l’Église pour s’excommunier les uns les autres. Le temps aussi des Guelfes et des Gibelins de l’Italie de la pré-Renaissance qui traitaient les vaincus de loups rapaces, de race maudite et d’ennemis du popolo et d’ennemis de Dieu. Les Soviétiques en place faisaient de leurs adversaires du moment des vipères lubriques.

Sont condamnés, sans entendre et sans appel bien sur, ceux proclamés coupables non plus d’agressions contre le pays ou contre telle communauté mais de crimes contre l’Humanité. Contre ces maudits, les forces du Bien mènent non une guerre de conquête, mais une expédition punitive, une croisade des temps modernes. Et, bien évidemment, seul le gouvernement, le chef de l’Etat et son parti, au plus une majorité d’élus, peuvent dire où est le Mal. Ce qui conduit un ministre, qui n’est plus comme autrefois ou naguère ministre « de la guerre » ou « des armées », mais seulement « de la Défense » non vraiment à se préoccuper de protéger les frontières ou la sécurité des citoyens mais à sans cesse lancer ses troupes au loin, au nom du Devoir d’Ingérence, contre des hommes qui n’ont jamais manifesté aucune sorte d’intentions suspectes contre son pays. Que les agents ou députés commis pour le faire n’y connaissent absolument rien ne porte aucun frein à leurs ardeurs. Bien au contraire. C’est à tout propos, par toutes sortes de moyens que les parlements des États du camp du Bien s’enrouent à lancer l’anathème. »

Jacques Heers, L’Histoire assassinée. Editions de Paris.

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« Selon le discours en vogue, la France aurait toujours été un creuset de population. Du point de vue historique, cette assertion est fausse. Du VIe au XIXe siècle, le fond du peuple français est demeuré le même. Au XIXe siècle apparaît une immigration saisonnière, les travailleurs retournant dans leur pays après leur labeur. La première grande vague migratoire a lieu après la Première Guerre mondiale. Elle est constituée d’ Italiens, d’Espagnols, de Polonais et de ressortissants d’autres nations de l’Est. Ceux-ci s’assimilent peu à peu, par le biais de l’école, du service militaire et de la guerre -certaines institutions exerçant une force intégratrice : l’Église catholique, les syndicats, et même le Parti communiste. A partir de 1946, la seconde vague migratoire vient d’Algérie. Sous la IVe République, contrairement à ce qui se répète, ce n’est pas le patronat qui fait venir cette main-d’œuvre : ce sont les pouvoirs publics, afin de trouver une issue à l’explosion démographique de la population musulmane d’outre-Méditerranée. Après 1962, l’Algérie indépendante, le flux migratoire reprend en vertu de la libre circulation stipulée par les accords d’Evian. Si l’immigration est officiellement interrompue en 1974, le regroupement familial, autorisé en 1975, accroît dans les faits le nombre d’arrivants. D’autres courants migratoires apparaissent, issus d’Afrique noire ou d’Asie. Et en vertu de la loi, tout enfant né en France de parents étrangers peut, à sa majorité, accéder à la nationalité française. »

Jean Sévillia : Le terrorisme intellectuel

(dessin de Chard)

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