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« Si vous rencontrez jamais au fond d’une cave quelqu’un qui soit très occupé à couper son prochain en tranches, informez-vous d’abord. Gardez-vous d’apprécier à vue de nez, de juger témérairement, d’intervenir mal à propos. Sachez que le point du litige n’est pas de savoir si vous avez affaire à une tortionnaire mais strictement si la cause de ce tortionnaire est bonne ou mauvaise. Ce n’est d’ailleurs pas d’aujourd’hui que la fin justifie les moyens. Ce qui est neuf c’est la sorte d’unanimité des esprits quant à cet aphorisme jusqu’alors discuté.

Ce qui est neuf, ce n’est ni le massacre ni la torture, mais que des esthètes, des philosophes, des poètes, tous champions patentés du libre examen, appellent, approuvent, acclament, massacrent et torturent au point qu’il ne leur reste de blâme et d’invective que pour les carnages dont se rendent coupables leurs adversaires sans qu’il soit question un seul instant de réprouver l’atrocité en soi. César ou Démos n’ont pas commencé d’être brutaux et injustes à notre époque : toute l’histoire en témoigne. Mais au moins, jadis, ne se rougissaient-ils pas les mains au nom des droits de l’homme. Une caractéristique de notre époque (qui entre bien des gênes bénéfiques n’a hérité que celui-ci de la Révolution Française) veut qu’il ne suffise plus à l’égorgeur d’égorger, encore lui faut-il qu’on l’approuve. Les grandes tyrannies modernes ne se contentent pas de l’obéissance de leurs sujets : ceux-ci doivent en sus se pâmer sur les délices de leurs libertés. »

Jacques Laurent, Au contraire. La Table Ronde.

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Le 9 avril 1865, la bataille d’Appomattox met fin à la guerre de Sécession, l’acte de reddition est signé entre le général Lee et le général Grant.

« L’accueil de Grant est déférent. Il s’efforce de rendre l’instant moins pénible. Il évoque des souvenirs communs de la guerre du Mexique. Après quelques instants, Lee doit lui rappeler la raison de leur rencontre. Il demande que ses hommes puissent emmener les mules et les chevaux pour reprendre les travaux des champs. Grant acquiesce. L’acte de reddition est rédigé et signé.

Au moment de remonter sur Traveler, le général Lee pose la tête sur l’encolure de son vieux compagnon. Il reste ainsi plusieurs secondes, prostré. D’un violent effort, il se reprend. Une fois en selle, il salue Grant qui s’incline.

Lee s’éloigne vers ses lignes.

En le voyant, ses hommes l’acclament comme ils le font quand il passe dans leurs rangs, mais à voir ses traits bouleversés, leurs cris s’étranglent. Ils hésitent pendant qu’il continue sa route. Puis, d’un mouvement spontané, ils s’élancent vers lui.

– Général, nous sommes-nous rendus ?

La question le gifle en pleine face. Il essaye d’avancer mais ils l’entourent. Leurs visages faméliques, et leurs regards en délire tendus vers lui. Il doit s’arrêter. Les mots lui sont une torture :

– Soldats, nous avons combattu ensemble et j’ai fait ce que j’ai pu pour vous. Vous serez tous relâchés sur parole et vous pourrez rentrer chez vous.

Il veut encore parler, mais il ne peut articuler qu’un difficile : « Au revoir, au revoir… »

Des larmes coulent sur ses joues hâlées, tandis qu’il s’éloigne sans voir où mènent les pas de son cheval. »

Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. La Table Ronde.

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François Rabelais est mort à Paris le 9 avril 1553.

Où l’on voit que du temps de Rabelais, les va-t-en-guerre n’étaient pas rares et qu’en ce triste début de siècle, nous n’en avons pas l’apanage …Peut-être est-il temps de relire la guerre Pichrocoline …

« Pichrocole ordonna que chacun se mit en marche en hâte sous son enseigne.

Alors, sans ordre ni mesure, ils battirent la campagne pêle-mêle, ruinant et pillant partout où ils passaient, n’épargnant pauvre ni riche, lieu sacré ni profane ; ils emportaient bœufs, vaches, taureaux, veaux, génisses, brebis, moutons, chèvres et boucs, poules, chapons, poulets, oisons, jars, oies, porcs, truies, gorets ; ils gaulaient les noix, grappillaient les vignes, emportaient les ceps, abattaient tous les fruits des arbres. C’était un désordre comme on n’en avait jamais vu. Et ils ne trouvèrent personne qui leur résistât ; tous se livraient à leur merci, les suppliant d’être traités plus humainement, eu égard au fait qu’ils avaient été de tout temps de bons et aimables voisins, et qu’ils n’avaient jamais commis envers eux d’excès ou de dommages pour mériter d’être ainsi soudainement molestés ; et Dieu les en punirait bientôt. A toutes ces remontrances, ils ne répondaient rien sauf qu’ils voulaient leur apprendre à manger de la fouace. »

(Gargantua)

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