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« Comme la première fois à Heidelberg, j’eus le sentiment douloureux et fier d’être plus étroitement attaché à ma patrie par le sang que j’avais versé pour sa grandeur. Et -pourquoi le tairais-je ?- à la pensée de tous les exploits dont j’avais été le témoin, je me mis à pleurer à chaudes larmes. J’étais parti en campagne avec l’idée de faire une guerre joyeuse ; je n’avais pas approfondi l’idée pour laquelle j’allais me battre. Maintenant je regardais en arrière : quatre années de croissance passées au milieu d’une génération destinée à la mort, dans des cavernes, dans des tranchées noires de fumée, dans des champs d’entonnoirs remplis d’éclairs, quatre années coupées seulement par les maigres joies du lansquenet, des nuits sans fin dans lesquelles les gardes succédaient aux gardes -bref un monotone calendrier plein de peines et de privations, partagé par les lettres rouges des batailles. Et de tous ces sacrifices s’étaient dégagée, sans même que je m’en fusse aperçu, l’idée de patrie toujours plus pure et plus brillante. C’était ce que j’avais gagné à ce jeu dont le gage avait, si souvent, été mon existence même : la nation n’était plus pour moi un concept vide, et voilé par des symboles -comment aurait-il pu en être autrement, alors que j’en avais vu tant mourir pour elle et que j’avais moi même été dressé à risquer ma vie pour son existence, sans hésiter, à toute minute du jour ou de la nuit ? Ainsi, si étrange que cela puisse paraître, de ces quatre années passées à l’école de la violence, de toutes les fureurs de la bataille de matériel, je rapportais précieusement cette notion que la vie ne reçoit son sens profond qu’engagée pour une idée ; qu’il y a des idéals auprès desquels la vie de l’individu, et même la vie de tout un peuple, sont sans importance. Si le but pour lequel j’ai combattu comme individu, comme atome, dans le corps de l’armée ne devait pas être atteint non plus ; si, en apparence, la matière nous avait jetés à terre -qu’importe. Nous avons toujours appris, comme il convient à des hommes, à combattre pour une cause et, au besoin, à mourir pour elle. Durcis au feu et à la flamme, nous avons pu, au sortir de cette forge du caractère, aborder la vie, l’amour, la politique, la carrière, tout ce que nous réservait la destinée, dans des conditions qui ont été données à bien peu de générations.
Si on devait nous reprocher un jour d’être issus d’une époque de rudesse et de violence, nous répondrions : nous avons combattu les pieds dans la boue et dans le sang ; mais notre visage était tourné vers des choses d’une grande et haute valeur. Et aucun des innombrables que nous avons perdus, au cours de notre assaut, n’est tombé en vain ; chacun d’eux a rempli sa destinée. A chacun d’eux s’adresse cette parole, de Saint Jean que Dostoïevski a mis en tête de son grand roman :
« En vérité, en vérité je vous le dis : si le grain tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. » »

Ernst Jünger. Orages d’Acier. Payot.

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Certains membres de notre « mouvance », après avoir en 2002, moqué, vomi, vilipendé tous ces gauchiards péteux bon teint qui, grelottant de trouille, appelaient à voter au 2e tour des présidentielles pour l’escroc Chirac qu’ils couvraient pourtant quelques jours auparavant d’insultes et voulaient même voir en prison, et cela, pour barrer la route à la bête immonde; ces fachos-anti-démocrates-oui-mais, ces fachos-anti-parlementaires-oui-mais, appellent aujourd’hui, toute honte bue, et chacun pour soi sans mouvement d’ensemble, à voter pour tel ou tel candidat…

Ces cocus-contents qui avertissent : « attention, un vote nul c’est une voix pour Sarko », ou bien au contraire « un vote nul c’est une voix pour Hollande », ne savent-ils donc pas qu’on a, en l’occurence, à faire à un bonnet blanc qui s’oppose à un blanc bonnet ? et que la seule différence notable entre les deux est que l’un, Hollande, est à peu près franc sur les saloperies qu’il nous promet (droit de vote des immigrés, mariage des homos, économie libérale et mondialisation) alors que l’autre, Sarko, cherche à nous entuber jusqu’au bout en mentant comme un arracheur de dents pour arriver, en fait, au même résultat … salauds !

Mais je n’avais pas vraiment envie de parler de tout ça … parce qu’en définitive, c’est une fois de plus les deux faces d’une même pièce (comme on dit avec élégance, la gauche et la droite sont les deux fesses d’un même cul qui ne sert qu’à faire de la merde…) et que mon tout petit avis personnel ne compte pas pour grand chose… Je voulais simplement, en ce temps pourri de présidentielles et de promesses qui ne seront jamais tenues, ouvrir un parallèle avec ce week-end de Beltaine, ce week-end hors du temps que je viens de passer avec ma sorcière, épuisant, glacial, venteux et trempé mais tellement riche en enseignement et en initiations !…

« Depuis près d’un siècle, on injecte à notre peuple une morale où ce qui est résistant est appelé « tendu », où ce qui est fier est appelé « hautain », où l’indignation est appelée « mauvais caractère », où le juste dégoût est appelé « agressivité », où la clairvoyance est appelée « méchanceté », où l’expression de ce qui est est appelé « inconvenance », où tout homme qui se tient à des principes et dit non, est décrété « impossible », où tout homme qui sort du conformisme est « marqué » (comme on dit dans le langage du sport) ; où la morale se réduit presque uniquement à être « bon », que dis-je, à être « gentil », à être aimable, à être facile ; où la critique se réduit à chercher si on est moral, et moral de cette morale là. Avec cela le christianisme ou ses séquelles, l’humanitarisme, le pacifisme, l’irréalisme, la place donnée aux « affaires de cœur », un énervement systématique et sans cesse plus accentué de la justice, et vous aurez la morale, je veux dire la glaire horrible déglutie par l’école, par le journal, par la radio, par le ciné, par la tribune et par la chaire et dans laquelle baigne et marine notre malheureux peuple depuis nombre de générations. Étonnez vous, après cela, qu’il flanche, pour le petit et pour le grand ! Encore un siècle de la Bible et de la morale de Hollywood, et nous verrons si les États-Unis qui tiennent bon jusqu’à présent grâce à la vigueur et à la jeunesse de leur race, ne flancheront pas eux aussi. »

Henry de Montherlant, L’Equinoxe de septembre. Gallimard.

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