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« Païen au XXIe siècle, il faut tenter d’expliquer. Même si les choses évidentes et faciles à comprendre sont toujours retorses aux explications, étant bien connu que le propre de l’évidence est de s’expliquer par soi-même. Une idée, une théorie et à plus forte raison, un dogme ont impérieusement besoin qu’on les explique. Toutes les utopies des religions dogmatiques ou monothéistes, jaillies du Verbe, enfermées et matérialisées par le Verbe, remises en question et détruites par le Verbe, ont occupé, absorbé, usé, des siècles durant, des pléiades de docteurs de la foi pour tenter de rendre intelligible ce qui, au départ, ne l’était pas le moins du monde. Le dogme enfin échafaudé par les mots, autour des mots et dans les mots, elles eurent alors besoin de concevoir et d’organiser une police de l’esprit qui a occupé, à son tour, des générations d’inquisiteurs ou autres Jésuites des temps modernes, chargés de veiller scrupuleusement au « religious correctness » décrété par les fonctionnaires de la foi.

L’originalité immense du paganisme, source de sa force invaincue et de son éternelle jeunesse, consiste d’emblée à pouvoir se passer de l’alliance du Verbe et de l’Idéologie pour la bonne raison que -de l’ordre des choses du réel- il ne suppose ni la souscription à un dogme quelconque, ni la soumission à un credo d’aucune sorte : le paganisme se suffit à lui-même du fait simple et élémentaire de son existence, laquelle ne relève ni d’une révélation ni d’une doctrine mais tout simplement d’un état de fait qu’en d’autres termes on appelle la vie. Tout à l’opposé, les religions surnaturelles du salut sont, par définition des religions de la promesse, l’arme du « chantage au salut » étant constituée par l’acte de foi qui pose, pour ainsi dire, une hypothèque sur l’âme du croyant astreint, chaque jour de sa vie, à payer une « ratio de foi » qui lui donne, tout au plus, le droit d’espérer un salut imaginaire, « à crédit ». Religion de l’immanence, le paganisme est réfractaire par définition aux notions exotiques de rachat, de rédemption et de salut. Un païen se soucie fort peu du salut car il a conscience d’un destin qui l’incite à agir. Son sens aigu de la responsabilité, étroitement associé à la notion de faute qu’il a sentiment de commettre chaque fois que ses agissements portent atteinte à l’ordre naturel, rend par ailleurs caduques les notions de péché et de contrition qui ont toujours été étrangères à son mental. »

Pierre Krebs

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« Nos pères et les pères de nos pères avaient l’action, et savaient tout ce qu’ils devaient à l’action ; car au commencement était l’action, et nullement le verbe.

Les pères de nos pères avaient rarement recours à ces bavardages auxquels on accepte aujourd’hui de prêter l’oreille et qui auront somme toute infesté notre Histoire. Et si l’Orient sut se payer de mots, force est de reconnaître que l’Occident, aux temps de sa grandeur, s’en garda autant que possible. Et c’est peut-être là ce qui fit sa force et pourquoi il fut tant redouté par les nations du monde.

Aujourd’hui, qu’il n’a plus que le mot « concertation » à la bouche, il sombre, et ce n’est que justice, car on ne peut se payer de mots et d’action concurremment. « Mille ans de guerres consolidèrent l’Occident ; un siècle de psychologie l’a réduit aux abois », juge très judicieusement Emil Cioran dans ses Syllogismes de l’amertume… »

Bruno Favrit. Présence païenne. L’Aencre.

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J’ai peur que bon nombre de druidisants et autres païens ne soient en fait que des nostalgiques d’une religion chrétienne qu’ils ont abandonnée on ne sait trop pour quelle raison. Pourquoi, sinon, bâtiraient-ils leur foi autour de la transcendance (contre l’immanence, caractéristique du paganisme), loueraient-ils le Verbe (contre le mot juste caractéristique du paganisme), et vénéreraient-ils l’Incréé en tant qu’Unique (contre le polythéisme, caractéristique du paganisme) ?!… On sent bien qu’ils rêvent à des structures coercitives d’Église (et ce sont souvent ceux là même qui affichent une « sensibilité » humaine et politique « de gauche »…), et qu’ils prônent une fraternité qui n’a de fraternelle que le vocabulaire. On les verrait tout aussi bien, grenouilles de bénitiers, dans un souci d' »ouverture à l’autre », dans une séance de lecture de la Bible, à l’exemple de leurs cousins chrétiens d’Amérique.

Non, je ne suis pas de la famille de ces « païens » (?) là ! ne me sens aucune affinité avec eux. A la fréquentation de ces culs-bénits et s’il me faut choisir, je préfère encore celle d’athées à la mode Onfray, nietzschéen féru de philosophie antique !

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Après avoir vu les dangers de l’hyper-individualisme et l’importance de l’ individuité dans les sociétés païennes, grecque surtout, voyons maintenant l’individualisme à la gauloise qui vient complètement conforter tout ce que je pense de l’indispensable connaissance de la langue et de son emploi juste et correct : la fameuse idéologie indo-européenne du « uek os tek », de la parole charpentée, élaborée, construite , contrairement à tous ces connards qui font dire n’importe quoi aux mots du moment que ça va dans le sens de leur poil …

ogmios_apianus

« Dès avant Rome, mais avec Rome surtout, le monde s’est orienté vers l’étatisme, et l’étatisme tend de toutes ses forces à rendre le discours inutile, même s’il doit plus ou moins s’en servir en attendant de parvenir à ses fins. L’État idéal est celui où chaque citoyen est devenu un rouage bien huilé de la machine collective, nul n’a plus besoin de convaincre ni d’être convaincu. Dans la civilisation sur-étatisante qu’on s’applique à instaurer, il est hors de doute que la parole est un élément perturbateur, un facteur d’instabilité, un handicap enfin pour celui qui s’entête à ne rien faire sans elle (…) Or, un comportement ne peut se juger qu’en fonction du but poursuivi. Si le but est l’État, le Gaulois, c’est certain, ne vaut pas tripette. Mais si le but est l’Homme, ce sont tous les autres, il me semble, qui ont perdu le nord.

Qu’on le veuille ou non, un peu plus tôt, un peu plus tard, il faut toujours choisir entre l’État et l’Homme. Le drame des Celtes, mais aussi leur insigne honneur, c’est d’avoir, voici trente siècles, délibérément choisi l’Homme dans un monde qui s’apprêtait à choisir l’État. L’avenir contraindra peut être le monde à reconsidérer cette option.

Lorsqu’une communauté humaine fait un tel choix, qui consiste à faire passer l’homme avant la société -c’est à dire l’essentiel avant l’accessoire, le contenu social avant l’enveloppe, la promesse d’avenir avant la facilité immédiate- il ne peut pas ne pas mettre le verbe au dessus de tout. Car dès lors que chacun entend cultiver son individualité, son originalité, sa vocation propre, aucune construction collective n’est possible sans un constant effort de compréhension mutuelle, nécessitant les meilleurs instruments de communication et leur plus fréquente et plus subtile utilisation.

foulePlus nous nous différencions et plus nous avons besoin de nous re-connaître et de ré-accorder sans cesse nos motivations pour œuvrer de concert. La différenciation ne conduit à la séparation que si le langage est insuffisant ou mal utilisé. Ainsi la propension du Celte au discours, si elle témoigne de son désir d’originalité, et par conséquent d’expression de cette originalité, témoigne tout aussi fortement de son désir de solidarité. L’usage et la qualité du verbe sont l’antidote naturel à ce qu’il peut y avoir d’asocial dans l’individualisme.

Ainsi dira l’individualiste social : plus je me réalise moi même et plus je m’éloigne d’autrui. Mais en exprimant toujours mieux ce que je deviens, outre que je consolide mon être propre en donnant forme à ses prolongements, je fournis à autrui nourriture et chaleur pour son propre foyer; je lui done l’occasion de mieux s’aimer lui même là où il diffère de moi, en même temps que celle de m’aimer et de me soutenir là où nos vues se révèlent communes. Quand il n’existerait qu’un point sur mille où nous pourrions vibrer en accord, sur ce point là, nous ferons des prodiges et ils suffiront pour la « société ».

De l’individualisme à l’amour du verbe, nous voyons donc le chemin gaulois tout tracé. De ce personnalisme actif, sans cesse conforté par sa propre expression verbale, nous voyons découler une extraordinaire confiance en soi (souvent téméraire, parfois chimérique), une formidable curiosité de l’avenir (étrangement accompagnée de la certitude d’obtenir ses faveurs), une continuelle volonté de chercher ses limites (avec le ferme espoir de ne pas les trouver), enfin le refus d’admettre toute espèce de mort, celle ci considérée comme un insupportable défi à la volonté de s’élever sans cesse par delà toutes les bornes ».

Pierre Lance : « Alésia, un choc de civilisations ».

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