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(déjà paru dans « la Main Rouge »)

Beltaine

Beltaine ou Belotenedos (en celtique ancien). Les avis sont partagés sur l’étymologie des mots. Si l’on peut voir « Belo » comme « celui qui tue », et « tenedos » comme « feu et ténèbres », selon Xavier Delamarre, dans son « dictionnaire de la langue gauloise », Belenos comme Belisama seraient à rapprocher effectivement de la racine « belo » qui, là, correspondrait à « force, fort » et l’appellatif Belisama serait donc à comprendre comme « la très puissante » et Belenos comme « le Maître de Puissance ». jan de Vries, lui, rapproche l’élément « bel » de la racine indo-européenne « Guel », « briller », tandis que pour Le Roux et Guyonvarc’h, « Bel » est « la lumière » et « teine », « le feu ». Belisama serait donc « la très brillante ». Selon eux, la racine indo-européenne “bhel » insiste, en celtique, sur la notion religieuse de “lumière vive, éclat lumineux » alors que les autres branches i.e. se contentent de la simple notion de « pâleur, blancheur » (ce qui curieusement, pourrait nous rapprocher de la lune). Beletonedos, ou Beltaine serait donc littéralement « le feu de Bel », de Belenos qu’on peut prendre comme un visage de Lug (certains auteurs comme Raimonde Reznikov nous signalent qu’ils sont parfois interchangeables) sous son aspect de lumière sans être pour autant le soleil lui même mais l’Esprit Solaire dont le soleil est l’organisme visible.
Belotenedos nous apparaît donc comme une fête du Feu et des Druides, maîtres du Feu et des éléments atmosphériques, et les différents sens donnés au nom de la fête semblent aisément superposables et se renforcer les uns les autres.

Protection et fécondité

Le Feu abolit la nuit et donc la période sombre de l’année ce qui fait de beltaine une fête à caractère solaire. Du feu et par extension du soleil, on attend la chaleur et la luminescence nécessaires pour faire lever les grains ensevelis et assurer, par leur floraison, une vie nouvelle.

Le rayonnement solaire et l’énergie du Feu (qui est, bien entendu, le symbole terrestre de l’Energie) font naître la vigueur dans les reins des bêtes comme dans ceux des hommes. Car le feu présente aussi un aspect nettement sexuel, « par le caractère fécond propre à la régénération, par la chaleur qu’il dégage et que l’on associe à la passion et à la sensualité ou, encore, par le frottement de deux corps nécessaire à l’obtention de la première flamme » (Marion Dufour : « la magie de la femme celte »).
Par ailleurs on demandait à l’esprit du feu de protéger les cultures et les animaux, d’apporter la victoire aux guerriers, et de donner l’inspiration aux Druides.
Sans oublier que c’est aussi par un grand feu les empêchant de revenir en arrière que les Tuatha détruisirent leurs bateaux après avoir débarqué en Irlande un jour de Beltaine (ce qui souligne encore l’aspect « commencement » de la fête).
Etant la richesse principale des Celtes, l’usage était de faire passer le bétail entre deux grands feux purificateurs afin de préserver les animaux durant l’année avant, dès le lendemain, de les conduire dans les pâturages d’été. Sur la nature des deux feux , les interprétations varient : il pouvait s’agir du Feu de Belenos et du Feu de Belisama, ou bien du Feu du Soleil et du Feu de la Lune, mais le caractère purificateur reste indiscuté.
On recherchait aussi en général les bénédictions protégeant les maisons, les cultures et le bétail. Et c’était aussi un temps privilégié pour la cueillette de certaines plantes médicinales ou protectrices comme l’ortie.

L’opposé de Samonios

Pour satisfaire au principe selon lequel chacune des fêtes celtiques a son pendant symétrique, son opposé polaire, son vis à vis qui vient l’équilibrer six mois plus tard, Beltaine est le pendant lumineux de Samonios, le début de la saison claire et de l’été, alors que le second débutait la saison sombre et l’hiver. Le Roux et Guyonvarc’h, là encore, verraient « volontiers dans Bel(enos) un surnom de Lug vu dans son aspect de lumière, opposé symétriquement au Lug de Samain préparant, dans la chaleur et la lumière des festins, à l’hiver et à l’obscurité ».
Au niveau rituel, correspondant à la dichotomie de l’année partie claire/partie sombre, nos ancêtres précipitaient un arbre tête en bas dans un puits (avec feuilles et racines) avec des armes sacrifiées et des offrandes, avant de le combler, qui était probablement le reflet de l’Arbre de Mai planté (tête en bas) pour relier la Terre au Ciel (Axe du Monde).
Beltaine débute aussi la saison guerrière (chasse, guerre, conquête) comme Samonios correspondait à la fin de cette saison. Ces deux fêtes correspondent aux principaux faits de la mythologie irlandaise : la seconde bataille de Mag Tured, l’accouplement du Dagda et de la Morrigane, la mort de Cuchulainn pour Samonios, et pour Beltaine, l’arrivée de tous les habitants de l’Irlande et notamment des Tuatha De Danann.
Au niveau du calendrier agraire, Samonios est le temps où l’on rentre les troupeaux pour l’hiver, Beltaine où on les sort pour les mener aux pâturages. Le premier correspond au début du temps des veillées, le second au temps des corvées champêtres.
Il est donc évident que Beltaine est donc une fête du commencement et de changement du rythme de vie, elle marque aussi le début de l’été : « du rythme hivernal, on passe au rythme estival et l’on pare au mieux aux risques multiples du passage » (Le Roux- Guyonvarc’h).

Beltaine et le Taureau

Le signe astrologique du Taureau (l’Auroch des traditions protoceltiques ?) règne sur Beltaine. Outre qu’il représente la puissance des forces naturelles, le sensualisme, la volonté, le sens de la beauté et l’amour, épanouit et concrétise les promesses du signe précédent. C’est à dire qu’il correspond dans la nature, à la condensation de l’élan du Bélier, la matérialisation des forces créatrices qui se concrétisent dans l’abondance des formes. C’est la seconde tranche du printemps, de la végétation massive et de l’apparition des premiers fruits. En analogie avec le bovin, c’est un rythme qui est à la lenteur et à la stabilité par la lourdeur, l’épaisseur et la densité de la matière. Mais cette incarnation est particulièrement riche et s’assimile à la Terre nourricière, à la Mère Nature, féconde par excellence. C’est aussi la paix, la joie de vivre dans l’épanouissement des sens et l’on sait que le signe est gouverné par Vénus : sous son aspect « fertilité virile », on peut aussi honorer Kernunnos lors de Beltaine.
Car le Taureau est un symbole de fécondité et Beltaine est une fête de la Fertilité, ce que démontrent les traditions de l’Arbre de Mai, Axe du Monde, mais aussi symbole phallique, et de la Reine de Mai. En Grèce, le taureau était consacré à Dionysos, dieu de la virilité féconde. Le dieu Védique Indra est aussi assimilé à un taureau : c’est lui que les hommes de guerre invoquaient avant le combat (cf. Beltaine, début de la saison guerrière) et le sens originel de son nom semble être celui de « puissance, force » (cf. étymologie de Belotenedos).
Le taureau Indra est aussi rattaché au symbolisme de la fécondité mais il est aussi l’emblème de Shiva et à ce titre il symbolise par ailleurs le Dharma (appelé Dedma par les Celtes), ou loi du bon ordre de l’univers. S’arrêter là serait faire peu de cas de l’extrême richesse symbolique du taureau : on pense aussi au taureau de Mithra, aux taureaux brun et blanc, de l’Ulster et du Connaught, au taureau aux trois cornes et au taureau aux trois grues dont le sacrifice, s’il faut en croire l’interprétation de J.J.Hatt, permettra le retour de la déesse Rigantona à laquelle s’unira Esus au moment de Beltaine, etc.
Le « dictionnaire des symboles » précise : « toutes les ambivalences, toutes les ambiguités existent dans le taureau. Eau et Feu : il est lunaire (Sirona) en tant qu’il s’associe aux rites de la fécondité ; solaire par le Feu de son sang (Belenos-Belisama) et le rayonnement de sa semence ».

Sur Belenos

Si Belenos est une divinité solaire, il est avant tout l’esprit solaire et non le soleil physique qui est plutôt considéré comme son corps ou comme son véhicule.
Belenos représente le principe de la Lumière (« jeune dieu aux boucles d’or »). Il représente aussi la force de l’homme jeune (« fils chéri de la Grande Déesse » -déesse dont Belisama est l’une des personnifications) mais il est avant tout, à mon sens, l’Harmonie et la Beauté sous toutes ses formes. Il a intégré tous les contraires, le conscient et l’inconscient, le masculin et le féminin (Belenos/Belisama), le soleil et la lune, le feu et l’eau (Sirona). Hécatée d’ Abdère (300 av. JC) rapportait : « Apollon se rend dans l’île (où se trouve un curieux temple de forme circulaire consacré au dieu solaire) tous les 19 ans lorsque le soleil et la lune sont alignés l’un sur l’autre ».
Analogiquement à ce qui se réalise alors dans la nature, à savoir la fusion de toutes les polarités, Belenos symbolise le processus alchimique d’union et de combinaison des différents éléments du moi pour parvenir à la totalité (et il peut nous aider dans notre quête de cette union : pour trouver la Lumière il importe au préalable de l’allumer en soi. Qui mieux que lui pourrait nous y aider ?)
Imbolc correspondait symboliquement à l’éveil initiatique et à la préparation qui aboutissent, lors de Beltaine, à la Renaissance dont le dieu Belenos est le maître.
Par ailleurs, si l’on considère le soleil comme l’image emblématique de la loi, de l’ordre, de la régularité et de la stabilité , de la force et de l’énergie, Belenos serait donc l’un des principaux garants de la Dedma (mais il est vrai que toutes les divinités sont garantes de la loi du bon ordre de l’Univers…)

Feu et Eau

Belenos peut être associé à Belisama, la Très Rayonnante ou la Très Puissante, qui est, entre autres, une déesse guerrière et guérisseuse, patronne des forgerons et maîtresse du Feu, et qui peut être son épouse, sa sœur ou sa mère… Quoi que principe solaire au féminin, elle correspond aussi à la Pleine Lune et symbolise la maturité et l’épanouissement (et par extension, à la période de développement « extérieur » de la personnalité et de l’individualité).
On peut aussi lui associer Sirona, représentant l’astre lunaire, pour former une « dualité lumineuse à la manière d’Artémis et Apollon » (RJ Thibaud : dictionnaire mytho symbolique celte). Cette association peut encore être renforcée par le fait que si Belenos, le guérisseur, est à l’origine du jaillissement des sources bienfaisantes, Sirona est celle qui protège les fontaines…
Car on sait que l’Eau et le Feu, bien qu’antagonistes, sont aussi complémentaires : l’eau principe passif et humide, opposé au principe actif et sec du feu, est associée à la lune, à l’inconscient et au rêve, tandis que le feu évoque le soleil, le conscient et l’activité, ce qui renvoie au couple ciel et terre et à la fécondité. On se rappelle aussi que ces deux éléments sont symboles de purification et qu’ils jouent tous les deux un rôle fondamental dans les rites d’initiation.

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28 avril 1945

E per Benito Mussolini,

Eja eja alalà …

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« Représentant de son peuple envers les dieux et les druides, chef politique et militaire et garant de la prospérité des différentes classes sociales placées sous son autorité, le rix celtique avait des attributions trifonctionnelles et constituait en fait le pivot de la société humaine, le lien entre les classes et le « moteur immobile de la société » (F.Leroux). Le rôle du roi était avant tout de régner et d’être au centre des activités sans réellement y participer. Les mythes irlandais, tout comme le personnage d’Arthur, d’origine galloise, illustrent parfaitement ce type de conception de la monarchie comme le noyau autour duquel gravitent les prêtres, les guerriers et les classes populaires. Si le roi incarnait la pérennité du peuple et de ses traditions, son union avec la reine était, elle, conçue comme le symbole de l’union du ciel et de la terre, garante de l’ordre et de la prospérité. Garantir la prospérité de ses sujets était d’ailleurs la première des obligations d’un roi, à laquelle il répondait en redistribuant biens de consommation courante et objets de prestige (produits par les artisans, échangés avec des commerçants ou dérobés à l’ennemi). En plus de ces dons directs, manifestant sa suzeraineté, le roi celtique exerçait également sa générosité en organisant des banquets dont la magnificence était l’un des principaux marqueurs de sa puissance et donc de sa souveraineté. Forcément riche, il avait le devoir de régaler, au sens étymologique du terme, ses sujets et ne pouvait avoir pire défaut que l’avarice (…); Garants des contrats, comme tous les rois indo-européens, les souverains celtiques avaient l’absolue interdiction de mentir et se devaient de respecter l’avis et les décisions juridiques des druides, dont le soutien était indispensable à leur survie politique. Le statut de roi, en effet, n’était que théoriquement définitif et les mythes irlandais, comme les sources classiques, ne manquent pas d’exemples de souverains déposés, ou assassinés, après une conspiration, un soulèvement ou une provocation en duel . »

Thierry Luginbühl, Cuchulainn. Mythes guerriers et sociétés celtiques

(si l’on s’avisait de rétablir la royauté celtique, j’en connais qui pourraient bien avoir quelques problèmes …)

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Le premier numéro de Spirou, magazine hebdomadaire de bande dessinée franco-belge, est paru le 21 avril 1938., au format de 28 centimètres sur 40. Son nom vient du mot wallon « spirou » qui désigne aussi bien un écureuil qu’un enfant espiègle.

Spirou a bercé toute mon enfance : Spirou lui même, bien sur, mais aussi Jean Valhardi, Jerry Spring, la patrouille des Castors, Buck Danny, Johan et Pirlouit, Gil Jourdan, Gaston Lagaffe , Boule et Bill, Marc Dacier, Timour et bien d’autres…… et puis les fameux mini-récits dont j’ai encore une boite pleine quelque part … sans oublier les merveilleuses « histoires de l’Oncle Paul »… les choses ne seraient pas ce qu’elles sont s’il n’y avait pas eu Spirou et tous ces personnages, d’une manière ou d’une autre m’ont permis de devenir ce que je suis …

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« La race de l’âme

« …tout ce qui est forme du caractère, sensibilité, inclination naturelle, « style » d’action et de réaction, attitude en face de ses propres expériences »

(Julius Evola, Éléments pour une éducation raciale.)

Pour la chevalerie, les bases de cette race sont un ensemble de normes spécifiques agissant comme autant de forces psychiques et psychologiques qui « obligent », créent une tension interne et donnent forme, parfois sur le plan somatique, à un type humain particulier, le chevalier, lequel, par leur activation au sein d’une « voie », cesse d’être un individu indifférencié pour devenir une personne différenciée par ses qualités, sa nature propre et une série d’attributs s’articulant en fonction de la nature de la « voie » et de ses choix personnels. Ces forces sont l’honneur, la fidélité -la fides-, le courage, l’abnégation, l’amour du combat, valeurs relevant d’un ethos héroïco-viril païen, auxquelles l’Église ajouta la pitié, le désir de paix, l’amour du prochain, la protection d’autrui, la charité, etc… idées envers lesquelles le chevalier n’offrait bien souvent qu’une obéissance formelle. Joint à un mode de vie profane commun à tous les chevaliers, tout cela créa un « style » se caractérisant par des rapports clairs et ouverts d’homme à homme, l’affirmation d’une impersonnalité active allant jusqu’au sacrifice de ses intérêts et de sa vie de façon anonyme, le goût de la hiérarchisation et des rapports de commandement/obéissance, le tout s’organisant dans un ordre organique tissé de multiples liens réciproques s’articulant verticalement. Ces spécificités, admirablement mises en forme au Moyen Age, sont d’ailleurs celles de toute « société d’hommes » à quoi se résume, in fine, la chevalerie (…)

S’il est vrai que la totalité des chevaliers se veulent chrétiens, souvent de façon non orthodoxe, il n’en reste pas moins que leurs idéaux de base de leur éthique sont issus de valeurs païennes. Ainsi, en mettant en avant les notions de fidélité, d’honneur, de sacrifice, de respect de la parole donnée, les notions de lâcheté et de honte (plutôt que le péché) qui entachent l’honneur de l’homme et de son lignage, de laver une injustice dans le sang (plutôt que le pardon chrétien), celle de vouloir la paix par la victoire des armes (notion romaine), etc. le chevalier affirme nettement une éthique héroïco-païenne au sein d’un univers superficiellement chrétien. »

Bernard Marillier, B.A.-BA Chevalerie.

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juste paru:

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Haridwar, ville sainte dans le nord de l’ Inde où il y a 8 ans je me suis immergé selon le rite trois fois dans le Gange…

à Haridwar aujourd’hui, dix millions de pèlerins hindous et des centaines d’ascètes nus couverts de cendres se sont baigné dans les eaux sacrées du Gange pour l’un des plus importants festivals religieux au monde… et païen qui plus est …

La date, choisie par les astrologues, est le jour du « principal bain royal » du « Kumbh Mela », un festival haut en couleurs de 104 jours qui se tient en Inde tous les trois ans et permet aux hindous de se laver de leurs péchés et d’interrompre le cycle de la réincarnation en s’immergeant dans le Gange.

Cette fête païenne commémore une bataille de la mythologie hindoue entre les dieux et les démons se disputant une cruche remplie du nectar de l’immortalité. Lors de la bataille, quelques gouttes tombèrent dans quatre endroits différents: les villes d’Allahabad, Haridwar, Ujjain et Nasik. Le « Kumbh Mela » alterne entre ces quatre villes.

« Etre ici pour le jour du principal bain royal, c’est le temps fort de ma vie », résumait Nikunj Beriwal, 51 ans, venu de l’Etat du Bengale occidental (est), à des milliers de kilomètres de la ville sainte d’Haridwar, située là où le fleuve dévale les montagnes de l’Himalaya avant de continuer une course longue de plus de 2.500 km.

Selon le porte-parole de l’organisation du festival, Ashok Sharma, « plus de 10 millions de personnes ont commencé à se baigner aujourd’hui .

Selon les organisateurs, plus de 40 millions de pèlerins ont foulé les 187 ghats –larges esplanades menant au Gange– depuis le début du « Kumbh Mela » le 14 janvier. Le festival se termine le 28 avril.

Après avoir voyagé dans des camions, des bus et des trains bondés, des familles entières représentant toutes les castes et tribus de la société indienne se pressaient sur le site de 130 km2 dans une ambiance de ferveur religieuse, avec parfois pour tout bagage un maigre baluchon.

Des centaines de « Naga Sadhous », des ascètes nus et couverts de cendres, qui se considèrent comme les gardiens de la foi hindoue et vivent isolés dans les montagnes de l’Himalaya, ont entrepris leur bain rituel dans un même élan, brandissant des tridents, des épées et des crosses avant de se jeter dans l’eau .

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« L’Empire, ou fédération impériale, est l’unification politique de peuples divers sous une autorité souveraine commune, laissant à chaque entité interne son autonomie et sa liberté ultime.

L’Empire fédère, assemble et agrège, mais n’homogénéise pas aveuglément, au contraire de l’État-nation égalitaire. L’ Empire unifie autour de la fonction de souveraineté, tout en préservant la diversité de toutes les autres fonctions. Son existence se justifie par la recherche de la puissance et de la pérennité des peuples qu’il rassemble de façon fédérale en une communauté politique et historique. L’ Empire n’a pas non plus vocation (car c’est une de ses dérives possibles) à devenir un « État mondial », comme c’est le rêve, par exemple, de l’ »islam ou du système de domination occidentalo-américain. Selon notre conception, l’ Empire n’inclut et ne prend en charge le destin que des seuls peuples qui peuvent historiquement, culturellement et ethniquement, se dire et se sentir parties de la même communauté globale.

Il existe pourtant une conception négative -disons suicidaire- de l’Empire : c’est le modèle de l’Empire romain finissant, celui d’après les édits de Caracalla (qui accordèrent la citoyenneté romaine à tous les sujets impériaux, quelle que fût leur origine), c’est le modèle de l’Empire d’Alexandre qui voulait fondre en un seul ensemble Grecs et Orientaux, c’est aussi celui des Empires coloniaux européens qui aboutissent aujourd’hui à la colonisation de l’Europe. Bref, cette forme d’Empire doit être rejetée parce qu’elle est ethnopluraliste et multiraciale, et aboutit toujours à la destruction du peuple-souche et aux conflits intérieurs.

La seule conception positive de l’Empire est celle qui ne l’oppose pas à l’idée de Nation au sens romain de « natifs d’un même grand-peuple ». L’Empire est alors une fédération de nations ethniquement apparentées, une Grande Nation Fédérale, en quelque sorte. Tel est le véritable modèle impérial. L’Empire n’est donc nullement l’ « État-nation » à la fois cosmopolite et centralisé, mais un ensemble de nations libres et fédérées, ethniquement, culturellement et historiquement parentes. L’idée d’Empire n’est donc admissible que si elle échappe à l’universalisme et à son inéluctable dérive vers l’idée d’ « État mondial ».

Bref, sous cette acception, l’Empire est une Fédération décentralisée dotée d’un pouvoir central fort mais limité aux domaines capitaux d’intervention selon le principe de subsidiarité : politique étrangère, protection des frontières, grandes règles économiques et écologiques, etc. Le principe impérial n’est pas uniformisant : ses composantes sont autonomes et peuvent être organisées de manière différente, tout en menant des politiques intérieures propres (justice, institutions, autonomie fiscale, éducation, langue, culture, etc.). Il maintient une unité d’ensemble et un projet de civilisation global. Mais l’Empire ne doit pas se concevoir comme une sorte d’association confédérale floue, totalement hétérogène, ouverte comme un moulin à vent : une discipline d’ensemble est nécessaire, comme une direction politique centrale ferme et claire. En ce sens, l’Union européenne actuelle, simple agrégat administratif sans volonté, est bien loin de représenter l’idée d’Empire.

Les composantes nationales (ou régionales) sont mises en « liberté surveillée ». Elles doivent se plier à la grande politique de l’ensemble et accepter la supériorité du pouvoir central qui, en échange, leur concède leur identité; en sachant que toute nation, conservant sa liberté, peut sortir à tout moment de la fédération impériale. La notion d’Empire suppose celle de projet collectif et de pérennité dans l’histoire. L’Europe serait le cadre idéal pour la constitution d’un Empire, comme regroupement de tous les Européens, dans leur diversité et leur unité. En sachant qu’un futur « Empire eurosibérien », incluant la Russie, devra répondre à cette question cruciale : faut-il fédérer les États-nations actuels ou plutôt de grandes régions ? Quelle que soit la réponse à cette question, l’idée de Fédération impériale semble être, à terme, la seule planche de salut pour les peuples européens menacés ».

Guillaume Faye : « Pourquoi nous combattons »

voir aussi : https://lecheminsouslesbuis.wordpress.com/2008/12/01/visages-de-larcheofuturisme/

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(source : Gwenchlan Le Scouezec : La médecine en Gaule)

L’art de guérir

par l’emploi de substances médicamenteuses, les interventions chirurgicales, les cures thermales et la thérapeutique magique.

Thérapeutique et pharmacologie (quelques exemples)

La centaurée est citée sur une tablette d’argent découverte à Poitiers portant un texte qu’on peut traduire par « deux fois tu prendras de la centaurée; et deux fois tu prendras de la centaurée. Que la centaurée te donne la force, c’est-à dire la vie, la force, c’est à dire la (force) paternelle. Viens moi en aide, art magique, en suivant Justine, qu’a enfantée Sarra ». Il semble que ce soit une formule de magie médicale, utilisant à la fois l’activité pharmacologique de la centaurée et la puissance de l’incantation (voir : http://lamainrouge.wordpress.com/2008/01/12/viens-moi-en-aide-art-magique/ )

Pline nous dit « les druides ont donné le nom de samolus à une plante qui croit dans les lieux humides. Celle ci doit être cueillie de la main gauche, à jeun, pour préserver de la maladie les bœufs et les porcs. Celui qui la cueille ne doit pas la regarder, ni la mettre ailleurs que dans l’auge, où on la broie pour que ces animaux puissent l’avaler ».

Du même : « à la sabine ressemble la plante appelée selago. On la cueille sans l’entremise du fer, avec la main droite passée à cet effet par l’ouverture gauche de la tunique, comme si on voulait faire un larcin; il faut être couvert d’un vêtement blanc, avoir les pieds nus et bien lavés, et avoir préalablement sacrifié avec du pain et du vin. On l’emporte dans une serviette neuve ».

Comme les Romains, les Gaulois considéraient la verbena comme une herbe sacrée. Selon Pline, ils l’employaient « pour tirer les sorts et prédire l’avenir » . Et puis : « ils (mais on ne sait pas s’il parle des « magiciens » en général ou des « druides ») disent que si l’on s’en frotte, on obtient ce qu’on veut, on chasse les fièvres, on se concilie les amitiés, on guérit toute maladie; qu’il faut la cueillir vers le lever du Chien, de manière à n’être vu ni de la lune, ni du soleil, et après avoir donné à la terre en expiation des rayons de miel; qu’il faut la circonscrire avec le fer, l’arracher de la main gauche et l’élever en l’air … ».

L’ouvrage de Marcellus de Bordeaux nous fait connaître un très grand nombre de médications où sont mêlés des ingrédients fort différents : simples, mais aussi éléments minéraux et produits d’origine animale, ainsi que de collyres mais sans qu’il soit possible de différencier médicaments étrangers et remèdes gaulois.

Ces données diverses nous permettent de conclure que l’art de prescrire était fort développé en Gaule et qu’un nombre assez considérable de médicaments étaient à la disposition des praticiens, généralistes ou spécialistes. Il est impossible dans l’état actuel de nos connaissances de déterminer quelle part les Grecs ont prise dans l’élaboration de cette science et ce que les Gaulois et les pré-indo-européens en possédaient avant la venue des Hellènes. Mais ce qui nous paraît incontestable, c’est, dans la suite des temps, le goût particulier des Celtes pour les préparations compliquées, utilisées à des fins magiques ou médicales.

Thérapeutique chirurgicales

La chirurgie d’une façon générale s’est pratiquée fort anciennement, et dès la prégistoire nous avons la preuve de son existence en Gaule.

Instruments de chirurgie

Au Ier siècle de notre ère, Celse, dans son Traité de médecine, cite trente instruments différents parmi lesquels le scalpel et le trépan, la tarière, le forceps, les sondes, les canules, les cautères, la petite scie, l’aiguille à ponction d’ascite, les curettes, les crochets. Il n’y a aucune raison de penser que l’un quelconque d’entre eux n’était pas en usage en Gaule.

Les trousses d’oculistes nous ont également apporté un certain nombre d’instruments gaulois.

La trépanation

Parmi les opérations pratiquées anciennement, l’ouverture de la boite crânienne à l’aide d’un trépan est l’une des plus archaïques et des plus répandues dans le monde dès les âges préhistoriques et dans les tribus primitives.

Pourtant, si la pratique de la trépanation est attestée en Gaule à l’époque celtique, elle ne semble toutefois pas avoir joui de la vogue qu’elle avait connue chez les bâtisseurs de mégalithes. Il est vraisemblable que les idées, en relation avec la magie et la religion, qui avaient présidé au développement du procédé à l’époque néolithique n’avaient pas trouvé d’écho chez les Celtes. En outre, avec le temps et les modifications survenues dans le comportement social -tel par exemple le remplacement de l’inhumation part l’incinération du deuxième âge du bronze- ces conceptions avaient dû perdre de leur vigueur primitive et n’étaient sans doute plus assez vivaces pour s’imposer aux nouveaux venus.

Cataracte et opérations ophtalmologiques

Il semble que ces opérations aient été assez largement répandues dès avant l’ère chrétienne.

Autres interventions

Il y a tout lieu de croire que les Gaulois procédaient à des exérèses de tumeurs, à des incisions de collections purulentes, à des amputations de membres gravement blessés ou gangrenés, et au traitement des luxations, à la réduction et à la contention des fractures.

L’hémostase

La cautérisation était largement pratiquée dans l’ Antiquité et l’on a trouvé des cautères en Gaule. Il faut aussi mentionner l’usage en Irlande de bourrer les plaies avec des herbes médicinales : à l’action propre des plantes, s’ajoutait un effet de compression qui facilitait l’hémostase. Pour qui connait le goût des Druides de Gaule pour les simples, il paraît vraisemblable qu’ils aient suivi une méthode analogue.

L’anesthésie

Les gaulois ne pouvaient manquer de remarquer le pouvoir hypnotique et analgésiant de l’alcool, l’un des anesthésiques les plus anciennement employés.

D’autres moyens ont pu être utilisés tels que l’intoxication par les solanées (jusquiame, morelle, mandragore…)

L’antisepsie

On n’ignorait pas l’efficacité de la cautérisation pour éviter l’infection des plaies. On peut imaginer aussi que divers petits moyens empiriques étaient mis en œuvre dans ce domaine.

La prothèse

De cet art il ne subsiste pas de trace chez les Gaulois mais des mentions en apparaissent chez les Gallois, lkes Irlandais et les Bretons (le bras de Nuada lors de la bataille de Mag Tured)

Hydrothérapie

Les découvertes de l’archéologie ont confirmé l’existence de stations balnéaires dans les Pyrénées, mentionnées par Pline, et montré le développement considérable du culte des eaux et de l’hydrothérapie en Gaule.

L’ancien usage celtique d’adorer la divinité en plein air, auprès des sources, des arbres, des pierres s’était perpétué à l’époque romaine et le culte des sources était répandu dans toute la Gaule.

Les méthodes thermales

Les procédés de la médecine thermale ne différaient pas sensiblement de ceux que nous utilisons aujourd’hui. Tous sont d’une pratique simple et d’évidence et, dès le temps de l’indépendance, ils étaient certainement employés. Des installations de cette époque il ne nous est rien resté, ce qui ne signifie point qu’elles n’aient pas existé, mais comme la plupart des constructions antérieures à la conquête, elles durent être édifiées en bois puis remplacées par les bâtiments gallo-romains.

La boisson, les affusions, les douches étaient courantes sans aucun doute et les bains de boue et de vapeur furent certainement utilisés.

L’eau sacrée

Le culte de l’eau est universellement répandu et se retrouve dans toutes les régions de France mais c’est en Bretagne armoricaine que les rites anciens de l’eau sont aujourd’hui encore le plus répandus. On y retrouve en particulier le lien déjà noté en Gaule entre les sources et l’ophtalmologie : que de fontaines sacrées y ont le pouvoir de guérir les maladies des yeux.

Somme toute, le culte de l’eau vivifiante et guérisseuse paraît avoir été, avec celui du soleil qui régénère, l’une des plus importantes manifestations à la fois de la médecine et de la religion gauloises. C’est sur le sommet des collines d’où l’on peut observer au mieux la course du soleil et, un peu en contrebas, là où jaillit la première source, que sont situés de nombreux lieux sacrés de la Gaule.. Là, sans aucun doute, les druides ont prié, enseigné et guéri.

Thérapeutique magique.

Si la religion suppose l’existence et l’intervention d’une puissance supérieure àç laquelle on s’adresse, la magie ne postule pas cette nécessité. Elle consiste essentiellement à mettre en œuvre des rites dont l’action utile tient à leur exécution même. D’ autre part, ce qui différencie la magie d’une science, c'(est que son efficacité dépend entièrement du psychisme vers lequel elle est dirigée et de la croyance qui lui est accordée.

De ces coutumes médico-magiques de la Gaule, quatre groupes principaux apparaissent : les incantations et les rites, les talismans et amulettes, les pierres et les arbres sacrés, enfin le sacrifice de compensation.

Incantations et rites

Innombrables furent certainement les formules dont certaines se retrouvent sur les tablettes et dans l’ouvrage de Marcellus de Bordeaux.. Toutes, qu’elles se prononcent ou s’écrivent, sont l’objet d’un rite d’accompagnement. Dans toute la magie, en effet, le geste soigneusement prévu et réglé occupe une place prépondérante.

Il n’est malheureusement guère possible le plus souvent de distinguer ce qui date d’un cérémonial celtique et de ce qui a pu être ajouté au cours des siècles.

Il nous faut toutefois citer une curieuse prière découverte dans un manuscrit du XIIe. Elle se compose de deux parties, la première placée sous le titre Incipit precacio terre quam antiqui pagani observabant volentes coligere herbas : « ici commence la prière à la Terre que les anciens païens prononçaient rituellement lorsqu’ils voulaient ramasser des herbes »; la seconde sous les mots : Precacio omnium herbarum : « prière à toutes les herbes ».

Il s’agit d’invocations à la Terre-Mère et aux simples qu’elle produit, pour qu’ils soient propices et efficaces. Le dévot commence par demander la permission de la grande déesse, puis il cherche à se concilier les faveurs des plantes en les assurant d’abord que la « sainte divinité, mère de la nature » a donné son consentement : « celle qui vous a crées avec vos propriétés salutaires veut bien que je vous cueille : faites autant que vos vertus naturelles le permettent, que celui qui vous recevra de ma main recouvre la santé ». On peut se demander s’il ne faut pas voir là une explication à certains gestes signalés par les anciens. Si, par exemple, il faut cueillir les herbes médicinales comme un voleur, n’est-ce pas pour n’être pas vu de la Terre, dont on dérobe le bien, et échapper de ce fait à son courroux ? S’il ne faut pas utiliser le fer, c’est par révérence pour les divinités que sont les plantes, auxquelles le métal vulgaire ne saurait être appliqué sans irrespect. Peut être même l’emploi de la main gauche appartient-il lui aussi à cet ordre de faits : on ne saurait pour une opération sacrée procéder comme pour un geste banal et ce qui est faste dans la vie courante serait ici un sacrilège.

Les talismans et les amulettes

Dès les âges préhistoriques, la prophylaxie magique s’est exercée contre tous les maux possibles par le port d’objets divers, tenus pour capables d’écarter les mauvais génies et les influences dangereuses. A l’époque gauloise elle se manifeste par des amulettes variées : perles et annelets de verre, grains et perles d’ambre, branches et perles de corail, cailloux troués, perles et annelets de pierre, ammonites, coquilles, dents et os, rouelles. Les médaillons en bois de cerf sont aussi très fréquents et il faut citer l’œuf sacré (une ammonite ? Un diamant ? Plus probablement un oursin fossile).

Pierres et arbres sacrés

Si les Gaulois attendaient la santé de l’eau de certaines sources, ils fréquentaient également dans ce dessein des lieux sacrés où une pierre merveilleuse, un arbre vénéré, étaient capables, moyennant un rituel approprié, de guérir ou de féconder : haches néolithiques, mégalithes et rochers remarquables. L’eau conservée dans le creux des pierres sacrées est souvent tenue pour efficace contre les maladies; on s’est servi aussi de la poussière minérale en ingestion.

Le culte médical des pierres rejoint celui des arbres dans une curieuse coutume qui consiste à suspendre les unes aux branches des autres.

Le sacrifice de compensation.

La transmission de la maladie d’un homme à un objet est fréquente dans les thérapies primitives. Voisin du transfert est le procédé du rachat. Dans le premier cas, la maladie est censée passer d’une entité à une autre; dans le second une vie est offerte aux dieux en échange de celle qu’ils menacent : ce n’est pas l’affection pathologique qui est transportée d’un être à un autre, mais son résultat, la mort. Ici comme là, la divinité doit s’estimer satisfaite : l’ordre du monde, la balance du bien et du mal sont respectés.

L’évolution historique.

En bien des endroits les Gaulois ont seulement continué une tradition remontant très loin avant eux. Mais si l’on cherche à définir l’héritage médical que la gaule indépendante a laissé à ceux qui continueront, après sa disparition à pratiquer l’art de guérir, on le trouve essentiellement dans ces deux domaines : la pharmacologie et l’ hydrothérapie.

C’est surtout dans le domaine chirurgical que la médecine gauloise paraît avoir progresser après la conquête.

Caractères de la médecine gauloise.

Deux types de médecine coexistent généralement dans les société primitives : l’un, instinctif et empirique, est l’apanage des médecins proprement dits; l’autre, magique et sacerdotal, est celui du sorcier, puis, à un stade d’évolution plus avancé, du prêtre. Le diagnostic consiste à rechercher la cause du mal, que celle ci soit un dieu ou un démon irrité, un ennemi ou un rival, ou bien encore un défunt. Le pronostic se fonde sur des présages et des méthodes diverses de divination que l’absorption de drogues facilite parfois.

La thérapeutique manifeste des croyances fondamentales spécifiques de la mentalité primitive : participation cosmique des êtres, existence de forces immatérielles susceptibles d’être libérées ou retenues, solidarité de l’individu avec les éléments de son propre corps et tout ce qui le touche et l’approche. L’initié peut agir par sympathie ou par télépathie, mettre en jeu des interactions synergiques ou antagonistes. En outre le mot est généralement reconnu comme doué d’un pouvoir particulier et intrinsèque. Aussi paroles et gestes magiques jouiront-ils d’une grande efficacité aux yeux des patients. Le sorcier maniera l’exorcisme, les charmes de conjuration, et des rites plus proprement religieux, comme la prière, la libation ou le sacrifice. Certains modes de traitement, les médicaments ou la profanation, viseront à expulser le mal, imaginé sous les apparences d’un génie malfaisant. D’autres tenteront de le transférer à un autre homme, à un animal, voire à un objet. La prophylaxie enfin joue un grand rôle sous forme d’amulettes, de talismans et de fétiches.

Une grande partie de la thérapeutique gauloise reposait sur de telles bases.

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(source : Gwenc’hlan Le Scouezec : « La médecine en Gaule »)

La médecine préhistorique en Gaule

Le premier médecin dut être un sorcier. Mêlant à des conceptions imaginaires et traditionnelles ses premières constatations empiriques, il devait pratiquer à la fois la divination, la magie et la médecine, à la manière des chamanes.

Il paraît certain qu’une prophylaxie magique était mise en œuvre par les populations paléolithiques. Dès l’aurignacien, en effet, apparaissent les objets à suspendre au cou.

Il y a tout lieu de penser que les autres grandes thérapeutiques que nous verrons en œuvre aux époques celtique et romaine, plantes et compositions à base de plantes, voire de produits minéraux ou animaux, eaux thermales et minérales, magies diverses, étaient déjà pratiquées avant l’arrivée des Celtes.

Les médecins

Dès l’aurore des temps celtiques : il y a d’une part les druides, que leurs pouvoirs étendus, leurs fonctions religieuses, leur vocation pour la magie, appellent à exercer l’art de guérir parmi les peuplades gauloises; d’autre part, les thérapeutes grecs, installés avec leurs compatriotes sur le sol ligure dès la fin du VIIe siècle. De Marseille, ces derniers se répandent dans tout le pays et plus tard, les Gallo-Romains continueront leur tradition.

L’activité médicale des druides

Les secrets de la nature faisaient plus particulièrement l’objet des recherches des vates mais les druides s’appliquaient également à leur étude. C’était en quelque sorte les plus avancés des vates, ceux qui ajoutaient à la science la réflexion philosophique.

Leur art médical s’insère dans une conception du monde : le « dialogue singulier » du médecin et du malade, cher aux déontologistes et aux psychologues de notre temps, n’existe pas -du moins sous la forme que nous lui connaissons. Le prêtre-médecin n’est pas confronté au patient, mais il sert d’intermédiaire entre l’homme malade et le dieu guérisseur.

Les prêtresses médecins

Pomponius Mela raconte que dans la mer de Bretagne, neuf vierges consacrées possèdent des pouvoirs exceptionnels. Elles commandent aux vents et aux flots; elles se changent à volonté en un animal quelconque; elles prédisent l’avenir et guérisse les maladies incurables. Mais pour obtenir leur secours, il faut, en venant vers elles, n’avoir d’autre dessein que de les consulter.

Expansion de la médecine grecque

Quelle que soit la filiation des divers établissements grecs de Ligurie, il s’y pratiquait évidemment une médecine analogue à celle de l’Hellade. La communauté de civilisation qui liait toutes les parties du monde grec et la ténacité avec laquelle, aux dires de Tite-Live, les Marseillais conservaient intacts à son époque, non seulement les modes et la langue de leur pays d’origine, mais encore le caractère, le genre de coutumes et de lois existant en Grèce, permettent de penser que les principes médicaux, la formation des praticiens et l’exercice de l’art ne différaient pas sensiblement en Gaule méridionale de ce qu’ils étaient en Ionie.

Quelques lignes de Strabon nous montrent, à côté de praticiens appointés par les gens riches, d’autres qui sont les salariés des cités.

Une catégorie particulière de médecins, nettement spécialisés, mérite notre attention par le développement qu’elle prit en Gaule, surtout dans les sanctuaires de l’eau et à partir du début de notre ère : il s’agit des ophtalmologistes que de nombreuses découvertes archéologiques nous font connaître.

Femmes médecins

Les unes s’occupaient d’obstétrique et d’esthétique -c’était le cas des medicae, d’autres étaient gynécologues -c’était les clinicae. L’usage de l’Empire romain comme celui de la Gaule indépendant et l’épigraphie permettent d’affirmer que des femmes exerçaient en Gaule, soit comme prêtresses traditionnelles, soit comme thérapeutes selon l’art grec

Le malade et son médecin

Le thérapeute se présentait avant tout non comme un savant, apte par ses connaissances à soulager les hommes de leurs maux, mais comme l’intermédiaire entre le malade et la divinité secourable.

Il semble que progressivement et suivant en cela le discrédit qui frappait les anciens dieux, la fonction religieuse du médecin soit passée au second rang et que la profession se soit laïcisée.

L’enseignement de l’ophtalmologie

De différentes indications, nous pouvons conclure que les médecins étaient régulièrement instruits des connaissances de leur époque. Des collèges de médecins et des écoles existaient, dont on retrouve la trace en des endroits fort éloignés : Metz, Avenches, Bordeaux, Marseille.

On peut en outre se demander, à voir si vivace à Bordeaux, la survivance des druides et à y constater l’existence, en plein IVe siècle, d’un temple de Belenos (voir Ausone), si les prêtres de l’ancienne religion autochtone ne continuaient pas à y pratiquer, à côté de leurs rites purement religieux, cette médecine magique qui semble avoir été leur apanage.

Les guérisseurs

Bien qu’à côté d’un art savant, Camille Jullian affirmait l’existence d’une médecine populaire « représentée par les sorciers et rebouteurs de villages et de faubourgs », en fait on ne trouve pas de preuves formelles de leur existence en Gaule avant les derniers siècles de l’époque romaine. Mais le nombre forcément restreint des druides et des médecins grecs, leur éloignement des villages et l’absence à la campagne de tout service médical organisé, imposait certainement la présence de semblables guérisseurs.

Parmi les paysans il en était forcément qui se distinguaient des autres, soit par leur habileté manuelle, soit par des connaissances transmises en secret de père en fils, de mère à fille, d’initié à disciple, et qui,utilisant l’eau, les plantes, les formules, les rites magiques les plus divers, les gestes adéquats, savaient chasser l’infection, remettre une articulation, peut être immobiliser une fracture après l’avoir réduite, certainement calmer l’inquiétude et exercer une « psychosomatique  salutaire.

La seule chose certaine, c’est la permanence au long des siècles, sur le vieux sol gaulois, de dynasties de sorciers se transmettant jusqu’à nos jours des pratiques dont certaines remontent sans doute aux âges préhistoriques. La concurrence qu’ils font aux praticiens modernes, ils la faisaient déjà certainement aux médecins grecs et gallo-romains et au clergé druidique dès le temps de l’indépendance.

Les dieux de la médecine

Le panthéon gaulois ne manque pas de divinités capables de vaincre la maladie. Le culte de certaines d’entre elles fut très largement répandu en Gaule; d’autres demeurèrent plus régionaux; d’autres,enfin, purement locaux.

Les grands dieux

Le culte d’Apollon Belenos est attesté.

On doit se rendre à l’évidence que Belenos était le nom le plus couramment employé du dieu du Soleil et de la santé, que les romains assimilèrent à leur Apollon. L’analogie linguistique entre les deux vocables due peut être à une commune origine indo-européenne, a certainement facilité l’identification, et l’on peut même se demander si, dans les formules votives où Apollon est qualifié d’un terme gaulois tel que Grannos ou Borvo, le dieu grec ne tient pas la place de Belenos, autrement dit si Grannos ou Borvo ne déterminaient pas des aspects particuliers de Belenos et cela dès avant l’assimilation aux divinités grecques et romaines.

On trouve donc également le nom grec d’Apollon adjoint à celui de Grannos, mais alors que rien ne permet d’établir une relation entre Belenos et les eaux curatives, Grannos, en revanche, fait partie au premier chef des divinités des sources.

Sous le vocable de Borvo et sous les formes voisines de Bormo et Bormanus, c’est un dieu des sources thermales qu’on vénérait également. Il a pour parèdre tantôt Damona, tantôt Bormona.

A côté d’Apollon, César mentionne Mercure comme le plus grand dieu des Gaulois qui le considéraient comme l’inventeur de tous les arts (assimilé à Lougos). Il n’existe aucun élément permettant de soupçonner une relation quelconque entre cette divinité et l’art de guérir, si ce n’est qu’elle était à l’origine de tous les arts, donc, peut-on imaginer, de la médecine.

La divination, que les druides pratiquaient, était dans l’esprit des anciens, fortement liée à la médecine dont elle facilitait l’exercice, en éclairant le diagnostic et le pronostic.

Les principales déesses

Une déesse Brigantia qui, par analogie avec la divinité irlandaise Brigit, était la patronne des poètes, des forgerons et des médecins. Cette Brigantia-Brigit est aussi assimilée à une autre déesse, Sulis, qui recevait un culte à Bath (GB) où elle présidait aux sources thermales, ainsi qu’à Belisama, parèdre de Belenos, et à Minerve.

En dépit de l’importance religieuse et médicale du site de Bath, on est amené à penser que Sulis n’était pas adorée seulement en Bretagne mais aussi sur le continent.

Le culte de Sulis, comme celui de Brigantia, est lié au feu autant qu’à l’eau : elles président en effet aux sources chaudes.

Les Matrones ou Mères sont l’une des divinités le plus fréquemment retrouvées en Gaule : une, ou deux, ou trois déesses représentées assises avec parfois en enfant dont on a remarqué la constante relation avec les sanctuaires des sources.

Une déesse, Damona, est la parèdre de Borvo au pays des Lingons et semble être une divinité guérisseuse tandis que Sirona (ou Dirona), présente dans l’Est de la France et en Allemagne, parfois associée à Grannos, présente des attributs (épis, fruits, œufs) qui font penser à une divinité de la fécondité.

Les multiples divinités secondaires

Il semble que des noms très divers aient été portés par les nymphes et les génies des sources salutaires : une bonne cinquantaine, dont Divona que nous connaissons surtout parce qu’Ausone l’a chantée dans son fief de Bordeaux :

« Salut, fontaine au jaillissement inconnu, fontaine sacrée, nourricière, éternelle, claire comme le verre, glauque, profonde, bruissante, sans souillure, ombreuse. Salut génie de la ville, à boir en gorgées médicinales, Divona, dont le nom dans la langue des Celtes signifie fontaine, et qui plus est, divine ».

Des divinités étrangères à la Gaule y étaient également l’objet d’un culte : fréquentes découvertes de statuettes de Venus dans les sanctuaires de l’eau. Ces figurines, tout comme les figurations des Matrones, du dieu aux colombes, sont en relation constante avec le culte des sources.

Mithra et Cybèle ont partagé un destin analogue.

Les maladies

Essentiellement identifiées grâce aux ex-votos : forme des parties ou membres malades découpée dans des feuilles de bronze ou figurées en bois de chêne, en calcaire oolithique…

Diagnostic et pronostic

Les méthodes utilisées dans le monde antique pour établir un diagnostic et prévoir l’évolution d’un mal, comme généralement celles utilisées par les médecines non scientifiques, reposaient à la fois sur des connaissances sémiologiques et sur des procédés magiques, n on distingués les uns des autres.

L’incubation était utilisée en Grèce : le malade en dormant dans un lieu sacré, après une certaine mise en condition par des rites spéciaux, recevait en rêve, du dieu médecin, Apollon ou Asklépios, la connaissance de son mal et le remède à y apporter.

Il y avait des pratiques analogues dans les sanctuaires gallo-romains (découverte à Grand dans les Vosges, sur les lieux d’un temple dédié à Grannos d’un fragment portant l’inscription APO et un autre « SOMNO-JVSSVS », soit « invité au sommeil ») et en Irlande avec l’ « imbas forosnai »_(illumination autour des mains) où le file (poète et magicien) dans un sommeil magique, rêvait ce qu’il avait besoin de savoir.

Il y avait d’autres mantiques utilisées par les Gaulois : examen du vol des oiseaux, de la course d’un lièvre, des convulsions des membres d’un homme sacrifié…

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