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Malgré l’imprécision du texte de Pline, certains « spécialistes » situent la cérémonie de la cueillette du gui au solstice d’Hiver… Mais, à mon sens, on peut tout aussi bien envisager de le cueillir à Saman…

« On ne doit pas oublier, dans ces sortes de choses, la vénération des Gaulois; les druides, car c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages, n’ont rien de plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, supposant toujours que cet arbre est un chêne. A cause de cet arbre seul, ils choisissent des forêts de chênes et n’accompliront aucun rite sans la présence d’une branche de cet arbre […] Ils pensent en effet que tout ce qui pousse sur cet arbre est envoyé par le ciel, étant un signe du choix de l’arbre par le dieu en personne. Mais il est rare de trouver cela, et quand on le trouve, on le cueille dans une grande cérémonie religieuse, le sixième jour de la lune, car c’est par la lune qu’ils règlent leurs mois et leurs années, et aussi leurs siècles de trente ans; et on choisit ce jour, parce que la lune a déjà une force considérable, sans être encore au milieu de sa course. Ils appellent le gui par un nom qui est: « celui qui guérit tout ». Après avoir préparé le sacrifice sous l’arbre, on amène deux taureaux blancs dont les cornes sont liées pour la première fois. Vêtu d’une robe blanche, le prêtre monte à l’arbre et coupe avec une faucille d’or le gui qui est recueilli par les autres dans un linge blanc. Ils immolent alors les victimes en priant la divinité qu’elle rende cette offrande propice à ceux pour qui elle est offerte. Ils croient que le gui, pris en boisson, donne la fécondité aux animaux stériles et constitue un remède contre tous les poisons. Tel est le comportement d’un grand nombre de peuples à l’égard de choses insignifiantes ». (Pline, Histoire Naturelle, XVI, 249-251)

Donc, Pline parle bien du sixième jour de la Lune mais rien ne vient préciser de quelle lune il s’agit.

On peut penser qu’à Saman il reste encore pas mal de feuilles tandis qu’au solstice d’hiver elles sont presque toutes tombées. Le gui se voit alors de très loin puisque c’est tout ce qui reste de vert sur les arbres : c’est joli et le côté symbolique du « toujours vert » est intéressant. Ce qui pourrait plaider pour le solstice.

En revanche, comme la lune dont parle Pline, qui n’est pas « encore au milieu de sa course », il semble que le Gui ne soit pas arrivé tout à fait à maturité à Saman mais est-ce que ce n’est pas à ce moment que la magie est la plus forte ?… Avant la maturation, le gui est comme la « soupe primordiale », plein de potentialités.. tout est en devenir, rien n’est figé ce qui ne me parait pas être le cas quand les boules sont mûres… d’ailleurs de ces boules, on fait de la glue… qui sert à capturer (figer) et non plus à accueillir (l’année nouvelle, la saison sombre …) ce qui est en devenir.

En ce qui concerne la cueillette à proprement parler, certains pensent que le rituel gaulois a peut être son prolongement dans une ancienne tradition écossaise des Basse Terres rapportée par Frazer… Un rameau de gui, coupé par un membre du Clan des Hay la VEILLE DE LA TOUSSAINT (donc à l’époque de Saman) , avec un poignard neuf, après que l’on avait fait trois fois le tour de l’arbre dans le sens du soleil et qu’on avait prononcé une incantation, passait pour un charme très sur contre toute magie et sorcellerie, et une protection infaillible un jour de bataille.

La première cueillette du Gui de l’année celtique (la plus bénéfique puisque pleine des promesses de l’An Neuf), pourrait donc bien s’effectuer lors de la grande fête de Saman. Le gui fleurit de Mars à Mai, fructifie d’Aout à Novembre et renouvelle son feuillage peu après.

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Son fruit globulaire d’une transparence ambrée, comme la lumière lunaire, représente la Lune. Sa baie écrasée peut être comparée à la semence masculine. Sa tige et ses feuilles sont la terre réceptrice (courbe des feuilles), source de toute fécondité. Et l’on retrouve, associées dans le Gui, les deux notions inséparables d’éternité et de fécondité.

Est-ce qu’on ne pourrait pas penser aussi au fait que le gui qui se nourrit de la sève de l’arbre qui le porte, serait donc le modèle de la solidarité (humaine, sociale, familiale), en même temps que le symbole de l’union (des sexes, de l’esprit et du corps, des générations). Dans le même ordre d’idées, son mode de multiplication et de propagation pourrait enseigner que tous les êtres dépendent étroitement les uns des autres (y compris quelque soit leur genre, animal, végétal ou minéral)… Et ces points renvoient tous à mon sens aux Ancêtres (solidarité, union, interdépendance) qui sont précisément honorés lors de Saman…

En outre, par sa forme de touffe et celle de ses baies, il est un monde en soi, clos, force concentrée, perfection, puissance. En anglais, un des surnoms du gui est « Starchild », l’enfant des étoiles. Sa symbolique est alors due au fait qu’il pousse en hauteur et sans racines dans la terre. Il pousse a mi-chemin entre le ciel et la terre et c’est aussi une des (la ?) seule(s) plante(s) à pousser la tête en bas…

Et le Gui est aussi Rameau d’Or : s’il est cueilli en FIN D’AUTOMNE, son feuillage étant vert et ses baies blanches, il va acquérir progressivement cette jolie teinte dorée de soleil hivernal qu’il aura pleinement lors du Solstice d’Hiver, lors de la re-naissance de l’Astre invaincu.

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Qu’apportons nous, aujourd’hui, à la Tradition? La Tradition, c’est ce qui se transmet à travers les générations: qu’on s’entende bien, je ne parle pas ici de la « Tradition Primordiale ». Il est donc inutile de se boucher les yeux, il ne reste pas grand chose de la tradition druidique. Car d’une part (j’enfonce une porte ouverte), les druides ne consignaient pas leur enseignement par écrit,d’autre part ce qui nous en a été transmis par la suite dans les écrits des moines gallois et irlandais est complètement gauchi par la christianisation des esprits. Certains s’obstinent à affirmer, en dehors de toute cohérence que les druides se sont convertis pour préserver les connaissances. Je crois au contraire que ceux qui se sont convertis l’ont fait , en premier lieu pour sauver leur vie, bafouant ainsi le précepte (pourquoi pas) druidique « plutôt la mort que le déshonneur », mais surtout parce qu’ils étaient réellement ralliés à la religion orientale et qu’ils n’ont pas été les derniers , dans l’enthousiasme propre aux renégats, à vouloir détruire les croyances païennes, brûlant ainsi aujourd’hui ce qu’ils avaient adoré hier. Fixer ainsi des récits qui couraient les campagnes, de bouche en oreille, en les mettant par écrit et leur donnant une bonne fois pour toutes une franche coloration monothéiste pouvait fort bien être leur manière de le faire. Bon, on peut arguer aussi de ce que les coutumes populaires, les contes et légendes, les fêtes ont gardé une bonne coloration païenne. Il est vrai que la plupart des fêtes chrétiennes sont les héritières des fêtes païennes que les curés ont été contraints d’assimiler sous peine de rejet complet de la part des paysans (pagi/païens). Mais jusqu’à quel point ? Comment pouvons nous les interpréter ? J’ai noté quelque part qu’il fallait examiner ces indices à la lumière de la trifonctionnalité dumézilienne .. ce qui est assurément facile à dire, mais beaucoup plus difficile à mettre en application. Comment faire la part des choses ? Les feux de la saint Jean pour prendre un exemple, sont d’essence et d’origine incontestablement païennes… mais qu’en est-il du chat que dans certaines régions ont lie au sommet du bûcher et qu’on fait allègrement cramer … ma répugnance devant la chose, ma sensibilité font que j’ai envie de voir dans cette coutume (barbare ?) une influence chrétienne (le chat, animal familier de déesses -Freyja- puis des sorcières, diabolisé par les monothéistes qui n’ont jamais hésité à brûler ou à pendre ceux qui leur faisaient de l’ombre) mais qu’est-ce qui me le prouve ? Idem de la chouette clouée sur la porte des granges : magie païenne ou magie chrétienne ? Certains avanceront, l’air entendu, la transmission clanique d’une connaissance antique mais comme le propre de cette tradition est de rester secrète, cela ne nous avance pas beaucoup. Pas plus que ne nous avancent les récits de voyages dans les Annales Akashiques où de doux illuminés (pas toujours très doux en fait) sont allés feuilleter la mémoire du monde pour, dans leur incommensurable bonté, nous en rapporter l’essentiel. Entendons nous, je ne nie pas la réalité d’ intuitions fulgurantes, pas plus que des archétypes et de l’inconscient collectif. Je sais et je crois que cet inconscient collectif est la couche psychique commune à tous les humains, faite de représentations similaires et qui se sont concrétisées aux cours des âges, dans les mythes. Il n’est pas le produit d’expériences individuelles mais il nous est inné au même titre que le cerveau différencié avec lequel nous venons au monde. Nous naissons en quelque sorte dans un édifice immémorial que nous ressuscitons et qui repose sur des fondations millénaires. Et il est tout à fait vraisemblable, en théorie, que nous puissions reconstruire l’histoire de l’humanité en partant de notre complexion psychique car tout ce qui a existé une fois est encore présent et vivace en nous. Je suis beaucoup plus méfiant devant les initiés auto-proclamés, en provenance directe des Annales Akashiques qui veulent vous délivrer une Vérité copyrightée.

Bon alors, où en est-on ? De la Tradition, il reste des textes qu’il faut de bout en bout, expurger et interpréter. Il reste des fêtes et des coutumes, des superstitions, des contes et légendes qu’il faut également interpréter. Il reste des découvertes archéologiques qui prennent leur sens quand on les appréhende à la lumière d’autres sciences ou disciplines. Il y a le symbolisme. Il y a le comparatisme inter-religions (et l’hindouisme nous est une mine précieuse). Il y a peut être des bribes de connaissances dans certaines traditions dites claniques ou familiales et il y a aussi les influences du sol et les empreintes et la mémoire des Ancêtres qui fondent notre démarche païenne identitaire et qui reste pourtant souvent, elles aussi, à décrypter …

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Certains ont fait une partie des recherches à notre place … des « spécialistes »… mais une partie de ce joli monde tire avec allégresse dans les pattes de l’autre partie de peur d’avoir à remettre certaines « certitudes » en question …on critique Jean Jacques Hatt parce qu’il travaillait en free lance et qu’il avait la « prétention » de retrouver le Gaulois à travers le Gallo-Romain ce qui avait particulièrement mauvaise presse chez les universitaires à cette époque, on critique aussi Philippe Jouet parce qu’il est influencé par Jean Haudry, qui lui même n’échappe pas à la vindicte parce qu’il professe à Lyon III et que ça suffit pour le rendre suspect…

Si les druides ne consignaient pas leur enseignement par écrit, on dit aussi que c’était pour laisser toute latitude à ce qu’on n’appelait pas encore le druidisme d’évoluer et de s’adapter : en quelque sorte le druidisme chevauchant le tigre. Et c’est là, probablement, que nous pouvons apporter quelque chose à la Tradition car tous nos raisonnements, toutes nos études, toutes nos intuitions, toutes nos découvertes, toutes nos supputations se rajoutent en couches pour donner corps à la construction… on verra bien où ça nous mènera et de toutes façons, le travail ne sera pas perdu, car, comme le monde qui se crée à chaque instant pour inventer l’après, peut être nous faudra-t-il, en définitive, et comme l’énonce Maurice Rollet, inventer les dieux de demain …

Il y a des jours comme ça, où l’on trouve que l’actualité est vraiment trop déprimante … alors plutôt que de se livrer à des considérations perso sur les galipettes du boss du FMI, ou sur le fils du boss de l’Etat qui vient de créer un nouveau parti tout en potassant sa Thora, ou sur le boss des cathos qui s’écrase devant la menace s’il béatifie, ou sur Luc Besson qui pleurniche sur la dureté de sa vie de boss d’entreprise ou sur les mensonges de l’OCDE qui affirme que la pauvreté et les inégalités ont reculé en France, autant aller faire un tour dans la mythologie, les personnages qu’on y croise sont plus intéressants …

… voilà donc l’autre version de Taliésin

« L’histoire de Taliesin débute en Pennlyn, alors que Tegid Voel le Chauve en était le seigneur. Il était marié à Kerridwen, célèbre de sa grande connaissance des choses hermétiques. Trois enfants étaient nés de cette union : Creirwy, une des plus belles enfants qui soient; Morvran, un des plus laids qui soient et Afang Du, le jeune homme le moins favorisé du monde. Afin d’aider ce dernier à devenir un grand homme, elle conçu un jour pour lui un chaudron de connaissance et d’inspiration dont elle connaissait tous les éléments. Ce chaudron devait bouillir une année complète et donner trois gouttes grâce auxquelles Afang Du serait illuminé. Pour mener à bien son projet, elle désigna deux hommes pour surveiller le liquide et entretenir le feu : un vieil aveugle du nom de Mordra et un jeune homme du nom de Gwyon Bach.

Ainsi l’année s’écoula jusqu’au dernier jour, alors que Kerridwen était absente. Le jeune Gwyon, qui avait passé une très mauvaise nuit, vint à s’endormir dans son quart, et tandis qu’il sombrait dans l’inconscience, le chaudron se mit à bouillir. Trois gouttes brûlantes furent alors éjectées du chaudron jusqu’au doigt de Gwyon qui, sur le coup, le porta à sa bouche. Ces gouttes n’étaient nulles autres que celles destinées à Afang Du, porteuses de connaissance et d’inspiration. Comprenant aussitôt que la colère de Kerridwen pourrait lui être fatale, Gwyon Bach prit la fuite sans plus attendre. Il ne put aller bien loin que Kerridwen l’avait déjà pris en chasse avec le désir de le réduire à néant. S’ensuivit une course folle où, voyant le fugitif prendre forme d’un lièvre, Kerridwen se transforma en chien. Arrivant près d’un cours d’eau, Gwyon se transforma en poisson que la sorcière pourchassa en loutre. Le poisson devint oiseau, la loutre se fit faucon, puis, apercevant des grains sur le sol, le jeune homme prit forme d’un grain de blé et s’y camoufla. La sorcière, futée, devint poule et avala le fautif.

Seulement l’ingestion n’eut pas l’effet escompté. Après quelques mois, Kerridwen s’aperçut qu’elle était grosse. Elle attendait un enfant? Son mari était parti depuis longtemps combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, aussi elle comprit immédiatement ce qui lui était arrivé. Cet enfant ne pouvait être que le jeune Gwyon qui demandait une deuxième naissance. Lorsque Kerridwen accoucha, se fut avec le désir de tuer l’enfant. Mais le poupon naquit si beau qu’elle n’eut le cœur d’aller au bout de son reste. Kerridwen lui construisit une sorte de couffin de jonc et le confia à la bienfaisance des eaux d’une rivière qui, loin de là, allait mélanger ses eaux à celles de l’océan.

Il fut ballotté au gré des flots neuf jours et neuf nuits sans jamais pleurer ni la soif ni la faim, car l’eau de pluie prenait soin de le désaltérer alors que de tout petits poissons sautaient de l’eau pour atteindre sa bouche. C’est au dixième jour qu’il atteignit la terre du roi Gwyddno, connu pour posséder l’une des treize merveilles de Bretagne, un filet qui, chaque soir qu’il est mis à l’eau, rapporte suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, voire plus. Or il se trouva qu’Elfin, fils de Gwyddno, s’affairait à remonter le filet quand le bébé deux fois né y arrivait. Chose étrange, Elfin, qui était l’un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, ne prit aucun poisson mais un nouveau-né. Le prenant dans ses bras, il fut si ébloui par la beauté de l’enfant qu’il le nomma Taliésin et l’adopta tout aussitôt. Quelle ne fut pas sa surprise, quand, de retour chez lui, Taliésin entreprit de conter son histoire, celle de Gwyon Bach et ce, sous forme d’un chant aux sonorités parfaites. Il prit aussi soin de remercier Elfin pour son accueil chaleureux :

« Entends maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliésin et si bientôt mon nom brûlera parmi les innombrables étoiles du ciel de Bretagne, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse. »

Taliesin passa quatre années dans la maison d’Elfin, quatre années qui le virent passer d’enfant, au jeune homme qu’il est aujourd’hui au grand émerveillement des gens du roi Gwyddno. Tout ce temps, il s’appliqua à égayer son bienfaiteur qui, de timoré et voûté qu’il était, devint peu à peu un homme de compagnie agréable et de bonne conversation.

Vint un jour d’automne où Elfin répondit à l’invitation de son oncle Maelgwin Gwynedd à séjourner sur ses terres, à Degawny. Alors qu’il se trouvait là-bas, en compagnie des hommes de son oncle, à recevoir le boire et le manger, tout en écoutant les bardes chanter la gloire de ce dernier. Elfin, à qui la boisson avait fait perdre un peu la tête, se vanta d’avoir barde plus talentueux et femme plus fidèle que quiconque à Degawny.. Son oncle, entra dans une colère rouge, le fit jeter en prison, puis envoya Rhun, son fils illégitime, un jeune homme d’une beauté à laquelle aucune femme ne résistait, avec pour mission d’aller séduire la femme d’Elfin. Mis au courant de tout le stratagème, Taliesin, alla trouver sa protectrice pour tout lui raconter et lui proposer de la remplacer par une servante qui endosserait ses vêtements et ses bijoux. Rhun coucha donc avec la servante et, au petit matin, lui trancha le doigt qui portait l’anneau d’Eflin, avant de s’enfuir en direction de Degawny. Là, on fit sortir Elfin de prison pour lui montrer la preuve de l’infidélité de son épouse. Il répondit :  » Ah !! Ce doigt est trop petit, son ongle est sale, et il porte encore les traces du pétrissage du seigle, ce ne peut être celui de ma femme !!  » Maelgwin, furieux, fit remettre Elfin en prison, sous les yeux de Taliesin, car il avait suivi Rhun en secret lorsqu’il s’était enfui.

Plus tard dans la soirée, et sous la conduite d’Heinin leur chef, les trois bardes de Maelgwin se préparèrent à chanter pour apaiser le courroux de leur roi. Mais Taliesin leur avait joué un tour à sa manière, et ne sortirent de leurs bouches graisseuses que des  » bleub bleub  » maladroits et autres sons grotesques. Puis Taliesin s’avança, fit connaître à tous sa présence, et, pour mieux confondre les bardes de Maelgwin, se mit à chanter avec une telle force que son chant déclencha une tempête qui s’apaisa aussitôt les dernières notes retombées. Maelgwin, reconnaissant alors qu’il surpassait tous ses bardes et probablement tous ceux du royaume, fit amener Elfin dont il fit tomber les chaînes L’oncle et le neveu désormais réconciliés, Taliesin conseilla à Elfin de prétendre qu’en plus de la femme la plus fidèle et du barde le plus talentueux, il avait également le cheval le plus rapide, ce qu’il fit.. Trois jours plus tard, une course était organisée et Taliesin alla trouver le coureur de Elfin et le munit de 24 branches de houx brûlées en lui donnant pour instruction d’en frapper chaque cheval qu’il dépasserait avant de jeter son manteau là où le sien ferait un faux pas.

Ainsi fut fait et après qu’Elfin eut remporté la course, Taliesin l’emmena là où était tombé le manteau en lui conseillant de creuser à cet endroit précis. Il y trouva un chaudron remplit d’or et, s’étant acquitté de sa dette, lui ayant établi considération et richesse, Taliesin quitta Elfin.. C’est ainsi que Taliesin parcouru les terres du monde pour y trouver le sujet de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose.

Sources :

http://glorfinn.skyblog.com/5.html

http://www.bretagne-celtic.com/legende7.htm

Le Chaudron de Cerridwen contient  la Connaissance :

J’ai trouvé une version du Conte de Taliesin vu du côté de Taliesin. C’est un conte gallois rapporté par John Matthews (à moins que ce ne soit lui qui l’ait écrit ?…) dans les « Contes de Sorcières et d’Ogresses » (Pierre Dubois . Ed. Hoëbeke).

Le Chaudron Initiatique

« Je m’appelle Taliesin et suis poète. Je connais le pouvoir des mots, la force d’une syllabe placée au bon endroit, l’agencement des paroles dans un ordre propice qui fait jaillir, irréfutable, la vérité… Il y a longtemps, avant tout cela, je portais un autre nom : Gwion. J’étais domestique chez la Vieille, aucune tâche n’était trop vile ni trop immonde pour moi : c’était Gwion qui lavait Afagddu l’imbécile, le fils demeuré de la Vieille ; c’était Gwion qui touillait les potions sur le feu, quand elle mijotait quelque mauvais tour en vue de porter le malheur sur la terre des hommes. A l’époque j’étais convaincu que tous les maux du monde sortaient de ce chaudron ; mais je sais aujourd’hui que seule la vérité se trouve dans sa froide panse, une vérité qui, acceptable ou pas, est toujours terrible à découvrir. Elle n’est pas bonne ou mauvaise en soi : elle est là, tout simplement, sans passion, lisse et calme comme une vitre ou un étang tranquille entre les arbres blancs…
Un beau jour, la Vieille entra dans la hutte où elle enfermait quelques cochons faméliques, sa marmite et moi ; elle me gifla à la volée et m’ordonna de faire le feu pour chauffer la marmite en vue d’un nouveau travail qu’elle avait l’intention de commencer presque sur le champ :
« Alors, ne perds pas de temps, gamin, ou bien je vais te faire voir ta récompense. »
Ce genre d’élan de tendresse, je m’y étais habitué et j’avais appris à en tenir compte : c’était un avertissement. Je hissai donc comme je le pus l’énorme récipient noir sur son trépied et me mis en devoir de faire du feu. Puis j’emplis le chaudron d’eau comme on me l’avait appris avant de retourner me tapir dans un coin de la cabane, jusqu’à ce que l’on ait de nouveau besoin de moi.
La Vieille mit cinq jours à réunir les ingrédients de cette nouvelle préparation. Quand elle s’écartait, il fallait que je continue à faire bouillir le mélange à petits bouillons. Au bout de neuf jours, le contenu de la marmite était une sorte de soupe visqueuse et nauséabonde ; la Vieille repartit en m’ordonnant formellement de ne pas laisser son mélange bouillir ni d’y toucher de quelque manière que ce soit :
« Ou tu le regretteras amèrement ! »
Pourquoi diable aurais-je été tenté de tripoter cette horreur ? Mystère ! je n’avais d’ailleurs nulle intention de désobéir, car j’avais déjà subi le poids de sa colère : ses jolies petites mains blanches étaient capables, je le savais, d’infliger les pires supplices que l’on pût attendre d’un être humain… Pourtant, je chargeai sans doute trop de petit bois sous le chaudron : brusquement il se mit à faire de grosses bulles ; comme j’approchai pour baiser le feu, plusieurs bulles éclatèrent et quelques gouttes –trois, je crois- m’éclaboussèrent la main.
La mixture était brûlante, je jappai de douleur et mis la main à la bouche pour la sucer. Tout de suite ma tête se mit à tourner et je dégringolai dans un espace sombre et rugissant où les bruits et les sensations étaient trop forts pour moi. C’est ainsi que moi, Gwion, je me perdis et ne revins jamais. Ce que j’ai vu là-bas, c’est cela qu’il me faut raconter, car ce breuvage avait des vertus initiatiques : elle l’avait concocté pour son monstre de fils ; et quand je goûtais son goût de fiel noir, je vis toutes les maladies et tout le gâchis du monde, et le lent poison qui dévore l’âme de l’humanité. Là bas j’entrevis aussi l’aube de l’espérance, l’annonce de la présence de celui dont la présence changera le monde pour toujours –oui, jusqu’à la fin du monde- bien que je ne sache rien de tout cela, ni à l’époque, ni longtemps après.
Sensations de douleur, de peur, d’horreur. Une peut telle qu’elle glace comme une brume : elle enveloppe de façon informe et nébuleuse, mais fait aussi mal que la douleur de la naissance ou de la mort. La douleur m’entraîna au fond de l’abîme insondable où rien ne voulait plus dire quoi que ce soit, où ce qui faisait de moi Gwion était laissé loin dans le passé. Horreur de l’abîme, du vide, terreur négative qui sonne le glas de la vie, de l’espérance, de toute croyance.
Puis, la lumière. Un pinceau si perçant que, si l’on levait simplement les yeux sans précaution, on perdait la vue. Je n’étais guère averti, mais j’eus le bon sens de détourner le regard pour en observer le reflet : je ne pouvais supporter davantage que la moitié de la lumière, que la moitié de la vérité.
Des visages coulèrent vers moi, ils ruisselaient de lumière. Certains étaient avenants, d’autres renfrognés. Je n’en connaissais aucun . Je vis toutes sortes d’hommes : les uns torturés, les autres transformés, certains pleurant à chaudes larmes et d’autres riant à la vie. Je vis des femmes à la beauté mystérieuse : rien qu’à les voir, j’avais peur de ma propre âme et j’essayai de regarder ailleurs.
Puis j’entendis les voix, les appels, les cris et les hurlements. J’entendis le fracas de la bataille, de l’amour, de la naissance et de la mor,t, du supplice et du plaisir, de la joie et de la peur. Je fermai mes paupières brûlées, j’essayai d’obturer mes oreilles, mais aucune défense n’était étanche : ce ne fut qu’en m’ouvrant à tout que je parvins à tout supporter. Je m’abandonnai à ce monde de tintamarre, de lumière et de mouvement, à toutes ces sensations : elles me firent accéder à une dimension du savoir qui me rendait conscient à un point presque insupportable.
Et ce fut ainsi mais un moment seulement. Le temps d’un clin d’œil, tout le savoir et toute la connaissance furent miens. Au moment où j’accédai à cet empire de possibilités infinies, je sus que la Vieille savait que j’y arrivais : quelque chose l’avait avertie de ce qui m’était advenu. En effet je partageai désormais une part de sa connaissance, une part de sa vie.
Elle était à ma poursuite.
Je m’enfuis dans un paysage sans âge ; dans ma course je franchis des collines, des fleuves et des forêts qui s’écoulaient autour de moi comme s’ils n’avaient pas de substance : je les franchis en pataugeant. Sans arrêt, je savais la présence de la Vieille qui volait comme une ombre à la surface de la terre, de plus en plus près.
Pour hâter ma fuite, j’enfilai les gants et les oreilles du lièvre. Mais, je le savais, elle était toujours sur mes traces : elle avait opté pour la langue et les dents du lévrier, qui courait aussi vite que moi. Je revêtis donc les nageoires et la queue de l’otarie, et m’enfonçai à toute allure dans un monde aquatique, les poissons stupéfaits s’écartaient de chaque côté de ma tête. Mais la Vieille, sous la forme du lévrier, suivait ma traversée à l’odorat et se rapprochait encore ; je dus changer pour les ailes de l’oiseau, là encore elle me rejoignit : elle était faucon, elle frappa mon dos couvert de plumes. Dans une dernière tentative pour lui échapper, je me fis grain de blé dans une meule de foin. Mais je savais de cette étrange conscience que j’avais depuis peu, que j’étais pris : et, de fait, la Vieille s’était faite poule, elle me saisit dans son bec et m’avala. Elle redevint alors elle même et je m’endormis dans la tiède obscurité de ses entrailles. Là, je rêvai.
Je rêvai d’une ombre projetant une lumière : elle me montrait des lieux désolés où nulle herbe ne poussait, où les arbres étaient dépouillés et le sol sec et fendillé. Dans cette désolation surgit comme une tendre vrille verte, qui poussa des rejetons, tant et si bien qu’un réseau de verdure recouvrit la terre morte…
Je rêvai d’un homme descendant un escalier en colimaçon, d’étage en étage plus éloigné de la lumière du jour. Il balançait à la main une lanterne vacillante dont la lueur ne dévoilait que des murs gluants de moisissure. Tout au fond de ce puits s’ouvrait une salle jonchée d’excréments ; une vieille aveugle obscène, hideuse et immortelle, était accroupie au milieu des immondices : elle lui demanda d’embrasser ses plaies suintantes, ses ulcères sans nom. Comme une ignoble araignée elle suçait la vie en lui…
Je rêvai de notre mère la Terre, de ses vastes entrailles où pullulaient ces images parmi tant d’autres, tant et tant que je ne puis citer. Aveugle et sombre, je me coulai dans ces passages tièdes qui irriguaient sa masse énorme ; mes mains frôlaient des formes immondes qui glissaient sous moi…
Soudain, je me heurtai, aveugle, à une absence d’obscurité. D’abord je ne vis pas la différence, ce n’était pas quelque chose que je puisse appeler lumière. Puis une main chaude, pleine de vie, me remit vivement debout ; des ailes –étaient-ce des pétales ?- m’enveloppaient et cette chaleur avait, en outre, une voix, ni homme ni femme quelque part à l’intérieur de ma propre tête ; elle prononçait des mots qui, dans l’instant, engendraient des images. Expériences des douleurs de la création, au contenu fait d’ombres et de lumière –oh, la tendresse et la pureté…
Tout cela tournoyait, et il en venait d’autres, et toujours d’autres ; et c’était toujours différent, toujours pareil, homme et femme du même sexe, mort et naissance de la même réalité. Tout se rejoignait : c’était une naissance, mon cri de naissance qui déchirait les cieux au moment où je tombais des entrailles de la Vieille, exposé à la lumière du monde dont j’avais vu mourir et renaître l’âme…
Je m’éveillais, tout tremblant, au flanc de la montagne ; j’avais encore la coupe serrée entre mes doigts gourds, le labyrinthe en spirale se calmait enfin sous mon regard las…

Voilà ce qui clôt les lèvres de l’initié, et non la promesse faite sur le seuil des mystères. Moi, Taliesin, ex-Gwion à présent rené, né du chaudron de la Vieille dont les façons ne sauraient plus me terrifier, né du breuvage que tous doivent boire, moi, disais-je, je sais. »

Quand le soleil se couche au soir de l’Equinoxe d’Automne, et que son disque rouge embrase à l’horizon les somptueuses couleurs des feuilles qui se dessèchent dans toutes leurs riches et précieuses nuances de cuivre, il est bon de se poser, de s’asseoir un moment pour réfléchir à l’année qui vient de passer.

Chez les druidisants, Alban Elved signifie « la Lumière de l’Eau » et se situe à l’Ouest sur la Roue de la Vie. Il correspond donc à l’année qui s’achève mais aussi à la fin toute proche de la saison claire. Par extension il illustre aussi la fin de la journée, ou le soir de la vie, ou l’issue proche de n’importe quel autre cycle.

Les feux de ce soleil couchant évoquent ceux d’une forge divine et je lui associe le dieu forgeron Gobnios mais aussi les deux grands Pourvoyeurs d’Abondance que sont Dagodevos et Rosmerta (selon la dualité des principes divins), car, dans le calendrier agraire, c’est la fin des moissons et il convient de remercier ceux qui nous ont permis d’engranger nos réserves.

Mais il est d’autres moissons, celles que nous pouvons faire de nos propres tâches car est également venu, en ce temps coincé entre la Vierge (récolte, engrangement) et la Balance (chute des feuilles), le moment où l’énergie permet après la conceptualisation et l’élaboration, de passer au stade de l’évocation et de la réflexion.

Sagesse rimait naguère avec Vieillesse. Les Dieux savent pourquoi, il ne semble plus en aller ainsi aujourd’hui. Les vieux cons sont légion et parmi les autres, on attendrait en vain, le plus souvent, la moindre leçon de sagesse … que n’écouterait pas grand monde d’ailleurs … autant faire avec et reconnaître franchement que de toute manière l’expérience de l’autre ne saurait suffire car elle nous est inassimilable, et si l’on peut accepter des conseils d’ordre général, c’est à nous qu’il incombe de tirer des leçons de Sagesse de nos expériences et de nos actions.

Le temps des veillées qui débute avec Samain pour aller jusqu’à l’équinoxe de Printemps pourrait être un de ces moments privilégiés pour obtenir des autres ces apports extérieurs mais qui doivent alors venir, à mon avis, se greffer sur un processus interne et individuel de réflexion déjà commencé, et non pas le précéder. Notre réflexion, ainsi renforcée devrait nous permettre, au solstice d’Hiver de nous ouvrir aux forces de l’inspiration, puis, plus tard, aux pouvoirs porteurs de lucidité de l’équinoxe de Printemps (tout cela correspondant peut être aux armes forgées par Gobnios).

Pour en revenir au stade de l’évocation et de la réflexion, il y a donc un moment parfaitement adapté et qui correspond à l’époque où l’on ramasse les noisettes, fruits de la sagesse : l’équinoxe d’Automne sonne la fin des moissons en même temps que la fin de l’expression et de la réalisation de nos rêves et du travail dans le monde extérieur menés depuis le solstice d’Eté. Comme la Terre, dont les épis viennent d’être fauchés, nous sommes pour ainsi dire redevenus vierges et pouvons nous ouvrir, en ces temps où les jours équivalent aux nuits mais où l’on sent la remontée irrésistible du monde nocturne, à une ère de repos, de détente et de  paix, où les formes extérieures s’effacent progressivement devant la vie intérieure.

C’est enfoncer des portes ouvertes mais si l’on ne tire pas les leçons de ses expériences ou de ses initiatives, on risque fort de se planter et de voir la Terre de notre vie, redevenue vierge après les moissons, devenir définitivement aride et stérile, c’est à dire une terre gâstée dont nous serions, pour nous même, le Roi Pêcheur incapable d’ exprimer tout ce qui dort en lui.

Alors, oui, quand sonne l’heure de l’équinoxe d’automne, on peut se poser un peu pour souffler et profiter des fruits de notre quotidien. Et tout en dégustant les premières noisettes, s’interroger sur la Sagesse que nous avons recueillie jusqu’à présent en regardant en arrière pour peser nos actions et nos expériences. Pas pour nous y complaire mais bien au contraire pour vivre pleinement le moment présent et préparer l’avenir, préparer la Terre de notre vie qui redeviendra fécondable quand viendra Imbolc, après la longue période improductive de l’hiver.

franc maçonnerie du bois : tout un parfum de mystère se cache derrière l’image romantique …
la franc maçonnerie, si on écarte tout l’éventuel aspect « utilitaire », « affairiste », conserve son petit côté société secrète de fraternité… sorte de Club des Cinq ésotérique et spirituel .
et la forêt, le lieu d’épreuves initiatiques par excellence, où vivent les druides et les initiatrices, les géants et les êtres surnaturels, les fées et le petit peuple, lieu de toutes les magies…passage obligé pour le chevalier qui cherche la lumière, ou dans son itinéraire jusqu’à la source de la Dame où il affrontera le chevalier noir.Lieu par excellence de la présence du divin et du sacré, centre d’enracinement, d’enfouissement, de croissance. Lieu d’un perpétuel jeu d’ombre et de lumière, d’éblouissements et d’obscurité. C’est aussi le domaine placé sous la garde du Vieux Cornu, le dieu des chasseurs du paléolithique, le dieu des sorcières, assimilé par les Gaulois… Kernunnos… maître suprême des royaumes les plus sauvages, qui gouverne les forces primales de vie, de mort et de renaissance qui nourrissent le monde naturel,
Depuis son trône profond dans les sombres forêts , Il est le chef suprême des royaumes les plus sauvages que ses habitants honorent comme leur véritable maître, lui et ses serviteurs : le Gruagach des Highland en Ecosse, le Boggart du Lancashire, le Brownie d’Angleterre, à qui on faisait régulièrement des offrandes en échange de leur aide pour accroître la fertilité et les richesses naturelles.
C’est sans doute lui qu’on voit dans le conte gallois de « Owein ou la Comtesse de la fontaine » du Mabinogion assis sur un petit monticule dans la clairière d’une forêt. Grand homme noir plus grand que deux hommes de ce monde. Il a un pied, un œil au milieu du front, et il porte une lance en fer… Bien que laid, ce n’est pas un homme désagréable. Il est le gardien de la forêt, et un millier d’animaux sauvages broutent autour de lui, le saluant et l’honorant tels que le font les hommes obéissants envers leur seigneur. Son rôle par rapport à Kynon, qui cherche le chemin de la fontaine où il doit affronter le chevalier noir, est de lui indiquer en fait le chemin de l’initiation.

Merlin, l’Homme Sauvage

On ne peut pas parler de la fôret sans parler de Merlin car dans l’univers celtique, la forêt est un sanctuaire, un lieu de résidence des divinités. Par sa folie, par son séjour sylvestre, Merlin se rapproche de la divinité. Il devient l’authentique divinité des bois. De plus il lui arrive d’utiliser des cerfs comme monture , et durant l’hiver, il vit en compagnie d’un loup gris, ce qui le rattache au chamanisme. Le loup est maître Blaise, scribe de Merlin, mais en fait son double, comme le loup est le compagnon de l’Homme Sauvage. Et puis Merlin, à sa naissance, est velu comme un ours. Merlin, l’Homme Sauvage…
Il n’appartient pas seulement à la forêt, il est lui même le Forêt. Il est la Nature à lui seul parce qu’il en incarne les mouvements secrets et l’énergie première. Il porte en lui le rythme des saisons et le principe même du temps
En fait, Merlin, c’est l’Homme Vert…Il est l’archétype le plus profond, le plus primal, le plus primordial du Chaman… Il est indifférencié, il est habité par les différentes énergies de la forêt…. il participe de l’humanité mais aussi du monde minéral, du monde animal et du monde végétal… ce qui veut dire qu’on ne sait pas trop s’il est homme ou s’il est pierre, animal ou végétal…
Il pourrait se rapprocher de Kernunnos mais celui ci est trop lié à la « fertilité » et à la « sexualité », il est complètement différencié…non, Merlin semble bien plutôt être l’Homme Vert… il est le Gardien, l’Esprit de la Forêt … et donc détenteur de la souveraineté qui, là, est magique et chamanique…

Jack in the Green et Robin des Bois

Dans les festivités attachées à la fête celte de Beltaine, le 1er mai, dans les pays anglo-saxons « Jack-in-the-Green » (Green Man) représente en quelque sorte la transition du printemps à l’été, la pleine floraison des végétaux et des êtres. Il s’agit d’un personnage disposant de pouvoirs de fertilité et de régénération. Dans les campagnes anglaises, c’est lui le « roi du Mai » (May King) et à ce titre, il épouse chaque année la plus jolie fille du village, la « reine du Mai » (May Queen). Au cours de la fête du Mai, Jack-in-the-Green (invariablement revêtu de feuilles et de branchages) doit d’abord faire semblant d’être mort (à l’instar de la Terre qui parait morte, l’hiver). Puis, à un certain moment, il « ressuscite » brusquement et s’élance pour danser avec la « reine du Mai ». On célèbre alors son « union » avec elle, en même temps que le retour annuel de la vie.
Domaine des animaux et de leur Maître, la forêt est aussi le domaine des proscrits (dans le haut Moyen Age scandinave, le proscrit s’y réfugiait et y vivait librement mais pouvait être abattu par quiconque le rencontrait) comme des rebelles qui « à diverses époques, ont élu la solitude, la misère et le danger, plutot que de reconnaitre une autorité qu’ils tenaient pour illégitime » (Ernst Jünger: « Traité du Rebelle, ou le recours aux forêts« ), ce qui ménage une belle entrée en matière au fait qu’un
parallèle ait été dressé entre « l’homme vert » des fêtes du Mai et un personnage semi légendaire comme Robin Hood, alias Robin des Bois. Indépendamment de ses bases « historiques », il ne fait pas de doute que Robin Hood possède une dimension mythique qui l’apparente directement à Jack-in-the-Green. En premier lieu il est d’évidence lié à la végétation. Son costume est traditionnellement de couleur verte: il est « l’homme vert ». Son terrain d’action est une forêt, et celle ci semble jouer un rôle plus important qu’un simple cadre géographique. Par son nom même, Robin des Bois apparait comme l’incarnation de la forêt, le génie de la forêt de Sherwood. Par ailleurs Robin Hood est un archer, un chasseur, un ami des animaux, le protecteur de la végétation (= fertilité), le protecteur des faibles et notamment des femmes (= fécondité), le protecteur du peuple (= productivité). C’est grâce à ses interventions que les biens matériels se trouvent redistribués et plus justement répartis. Tous ces traits situent bien Robin dans le prolongement d’une ancienne divinité de « troisième fonction » (presque toutes les fêtes rurales saisonnières sont dans la dépendance de la troisième fonction) ».

La Franc-Maçonnerie forestière

Un ensemble de rites peu connus émerge dans la Maçonnerie dans les années 1747 ,qui sera nommé « la FM du Bois » et qui présente la double caractéristique de se démarquer du symbolisme de la pierre pour utiliser celui du bois et de ne présenter aucune connotation judéo-chrétienne au contraire du contexte habituel de la maçonnerie
Il semble que nous ayons affaire là, à un rite très antique sans pouvoir en situer l’origine exacte. Tel qu’il se présente, il fusionne deux « familles » du compagnonnage médiéval: les Charbonniers qui, dans le fond des bois, utilisent les copeaux et les chutes pour faire le charbon (destiné aux forges par exemple), et les Fendeurs qui coupent le bois dont se serviront les artisans charpentiers,mais aussi les maréchaux, les verriers, les tuileurs. Ces derniers obtenaient un droit de coupe émanant du propriétaire des terres qu’ils pouvaient léguer à leurs héritiers . Ce qui fait que ce sont développés des métiers compagnonniques sédentaires, en face des métiers mobiles qu’on trouvait plus dans les villes au contact d’une chrétienté en marche et de ses monuments qu’ils lui élevaient : les uns se sont vite christianisés, les autres semblent être restés, du fond de leurs forêts, plus récalcitrants à toute évangélisation.Le druide antique est lui aussi un homme des forêts et les fragiles survivances locales et rurales de la rituélie celte ont du s’enfoncer dans les fourrés au fin fond des bois pour survivre aux buchers de l’Inquisition. Il y a certainement là une des causes originelles de la fusion entre les groupes très sédentaires de fendeurs et charbonniers avec les cultes de terroirs résistant à la romanisation musclée de l’Inquisition (ce qu’on peut prendre comme une pierre dans le jardin de Margaret Murray qui considérait les descriptions de sabbat effectuée au cours des procès de sorcellerie comme des retranscriptions de rituels d’un culte organisé, lui-même lié à une religion païenne pré-chrétienne de la fertilité, ayant survécu partout en Europe depuis la nuit des temps…). C’est tout naturellement que ces rites forestiers vont se faire une place dans l’espace de liberté ouvert par le réveil simultané, dans les mêmes tavernes londoniennes en 1717 du druidisme et de la maçonnerie grace notamment à des personnalités comme John Toland, qui appartenait à l’un et à l’autre. Et le 17 aout 1747, se met en place en France la première Vente Forestière sous le nom distinctif de Chantier du Globe et de la Gloire. Animée par le père maître Beauchêne dont il faut relativiser l’importance dans l’instauration de ces rites, mais qui disait tenir ses pouvoirs de M. de Curval, grand Maître des Eaux et Forêts du Comté d’Eu et seigneur du Courval, elle se tint dans une atmosphère chaleureuse et bon enfant dit-on même si l’on y reconnaissait une grande partie de la Cour du Roi et beaucoup de notables de la région, tous vêtus de manière grossièrement paysannne et chaussant sabots.(on pense aussi aux dames de la Cour qui se déguisaient en bergères avec Marie Antoinette)
Le rite est mixte. On n’y est pas frère mais cousin; on y prend un nom d’arbre quand on tient un office dans la Loge, appelée Vente: cousin Duchêne, cousin Delorme, cousin Ducharme, cousin de l’Erable, cousin Dufrêne, cousin Duhêtre. Les gardiens des portes sont des Piqueurs, les profanes, des Briquets, et le vénérable est le Père-maître. Les Ventes ont lieu dans la nature, à la croisée des chemins, dans un endroit entouré d’arbres. Devant chaque officier se trouve un billot de bois sur lequel est déposé une couronne de feuilles de chêne. Quatre cabanes font partie du rituel. La cabane de l’Ermite, la cabane du Vigneron, la cabane de la Mère Catault et la cabane de l’Ours (un lien avec l’Alban Arthan druidique, solstice d’hiver, situé au nord : la lumière d’Arthur -lié à l’Ours ???). Les cousins fendeurs se mettent en cercle lors des Ventes. Pour tableau de loge, on place au centre de la Vente des scies, cognées, coins, haches et toutes sortes de branchages. Dans les instructions, le corps de l’homme est analogiquement comparé aux éléments constitutifs de l’arbre. L’arbre à dix branches est les mains, le tronc est le buste, les racines les pieds, les grosses branches les bras, les feuilles les habits … A la question « connais tu ton père ? », on répond en montrant le ciel, à « connais-tu ta mère », on montre la terre.
Mais parce que le père maître Beauchêne était un partisan de l’inamovibilité des Vénérables, que l’aristocratie jouait un grand rôle dans le rituel puisqu’il provenait des forêts du Bourbonnais où des nobles proscrits avaient trouvé refuge, puis avaient été initiés par des bûcherons, et que les marques païennes en étaient flagrantes, le rite ne perdura pas longtemps malgré sa valeur spirituelle et culturelle qui met en avant le devoir d’hospitalité envers tous ceux qui « sont perdus dans la forêt », et la notion de justice dans son sens noble.
Par ailleurs, dès le début du XVIIIe siècle, la France voit la naissance d’autres rites maçonniques forestiers, mais cette fois-ci christianisés, que certaines conditions historiques comme la création du Grand Orient de France et la Révolution empêcheront de se développer. Si bien que la Franc Maçonnerie du Bois choisit de s’aventurer dans l’action politique au XIXe siècle dans la carbonaria italienne ou charbonnerie française ( mouvement initiatique et secret, à forte connotation politique, qui joua un rôle occulte important notamment pendant l’épisode des quatre sergents de la Rochelle, sous la Restauration et de la conspiration du général Berton, et qui contribua à l’unification de l’Italie au milieu du XIXe siècle.) Elle finit pourtant par disparaitre malgré quelques soubresauts plus ou moins anecdotiques. Puis, au sortir de la 2eme Guerre Mondiale, un essai de restauration de l’initiation forestière est entrepris par celui qui sera l’initiateur en 1976 de la Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis (Humanitas).En 1999, A. R. Königstein prona le retour d’un carbonarisme initiatique et insurrectionnel et proposa un rituel de Charbonnerie opérant un transfert vers le paganisme, se détachant d’une structure maçonnique classique, et refusant le recours à la violence et au terrorisme. Je ne sais pas pas si des ventes pratiquent aujourd’hui ce rite.

Enfin, en 1993, le grand druide de la Gorsedd de Bretagne Gwenc’hlan Le Scouëzec, récemment disparu rassembla autour de lui un groupe de francs-macons français pour constituer une loge maçonnique de la pierre et ensuite y instaurer le rite maçonnique forestier pratiqué aujourd’hui, s’inspirant directement des rituels de Beauchêsne de 1747. Cette démarche procédait pour Le Scouezec d’une prise de conscience selon laquelle le message culturel du druidisme païen contemporain est enraciné dans les terres celtes, mais que le message spirituel et religieux, lui,dépasse les contraintes des frontières régionales et pourrait être ouvert le plus largement possible à tous ceux qui sont sensibles à cette approche de l’homme et de l’univers.. La Maçonnerie forestière pourrait alors être considérée comme un « sas de communication » entre le druidisme sacerdotal contemporain et le monde en général avec toutes les composantes traditionnelles qui l’habitent. De plus les loges forestières , chacune sur son sol, pourraient faire des recherches profitables au recensement des données culturelles celtes qui émergent encore parfois ça et là capables de légitimer une reconstruction païenne.

Correspondances des Tarots Celtiques de L. Tuan (ed. de Vecchi):

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1. (Bateleur) Lug – Mercure
2. (Papesse) Morrigan – Lune
3. (Impératrice) Brigantia/Brigit – Vierge
4. (Empereur) Amatheon – Lion
5. (Pape) Esus – Jupiter
6. (Amoureux) Nemetona – Gémeaux
7. (Chariot) Teutates – Mars
8. (Justice) Arduinna – Balance
9. (Hermite) Ogmios – Saturne
10. (Roue de la Fortune) Dagda – Neptune
11. (Force) Smertrios – Bélier
12. (Pendu) Gwydion – Poissons
13. (Mort) Sucellos – Capricorne
14. (Tempérance) Diancecht – Verseau
15. (Diable) Cerumno – Scorpion
16. (Maison Dieu) Taranis – Uranus
17. (Etoile) Sirona – Vénus
18. (Lune) Borvo/Manannan – Cancer
19. (Soleil) Belonos – Soleil
20. (Jugement) Epona – Sagittaire
21. (Monde) Artio – Taureau
22. (Mat) Cuchulainn – Pluton

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incarnation de lointains ancêtres,

et mémoire oubliée de peuples antiques …

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« …ou que nous attendons sur les gués par où passent leurs routes de migration. »

C’t’amusant, depuis que je m’interroge un peu sur les gués, je n’arrête pas de voir partout des références à ce sujet. Quand ça se passe comme ça, ma sorcière dit qu’il y a de l’écho et j’aime bien cette expression, c’est exactement ça … de l’écho … première référence : dans le bouquin que je suis en train de lire sur Mélusine, enfin plutôt que j’essaie de lire parce qu’il faut bien avouer que c’est parfois assez chiant … dans le contenu mais aussi dans la présentation, comme ce procédé de renvoyer toutes les notes en fin de chapitre : je vois difficilement mieux pour casser la lecture et la concentration… C’est pourtant dans ces notes que j’ai trouvé les références d’un article : »R. Louis, « une coutume d’origine préhistorique : les combats sur les gués chez les Celtes et chez les Germains ». Je n’ai aucune idée de ce que ce monsieur Louis peut dire des combats sur les gués, mais la première partie de la phrase « une coutume d’origine préhistorique » me permet de faire très arbitrairement le lien entre mes deux époques de prédilection même si je n’ai aucune idée non plus de ce qui peut permettre à ce monsieur Louis de prétendre que c’est une coutume d’origine préhistorique … certainement pas le fait que les « hommes du renne » attendaient leurs proies au passage des gués, quoi que … sait-on jamais …
Quoi qu’il en soit, les références au gué sont nombreuses dans la mythologie celtique et cette coutume mystérieuse du combat dans les gués a été attestée dans les textes et prouvée par l’archéologie
Il y a d’abord Cuchulainn qui, lors de la malédiction des Ulates (condamnés à une faiblesse périodique par la déesse Macha et incapables de se battre),à laquelle il est le seul à échapper, se positionne sur Ath Gabla (le Gué de la Fourche) de manière à repousser les troupes de la reine Medb (Razzia des Vaches de Cooley)
Cúchulainn, mené par son cocher Lóeg, arrive à un gué dont la gardienne lave le linge ensanglanté du héros, ce qui présage de sa mort prochaine. Passant le gué, il arrive dans la plaine de Muirthemné, où l’attendent ses ennemis.
Cette allusion à la gardienne d’un gué peut évoquer les « Parques » celtiques, ancêtres des « lavandières de la nuit », qui lavent sur un gué, c’est-à-dire à la frontière de l’Autre-Monde, les dépouilles des héros qui vont bientôt périr …
(il est question quelque part, mais je ne m’en souviens que de mémoire, des Nones gauloises -contraction de « matrones » ?- qui seraient les déesses du destin…)

Dans un épisode apparaît une anguille. C’est le résultat d’une métamorphose de la Morrigane/ Bodb (corneille), ou déesse de la guerre qui, dépitée de ne pas être aimée du héros Cuchulainn, vient sous cette forme dans le gué où il combat contre les hommes d’Irlande et s’enroule autour de sa jambe. Cuchulainn l’arrache brutalement et la jette contre les rochers

La route principale de la province d’Ulster va jusqu’au « Gué de la Veille » où Conall, « un bon guerrier des Ulates s’y tient pour veiller et protéger et pour que des guerriers étrangers ne viennent pas chez les Ulates les provoquer au combat ».

La rivalité entre Conall (héros Ulate, frère de lait de Cuchulainn) et Cet (guerrier du Connaught dont un druide a prédit qu’il tuerait la moitié des hommes d’Ulster) prend fin après un raid de ce dernier dans le Leinster, où il tue vingt-sept guerriers et leur tranche la tête. Conall peut le suivre à la trace du sang laissée dans la neige, il le rattrape à un gué et le tue dans un combat épique, tout en étant lui-même blessé.

Après la mort du roi Conchobar et de son fils Cormac Cond Longas, on propose la royauté d’Ulster à Conall qui la refuse, ayant mieux à faire chez Ailill et Medb en Connaught. Le roi ayant une nouvelle maîtresse, son épouse demande à Conall de le tuer, ce qu’il fait avant de réussir à s’enfuir, mais il est rattrapé par les guerriers du Connaught qui le tuent au gué de Na Mianna (aujourd’hui Ballyconnell, comté de Cavan)

Laissons Cuchulainn pour la bataille de Mag-Tured : la Morrigane a invité le grand dieu Dagda à la rejoindre à sa maison près du gué. « L’un des pieds de la femme dans l’eau touchait Allod-Eche au sud ; l’autre pied également dans l’eau touchait Lescuin au nord. Neuf tresses flottaient détachées de sa tête. Dagda s’unit à elle. Dès lors cet endroit s’appela le lit des époux. » Elle prédit à Dagda l’arrivée des Fomore, le jour de la bataille et qu’elle tuerait leur roi « elle versait du sang d’Indech plein ses deux mains à l’armée qui attendait l’ennemi au gué ». Ce gué s’appela « gué de l’anéantissement ».

C’est aussi dans un gué qu’a lieu un combat entre deux druides, par disciple interposé, Mog Ruith et Colphta: Colphta, l’Orgueilleux , un des cinq druides du roi Cormac , son aspect terrifiant ne l’empêche pas d’être vaincu par le druide Cennmar , disciple de Mog Ruith.

Toujours en Irlande, une Triade cite : Trí hátha Hérenn: Áth Clíath, Áth Lúain, Áth Caille.
Les trois gués d’Irlande : Ath Cliath (Gué des Claies), Athlone (Gué de Luan), Ath Caille (Gué du Bois).

Ath Liag Finn: C’est le nom d’un gué où Finn jeta une pierre plate tenue par une chaîne d’or, cadeau d’une femme du sidh. La légende dit que la pierre et la chaîne seront ramenées un dimanche, par une ondine, sept jours avant que ce monde ne finisse.

Arawn, maître d’Annwn -l’Autre-Monde- , propose à Pwyll qu’ils échangent leurs royaumes à condition que ce dernier batte, mais sans le tuer son rival Hafgan lors d’un duel sur un gué . Il y réussit

Dans le cycle Arthurien, Lancelot doit combattre un chevalier, Alybon, gardien du gué de la Reine, sur l’Humbrie, aux ordres de Guenièvre (ce qui rappelle aussi les combats avec le Chevalier Noir, gardien de la source de la Dame de la Fontaine…).Gué éminemment symbolique puisque c’est là qu’au temps de sa conquête, Arthur a rallié ses meilleurs chevaliers: Gauvain, Keu, Loth, et Yvain.

D’ailleurs, il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d’Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l’Aboiement, lors d’une nuit de Samain.
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Le passage du gué et les combats qui s’y livrent ne sont pas l’apanage des insulaires , et, parmi d’autres exemples, Rabelais nous montre Gargantua buvant le Thouet au gué de Ligaine, près de Taizé.
Et lors d’une guerre qui oppose Gargantua à Pichrochole, » sa jument pissa pour se relâcher le ventre, mais ce fut en telle abondance qu’elle en fit sept lieues de déluge. Tout le pissat dériva au gué de Vède, et l’enfla tellement au fil de l’eau que toute cette troupe des ennemis fut noyée horriblement  »

On l’a vu, en Irlande, la divinité féminine tutélaire du gué, c’est donc la Morrigane, déesse de la guerre, et le fait que le gué, dans la Razzia des Vaches de Cooley soit le lieu des combats singuliers de Cuchulainn contre les guerriers envoyés par les Irlandais en fait un point de rencontre ou une limite qu’on ne traverse que si on le peut, par exemple si l’on est initié.
Le gué est le lieu séparant le monde sensible de l’Autre Monde, endroit privilégié des affrontements et combats singuliers pour le héros en quête d’initiation.L’initiation druidique, elle, consistait à passer trois nuits et deux jours de méditation dans un lieu sacré, en contact avec les “divins ancêtres” et ce pouvait très bien être aussi au milieu d’un gué comme symbole du “passage ”, un de leurs lieux de prédilection. Mais le gué n’est pas obligatoirement le passage vers l’autre monde, vers la mort ; il peut être aussi, comme le souligne l’Arbre Celtique, « un passage vers la connaissance qui, si l’on suit les grands textes mystiques, induit l’existence de ces deux mondes comme en « surimpression » et c’est ce que dit W. Kruta à propos de l’art celtique: une surimpression du cyclique et du permanent. Ce qui rend les choses un peu « floues » pour des cartésiens ».
Une épigraphe gallo-romaine atteste de l’existence d’une Ritona , déesse particulièrement proche du gué qui se dit en gaulois « ritu », continuation d’un mot indo-européen « prtus » désignant le passage, le gué, le pont. Elle serait donc la déesse gauloise attachée aux gués, peut être même aux combats de gués puisque, comme le dictionnaire des symboles nous le dit, l’archéologie a souvent mis à jour dans l’ancienne Gaule « des armes à l’emplacement de gués, ce qui tendrait à prouver que la coutume irlandaise du combat de gué, en celtique continental et brittonique, se rattache à celle du passage et de la course » (« ritu » signifiant aussi « la course »… et on peut aussi rappeler, incidemment; qu’une course est à l’origine de la malédiction lancée par Macha induisant la « maladie des Ulates »…).
« Le gué (« dictionnaire des symboles ». Chevalier/Gheerbrant) symbolise le combat pour un passage difficile, d’un monde à un autre, ou d’un état intérieur à un autre état. Il réunit le symbolisme de l’eau (lieu des renaissances) et celui des rivages opposés (lieu des contradictions, des franchissements, des passages périlleux) ».

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incarnation de lointains ancêtres,

et mémoire oubliée de peuples antiques …

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Cette image est certainement celle qui s’harmonise le mieux avec la conception que j’ai actuellement des choses, comment j’appréhende cette démarche : »incarnation de lointains ancêtres,et réactivation de la mémoire oubliée de peuples antiques » et comment je vois ces hommes dans des âges différents dans leurs différents états qui ont fait qui je suis aujourd’hui et qui je voudrais être demain… qui mais aussi comment et pourquoi… Cette image est donc un avatar : en informatique et dans les jeux vidéo, un personnage représentant un utilisateur (en l’occurence moi) qui peut se réduire à un portrait, comme sur un forum ou dans une messagerie, ou encore être un véritable acteur interactif, contrôlé par l’utilisateur, comme dans les jeux vidéo. Son avenir, son importance, sa crédibilité dépendent donc de la manière dont je l’utiliserai…

Il représente « le Magicien » du Tarot des Druides de Philip et Stephanie Carr-Gomm, équivalent du Bateleur.
Il connait le secret de la création -il sait s’ouvrir aux deux aspects de l’énergie créatrice divine, que les druides appellent Awen et Nwyfre: inspiration et force vitale. Et il sait comment faire pour que ces forces passent à travers lui et s’écoulent dans le monde, dirigées par sa conscience et sa volonté.
Le Magicien se tient devant l’une des grandes portes de Stonehenge, révélant ainsi qu’il est un chaman capable de traverser les portes de l’Autre-Monde, pour en ramener connaissance et guérison.
Il unit le Ciel et la Terre. Cette union a trait aux forces cosmiques que l’on peut considérer comme le Féminin divin et le Masculin divin. Stonehenge fut construit pour célébrer cette union au solstice d’été, au soleil levant uni à la terre dans le sanctuaire intérieur du cercle.

Très pratiquement, voilà sa signification : « Vous savez que vous avez la possibilité de réaliser vos rêves, et c’est juste une question d’utilisation de votre pouvoir de volonté et de votre concentration pour faire les premières démarches vers la réalisation de votre dessein. N’oubliez pas que vous rendez votre vie magique, et pour faire de la magie efficace dans le monde, vous devez combiner les capacités de concentration et d’ouverture. Le Magicien est puissant parce qu’il sait s’ouvrir à l’inspiration, à l’esprit, et laisser cette inspiration s’écouler de lui dans le monde, par ses décisions et ses actions. Le doute et la préoccupation avec le moi (appelé souvent l’égo) inhibe cette circulation d’énergie. Si vous pouvez avoir confiance et laisser vos soucis au sujet de la vie, l’énergie créatrice peut commencer à circuler à travers vous, et vous pouvez vous mettre à travailler sur des projets importants et significatifs.
En même temps, le Grand Oeuvre -l’union du dieu et de la déesse en vous- peut commencer, et vous sentez en vous l’énergie d’agir dans le monde, au lieu de rester inactif. La communication est une façon formidable de faire cela -avec différentes parties de votre être, avec votre partenaire, vos amis et vos collègues de travail, et avec le monde de la Nature et de l’esprit. Le Magicien, la Magicienne, est maître, maîtresse du monde -un barde au sens le plus profond du terme, qui connait la sacralité et le pouvoir créatif du monde et de la voix. Le Magicien chante son monde et le fait ainsi exister. »

Mardi 8 janvier 2008

De la brume ce matin…
Le brouillard est Mystère (pour certains le « myste » est celui qui est voilé, pour d’autres celui qui garde les lèvres fermées, mais dans un cas comme dans l’autre , myste et brouillard restent liés). Mystère parce que tout concourt à en faire un Seuil et le Seuil est Mystère parce qu’il peut être ouverture sur l’Inconnu.
Le brouillard estompe ou transforme les formes mais aussi les couleurs et les sons, ainsi que les odeurs, et on ne sait pas trop ce qu’il cache: le paysage qu’on avait auparavant devant les yeux ou des créatures monstrueuses comme dans la nouvelle de Stepehen King ? De cette « purée de poix », dans un « silence ouaté », sort parfois une forme sombre qui peut être n’importe quoi, mais bien souvent ce qu’on ne croyait pas que c’était et qui se présente « voilé ». D’ailleurs , on se souvient d’Héraclite qui prétendait déjà que la nature « aime à se voiler »…Et ce brouillard, en se levant, s’il découvrait un nouveau paysage qu’on ne connait pas ? un ailleurs ?… c’est bien aussi effrayant que de craindre que le soleil ne se lève plus …
Le brouillard estompe, transforme, mais aussi il trompe et il égare : même avec une corne de brume, rien de plus facile que de se perdre dans le brouillard qui, parfois, semble jouer avec nous, ne dévoilant que ce qu’il veut, quand il veut, sous la forme qu’il veut.
Il est le cinquième Elément mais en même temps le produit d’une danse entre trous les autres éléments, et il est lié aux trois Mondes : le monde d’en dessus, avec les nuages, notre Monde, quand il nous environne et emplit la surface de notre perception, et le Monde d’en dessous quand il flotte au dessus d’une étendue d’eau, tel un gros serpent paresseux qui émanerait directement d’elle, telle une Vouivre. Le brouillard est lieur.
brouillard-monet.jpg Le brouillard aime jouer, un peu à la manière de ces lutins facétieux: il s’enroule, s’accroche, glisse sur vous, et quand vous croyez le saisir, il vous file entre les doigts. Il est désir, il est invitation: invitation à le pénétrer, à pénétrer en lui, à passer le seuil pour accéder à un autre monde, et quand on est « dans le brouillard », on est dans l’inconnu, ou entre rêve et réalité. Mais s’il invite il ne se laisse pourtant pas pénétrer facilement: on peut s’enfoncer, s’immerger en lui pendant des mètres et des mètres sans avoir pour autant l’impression de bouger de place, des heures et des heures sans avoir l’impression que le temps passe. Le brouillard distord l’espace, comme le temps …
Dans le même ordre d’idées, le brouillard/seuil me fait penser à la buée qui peut se déposer sur un miroir: le miroir qui est une porte à franchir sur un autre monde ou sur soi même (comme Alice de Lewis Carroll ou le miroir magique de Blanche Neige) où la buée déposée sur sa surface peut faire office de sas… D’ailleurs, la buée empêche de se voir quand on se regarde dans le miroir … ou alors on se voit tout flou, comme effacé …Certains ésotéristes disent que le miroir ne fait que révéler le « juge suprême » : il faudrait donc effacer/traverser la buée pour le découvrir ? pour se découvrir ?
Enfin, je trouve que le brouillard présente une certaine analogie avec les boules de gui, avec cette même couleur laiteuse assimilable au sperme et donc à la fertilité : comme lui, comme le gui qui s’accroche tout pareil aux branches des arbres, et donc comme le sperme, le brouillard serait riche de toutes les potentialités ?
… et j’aime bien quand cette couleur laiteuse est lumineuse, lumineuse du soleil qui, caché derrière, est sur le point de se dévoiler … quand le soleil se devine ainsi derrière le brouillard, on a l’impression que quelque chose va s’ouvrir …

(Monet: Bras de la Seine près de Giverny – Brouillard)

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